La mort de Lyhanna, collégienne de 11 ans retrouvée sans vie dans une exploitation agricole désaffectée du Gers, continue d’alimenter une crise politique majeure pour le gouvernement, selon Le Figaro. Au lendemain de rassemblements ayant rassemblé quelque 60 000 personnes à travers la France, l’émotion reste vive et les critiques envers les dysfonctionnements de la justice et des forces de l’ordre se multiplient.
Ce qu'il faut retenir
- 60 000 personnes ont manifesté dans toute la France pour dénoncer les manquements des institutions dans l’affaire Lyhanna.
- Le directeur général de la gendarmerie nationale, le général Hubert Bonneau, a reconnu un « échec » pour la gendarmerie après que le principal suspect, Jérôme B., avait fait l’objet de plusieurs signalements et plaintes pour violences sexuelles sur mineures.
- La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a annoncé une nouvelle augmentation du budget de la justice et la présentation d’une loi sur la protection de l’enfance à partir du 15 juillet 2026.
- L’avocat des parents de Lyhanna a qualifié d’« poudre de perlimpinpin » l’annonce du ministre de la Justice Gérald Darmanin concernant l’étude en urgence de 70 000 plaintes impliquant des enfants.
- Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a exclu toute défaillance de son ministère tout en reconnaissant la nécessité de créer une « liste noire » pour empêcher les personnes dangereuses d’accéder aux écoles.
- Le président du groupe socialiste au Sénat, Patrick Kanner, a pointé un « problème de moyens » criant, estimant que « 70 millions d’euros ne suffiraient pas » pour répondre à l’urgence.
La gendarmerie reconnaît un échec après les dysfonctionnements autour de Jérôme B.
Dans un entretien accordé à TF1, le directeur général de la gendarmerie nationale, le général Hubert Bonneau, a qualifié de « sujet délicat et sensible » la mort de Lyhanna. « C’est un échec pour la gendarmerie et l’ensemble des gendarmes. On ne rentre pas dans la gendarmerie par hasard, mais par conviction, pour protéger nos concitoyens, surtout les plus faibles. Quand nos opérations se soldent par de la souffrance ou la mort, oui, c’est un échec », a-t-il déclaré. Il a précisé n’avoir « pas songé à démissionner », soulignant que cette affaire avait profondément marqué les gendarmes.
Le principal suspect, Jérôme B., était visé par plusieurs plaintes pour violences sexuelles sur mineures sans avoir été interrogé. Ces dysfonctionnements ont alimenté la colère des familles et des oppositions politiques, qui pointent du doigt un manque structurel de moyens et de coordination entre les institutions.
L’exécutif sous le feu des critiques : Darmanin et Macron en première ligne
La pression sur le gouvernement s’est intensifiée après les déclarations de l’avocat des parents de Lyhanna, François Roujou de Boubée, qui a directement interpellé le président de la République. « Les moyens accordés à la justice, c’est le vrai cœur du problème », a-t-il tancé, reprochant à Emmanuel Macron de ne pas vouloir entendre les arguments liés au manque de ressources. L’avocat a également critiqué l’annonce de Gérald Darmanin concernant l’étude en urgence de 70 000 plaintes impliquant des enfants d’ici le 14 juillet 2026, la qualifiant de « poudre de perlimpinpin ».
De son côté, Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement, a défendu l’action de l’exécutif lors de son passage sur Public Sénat. Elle a annoncé qu’une nouvelle augmentation du budget de la justice serait proposée, précisant qu’il n’avait « jamais été aussi élevé qu’en 2026 ». Une loi sur la protection de l’enfance, initialement prévue pour une adoption le 15 juillet, sera amendée via une saisine rectificative du Conseil d’État. « Il ne faut pas mentir aux Français : ce n’est pas un cadre législatif qui permettra d’éliminer à zéro le risque de nouvelles affaires similaires », a-t-elle reconnu.
Le ministre de l’Éducation nationale rejette toute responsabilité dans l’affaire
Interrogé sur TF1, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a écarté toute défaillance de son ministère. Il a rappelé que Jérôme B. avait fait l’objet d’un signalement par une proviseure alors qu’il était agent de la région il y a cinq ans, ce qui avait conduit à sa suspension immédiate et à son licenciement. « Les choses se sont passées comme elles devaient se passer à l’époque », a-t-il souligné. Le ministre a également mis en avant le rôle de l’Éducation nationale comme « premier signaleur de France à la justice », avec 80 000 informations préoccupantes transmises chaque année.
Cependant, il a reconnu que l’enjeu désormais était d’identifier les personnes dangereuses et d’empêcher leur accès aux établissements scolaires. Il a salué l’initiative législative visant à créer une « liste noire » pour exclure définitivement ces individus des écoles, qu’il qualifie de « sanctuaires absolus ».
Le gouvernement face à la crise : budgets, commissions d’enquête et tensions politiques
Alors que la colère persiste dans le pays, Patrick Kanner, président du groupe socialiste au Sénat, a pointé un « problème de moyens » endémique. Invité de France Info, il a appelé à investir « des dizaines, voire des centaines de millions d’euros » pour renforcer la protection des enfants, évoquant un manque criant de pédopsychiatres, de magistrats et de formations adaptées. « Il ne faut pas que le président de la République nous dise que ce n’est pas un problème de moyens. Si, c’est un problème de moyens », a-t-il insisté.
De son côté, Bruno Retailleau, président des Républicains et candidat à la présidentielle, a demandé la création d’une commission d’enquête parlementaire sur « les dysfonctionnements de la justice ». « Les parlementaires sont légitimes à faire leur travail de contrôle », a rétorqué Maud Bregeon. Elle a également salué la possibilité d’un « chemin de consensus » entre les groupes politiques, tout en raillant les divisions persistantes : « Si on n’y arrive pas, on n’arrivera à s’entendre sur rien. »
« Je n’ai aucune leçon à donner à cette femme » — Maud Bregeon, réagissant aux critiques de la mère de Rosa*, victime présumée de Jérôme B.
En attendant, l’émotion et les tensions politiques devraient persister, alimentées par les nouvelles marches blanches organisées dans plusieurs villes, dont une à Saint-Jean d’Angély en Charente-Maritime, où des centaines de personnes se sont rassemblées en hommage à Lyhanna.
L’étude en urgence des 70 000 plaintes impliquant des enfants, annoncée par Gérald Darmanin, doit être rendue d’ici le 14 juillet 2026. Par ailleurs, l’examen de la loi sur la protection de l’enfance, prévue à partir du 15 juillet, pourrait intégrer des mesures renforcées pour éviter de nouvelles affaires similaires.
Le général Hubert Bonneau a justifié cette reconnaissance par le fait que le principal suspect, Jérôme B., avait fait l’objet de plusieurs signalements et plaintes pour violences sexuelles sur mineures sans avoir été interrogé. Pour la gendarmerie, cette omission a contribué à la mort de Lyhanna, bien que le général ait précisé que cette affaire était vécue comme un échec par l’ensemble des gendarmes.