Un mois après que les autorités congolaises ont officiellement déclaré l’épidémie d’Ebola dans la province du Ituri, la situation sanitaire à Bunia, épicentre de la crise, reste hors de contrôle. Selon Le Monde, les équipes médicales sur le terrain peinent à endiguer la propagation du virus, tandis que le bilan des victimes ne cesse de s’alourdir. Le 15 mai 2026, le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) avait annoncé l’émergence d’un nouveau foyer épidémique dans cette région du nord-est du pays, où l’instabilité sécuritaire complique déjà l’accès aux soins pour des milliers de personnes.

Ce qu'il faut retenir

  • L’épidémie d’Ebola à Bunia, déclarée le 15 mai 2026, est toujours en expansion un mois plus tard, selon les dernières données officielles.
  • Les équipes sanitaires locales manquent de moyens pour limiter la propagation du virus, aggravée par des difficultés logistiques et sécuritaires.
  • Le nombre de cas confirmés et de décès continue d’augmenter, sans que les autorités ne parviennent à inverser la tendance.
  • La province du Ituri, où se situe Bunia, est déjà fragilisée par des années de conflits et de déplacements massifs de populations.

Une épidémie déclarée dans un contexte déjà fragile

La province du Ituri, où se trouve Bunia, est l’une des régions les plus touchées par les violences armées en RDC. Les affrontements entre groupes armés et les tensions intercommunautaires y ont déjà provoqué le déplacement de centaines de milliers de personnes. « La situation est catastrophique », a déclaré le Dr Jean Kambale, responsable de la cellule de crise sanitaire à Bunia, cité par Le Monde. « On fait face à une épidémie d’Ebola dans un environnement où les structures de santé sont déjà saturées, voire détruites par des années de guerre. » Les centres de traitement manquent de personnel formé, de matériel de protection et de lits pour isoler les malades. « Autant dire que la réponse sanitaire est largement insuffisante », a-t-il ajouté.

Des chiffres en hausse malgré les alertes

Les dernières données compilées par le ministère de la Santé congolais et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) indiquent que 214 cas confirmés et 142 décès ont été enregistrés depuis le début de l’épidémie. Ces chiffres, publiés le 15 juin 2026, marquent une augmentation de 30 % par rapport à la semaine précédente. La majorité des cas se concentrent à Bunia et dans les zones rurales environnantes, où les populations vivent souvent dans des conditions précaires, sans accès à l’eau potable ni à des infrastructures sanitaires dignes de ce nom. « La propagation est d’autant plus rapide que les populations fuient les zones de conflit et se regroupent dans des camps de déplacés, où les risques de contamination sont maximaux », a expliqué une source humanitaire sous couvert d’anonymat.

Des obstacles structurels qui entravent la lutte contre le virus

Plusieurs facteurs expliquent l’échec relatif de la riposte. D’abord, l’insécurité persistante limite la mobilité des équipes médicales. En mai 2026, deux agents de santé ont été tués dans une embuscade attribuée à un groupe armé, alors qu’ils tentaient de vacciner les populations locales. Ensuite, la méfiance d’une partie de la population envers les équipes sanitaires, alimentée par des rumeurs et des théories complotistes, freine les campagnes de dépistage et de vaccination. « Les gens refusent parfois de se rendre dans les centres de traitement par crainte d’être infectés ou de ne plus pouvoir rentrer chez eux », a précisé le Dr Kambale. Enfin, le manque de fonds alloués à la lutte contre l’épidémie pèse sur l’efficacité des opérations. « On manque de tout : de vaccins, de carburant pour les véhicules, de kits de protection. Sans un soutien financier immédiat, la situation va continuer de se dégrader », a-t-il alerté.

Et maintenant ?

Les autorités congolaises, soutenues par l’OMS et plusieurs ONG internationales, prévoient d’intensifier les campagnes de sensibilisation et de vaccination dans les prochaines semaines. Une mission humanitaire devrait être déployée d’ici la fin du mois de juin pour renforcer les stocks de médicaments et de matériel médical à Bunia. Pour autant, l’amélioration de la situation dépendra largement de la stabilisation du contexte sécuritaire, un scénario encore incertain. « Sans sécurité, on ne peut pas sauver des vies », a rappelé le Dr Kambale. Les prochaines échéances seront déterminantes : d’ici deux semaines, l’OMS doit rendre publique une nouvelle évaluation de l’épidémie, tandis que les autorités locales doivent finaliser un plan d’urgence pour les zones les plus touchées.

Cette épidémie survient à peine trois ans après la fin de la dixième épidémie d’Ebola en RDC, qui avait fait plus de 2 200 morts entre 2018 et 2020. À l’époque, la réponse internationale avait été saluée pour son efficacité, mais cette fois, le contexte est radicalement différent. Entre l’absence de fonds suffisants, l’insécurité chronique et la défiance d’une partie de la population, les défis à relever sont immenses. Une chose est sûre : à Bunia, chaque jour compte.

Plusieurs facteurs se combinent : l’insécurité persistante limite l’accès des équipes médicales aux zones touchées, la méfiance d’une partie de la population freine les campagnes de dépistage, et les structures sanitaires locales manquent cruellement de moyens. De plus, les déplacements massifs de populations dus aux conflits favorisent la propagation du virus.