Chaque année en France, plus de deux millions de cas d’entorses de la cheville sont recensés, selon les dernières données disponibles. Pourtant, les pratiques traditionnelles de traitement – à base de glace et d’anti-inflammatoires non stéroïdiens comme l’ibuprofène – seraient aujourd’hui remises en cause par une partie des physiothérapeutes. D’après Top Santé, ces professionnels de santé privilégient désormais une approche plus dynamique, centrée sur le mouvement précoce et une meilleure gestion de la douleur, au détriment des méthodes dites « passives ».

Cette évolution des pratiques s’inscrit dans un contexte où les recommandations scientifiques se multiplient pour contester les protocoles établis depuis des décennies. Alors que le protocole RICE (Repos, Ice, Compression, Élévation) a longtemps été la référence pour traiter les entorses légères à modérées, certains experts estiment que cette méthode pourrait, dans certains cas, ralentir la récupération. C’est en tout cas ce que rapportent plusieurs spécialistes interrogés par Top Santé, qui appellent à une prise en charge plus personnalisée et moins systématique.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus de deux millions d’entorses de cheville sont recensées chaque année en France, selon les données disponibles.
  • La méthode traditionnelle RICE (Repos, Glace, Compression, Élévation) est aujourd’hui remise en cause par certains physiothérapeutes.
  • Une approche plus active, axée sur le mouvement précoce et la gestion de la douleur, est désormais privilégiée par une partie des professionnels.
  • Les anti-inflammatoires non stéroïdiens comme l’ibuprofène sont également questionnés dans le traitement des entorses légères à modérées.
  • Les nouvelles recommandations s’appuient sur des études récentes contestant l’efficacité des protocoles passés.

Une remise en cause des protocoles traditionnels

Depuis des années, le trio « glace, repos et anti-inflammatoires » était considéré comme la solution idéale pour soigner une entorse de cheville. Pourtant, des travaux récents, relayés par Top Santé, suggèrent que cette approche pourrait, dans certains cas, freiner la guérison. Les physiothérapeutes qui adoptent désormais une méthode plus active s’appuient sur des preuves scientifiques indiquant que le mouvement précoce, adapté à la douleur, favorise une récupération plus rapide et plus complète.

Cette remise en cause ne concerne pas uniquement les sportifs, souvent plus exposés aux entorses, mais également les particuliers victimes d’un faux mouvement dans leur quotidien. « Le repos prolongé et l’application systématique de glace peuvent, dans certains cas, aggraver la situation en limitant la vascularisation et en retardant la cicatrisation des tissus », explique le Dr. Martin Leroy, physiothérapeute à Lyon, cité par Top Santé.

Le mouvement précoce au cœur des nouvelles stratégies

La principale innovation proposée par ces professionnels réside dans l’introduction progressive du mouvement dès les premières heures suivant l’entorse, sous réserve qu’il ne soit pas douloureux. L’objectif ? Maintenir une certaine mobilité articulaire tout en contrôlant l’inflammation, sans recourir systématiquement aux antalgiques ou à la glace. « On observe que les patients qui bougent précocement, en respectant la douleur, récupèrent mieux et plus vite que ceux qui suivent un protocole strict de repos », précise le Dr. Leroy.

Cette approche s’accompagne également d’une meilleure éducation des patients sur la gestion de la douleur. Plutôt que de chercher à l’éliminer à tout prix, l’accent est mis sur l’acceptation d’une douleur modérée, compatible avec une activité adaptée. Une méthode qui, selon ses partisans, réduit aussi le risque de récidive ou de chronicisation de la douleur.

Les limites et les controverses persistantes

Malgré ces avancées, la transition vers ces nouvelles pratiques n’est pas totale. Certains professionnels de santé restent sceptiques, mettant en garde contre une application trop rapide du mouvement, notamment dans les cas d’entorses sévères. « Il faut distinguer les entorses légères, où une mobilisation précoce peut être bénéfique, des cas plus graves nécessitant une immobilisation temporaire », tempère le Pr. Sophie Moreau, rhumatologue à Paris, interrogée par Top Santé.

De plus, l’usage de l’ibuprofène ou d’autres anti-inflammatoires n’est pas totalement abandonné. Dans certaines situations, ces médicaments restent utiles pour gérer la douleur aiguë ou l’inflammation importante. « L’idée n’est pas de rejeter en bloc les anciennes méthodes, mais de les adapter en fonction des preuves disponibles et du profil de chaque patient », souligne le Pr. Moreau.

Et maintenant ?

À l’automne 2026, la Haute Autorité de Santé (HAS) devrait publier de nouvelles recommandations sur la prise en charge des entorses de cheville, intégrant ces évolutions. Ces directives pourraient officialiser l’abandon partiel du protocole RICE au profit d’approches plus personnalisées. En attendant, les professionnels de santé sont invités à se former aux nouvelles méthodes, tandis que les patients sont encouragés à discuter avec leur médecin ou kinésithérapeute pour adapter leur traitement.

Autant dire que la prise en charge des entorses est en train de vivre une véritable révolution. Entre l’héritage des protocoles passés et les avancées scientifiques récentes, les patients disposent désormais de choix plus variés – à condition de bien s’informer et de consulter les bons interlocuteurs.

Non, ces méthodes ne sont pas totalement abandonnées. Dans certains cas, notamment pour les entorses sévères ou en cas de douleur intense, leur usage reste recommandé. L’idée est de les adapter en fonction de la gravité de l’entorse et du profil du patient, selon les nouvelles orientations des physiothérapeutes.