Les autorités de Hong Kong ont engagé ce mercredi 10 juin 2026 des poursuites pour homicide involontaire contre plusieurs personnes et entreprises, dans le cadre de l'enquête sur l'un des incendies les plus meurtriers de la région. Selon BMF - International, sept personnes et deux sociétés ont été inculpées pour leur rôle présumé dans l'incendie qui avait ravagé, le 26 novembre 2025, sept des huit tours d'habitation de la résidence Wang Fuk Court, dans le district de Tai Po, faisant 168 morts.
Ce qu'il faut retenir
- 168 morts lors de l'incendie du 26 novembre 2025 à Wang Fuk Court, le plus meurtrier à Hong Kong depuis 1948.
- Sept personnes et deux entreprises inculpées pour homicide involontaire, blanchiment d'argent et fraude fiscale.
- Les prévenus ont comparu devant un tribunal le 10 juin 2026 et les affaires ont été ajournées jusqu'en septembre.
- Les causes de l'incendie seraient liées à des erreurs humaines et à des matériaux combustibles, dont des panneaux en mousse et des filets de protection non ignifugés.
- Trente-cinq personnes ont été arrêtées en lien avec l'incendie, en collaboration avec la commission indépendante de lutte contre la corruption (ICAC).
Des poursuites engagées près de sept mois après la tragédie
Les poursuites pour homicide involontaire visent notamment les directeurs de l'entreprise de construction et du cabinet de consultants impliqués dans la rénovation de l'ensemble résidentiel Wang Fuk Court au moment du sinistre. Un inspecteur a également été inculpé, selon les actes d'accusation consultés par l'AFP et rapportés par BMF - International. Sept autres personnes font l'objet de poursuites pour blanchiment d'argent et fraude fiscale. Les prévenus, qui ont comparu devant un tribunal mercredi, ont indiqué au juge qu'ils « comprenaient » les poursuites, avant que les affaires ne soient ajournées jusqu'en septembre.
L'enquête, menée par la police de Hong Kong en collaboration avec l'ICAC, a conduit à l'arrestation de 35 personnes en lien avec l'incendie. « Nous soupçonnons que ce malheureux incident a été provoqué par des individus agissant dans leur propre intérêt, en faisant complètement fi de la sécurité de la vie et des biens des résidents », a déclaré à la presse Hazel Law, principale enquêtrice de l'ICAC, lors d'une conférence de presse.
Un incendie aux causes multiples et aux conséquences dramatiques
Le sinistre, survenu dans la soirée du 26 novembre 2025, a ravagé sept des huit tours d'habitation de Wang Fuk Court, un ensemble résidentiel du district de Tai Po, dans le nord du territoire. Les tours étaient alors en rénovation et recouvertes d'échafaudages en bambou, de filets de protection sans résistance au feu et de panneaux en mousse. Ces matériaux ont, selon la commission d'enquête indépendante, contribué à la propagation rapide des flammes. L'ICAC a maintenu qu'une cigarette allumée avait provoqué l'inflammation de ces matériaux combustibles, déclenchant ainsi l'incendie.
Les audiences publiques de la commission d'enquête ont révélé que « presque toutes les mesures de sécurité destinées à sauver des vies en cas d'incendie avaient échoué, en raison d'erreurs humaines », a indiqué devant la commission l'avocat général Victor Dawes. Parmi les dysfonctionnements constatés, les alarmes incendie de sept des huit tours étaient désactivées au moment du sinistre, retardant considérablement l'évacuation des résidents. Des milliers de personnes ont perdu leur logement et ont été relogées dans des hébergements temporaires.
Un contexte de corruption et de négligences systémiques
L'enquête de l'ICAC a mis en lumière des soupçons de corruption et de négligences graves dans la gestion du chantier de rénovation. Les autorités suspectent que des individus aient agi dans leur propre intérêt, au mépris total des normes de sécurité. « Nous avons affaire à un système où la recherche de profits a pris le pas sur la protection des vies humaines », a souligné Hazel Law lors de sa déclaration. Les poursuites engagées s'inscrivent dans une volonté de rétablir la confiance dans les institutions locales et de sanctionner les responsables de ce drame.
L'incendie de Wang Fuk Court rappelle, hélas, les failles structurelles qui persistent dans certains secteurs de l'immobilier à Hong Kong. Le territoire, connu pour sa densité urbaine et ses constructions anciennes, reste vulnérable aux risques d'incendie, surtout lorsque les normes de sécurité ne sont pas strictement appliquées. La rénovation des immeubles, souvent réalisée dans l'urgence pour répondre à la demande immobilière, peut aggraver ces risques si elle n'est pas encadrée par des contrôles rigoureux.
Cet incendie, le plus meurtrier depuis près de 80 ans à Hong Kong, soulève une fois de plus des interrogations sur l'équilibre entre développement urbain et sécurité des habitants. Alors que la ville continue de se densifier, les leçons de Wang Fuk Court pourraient-elles enfin conduire à des réformes structurelles ?