Alors que l’Équateur traverse une crise sécuritaire sans précédent en 2026, le président Daniel Noboa a signé, le 18 juin, un décret étendant l’état de « conflit armé interne » pour autoriser des grâces et réductions de peine aux forces de l’ordre engagées dans la lutte contre les gangs. Selon Courrier International, ce texte intervient dans un contexte où la violence a déjà fait près de 3 500 morts depuis le début de l’année, malgré les opérations militaires lancées en 2024. Une fusillade survenue la veille à l’aéroport international de Guayaquil a illustré les contradictions de cette stratégie : le chef du gang Los Águilas, Carlos Alberto Suástegui, visé par le gouvernement, a été tué en plein terminal alors qu’il circulait librement, sans mandat d’arrêt.

Ce qu'il faut retenir

  • Le décret du 18 juin 2026 prolonge l’état de « conflit armé interne » en Équateur, permettant des grâces aux policiers et militaires combattant les gangs.
  • Depuis janvier 2026, près de 3 500 morts sont recensés dans une spirale de violence que le gouvernement peine à endiguer.
  • L’assassinat de Carlos Alberto Suástegui, chef du gang Los Águilas, en plein aéroport de Guayaquil, soulève des questions sur l’efficacité de la stratégie militaire.
  • Le décret mentionne explicitement les États-Unis comme partenaire clé, autorisant une collaboration militaire renforcée.
  • Ce texte contourne le rejet par référendum, en 2025, de l’installation de bases étrangères sur le sol équatorien.

Un décret pour légitimer une guerre sans résultats

Le décret publié le 18 juin 2026 par Daniel Noboa, mis en avant par le quotidien El Universo, s’inscrit dans la continuité d’une politique sécuritaire radicale. Ce document accorde aux forces de l’ordre le droit de bénéficier de grâces ou de réductions de peine pour leurs actions contre les gangs, une mesure justifiée par l’urgence de la situation. Pourtant, les chiffres parlent d’eux-mêmes : malgré l’état de guerre déclaré en 2024, les violences n’ont fait qu’empirer. Selon El País América, cité par Courrier International, l’Équateur enregistre déjà plus de morts en 2026 que sur l’ensemble de l’année 2025.

L’assassinat de Suástegui, survenu le 17 juin à l’aéroport de Guayaquil, a révélé une faille majeure de cette stratégie. Identifié comme un « narcotrafiquant de premier plan » par les autorités, il évoluait librement dans le pays, sans aucune restriction. Pour El País América, cet épisode « ouvre des questions inconfortables sur l’efficacité d’une politique qui mise sur le langage belliqueux tout en laissant les chefs criminels agir en toute impunité ».

Les États-Unis, partenaires incontournables malgré le rejet populaire

Face à l’échec apparent de sa politique, Daniel Noboa semble désormais miser sur un soutien extérieur, notamment américain. Le décret du 18 juin mentionne explicitement les États-Unis comme seul pays étranger cité sur les sept pages du document, selon El Diario. Cette orientation intervient alors que l’Équateur a rejeté, par référendum en 2025, l’installation de bases militaires étrangères sur son territoire. Pourtant, depuis mars 2026, des opérations conjointes avec l’armée américaine ont été lancées sous couvert de lutte contre le « narcoterrorisme ».

Cette stratégie, perçue comme une manœuvre pour contourner la volonté populaire, suscite des critiques sur une éventuelle dérive autoritaire. Noboa, en poste depuis 2023, utilise désormais le décret pour étendre les immunités aux « personnels étrangers des États coopérants », une formulation qui vise clairement les militaires américains. Pour El Diario, il s’agit d’une manière « à peine voilée de plaire à Donald Trump », dans un contexte où les relations entre les deux pays se resserrent autour de la lutte antidrogue.

Un bilan sécuritaire désastreux et des contradictions criantes

L’Équateur est plongé dans une crise sécuritaire sans précédent, avec une hausse de plus de 40 % des homicides en 2026 par rapport à 2025, selon les dernières estimations. Les gangs, souvent liés au narcotrafic, se sont radicalisés, ciblant aussi bien les forces de l’ordre que la population civile. Les opérations militaires, comme celles menées dans la province de Guayas, n’ont pas réussi à inverser la tendance. À Guayaquil, deuxième ville du pays, des soldats en armes patrouillent désormais dans les rues, une scène impensable il y a encore deux ans.

Les images de l’aéroport de Guayaquil, où Suástegui a été abattu, ont choqué l’opinion publique. Alors que le gouvernement présente cette opération comme une victoire, les doutes persistent : comment un chef criminel peut-il circuler librement alors que des milliers de militaires sont déployés ? « La contradiction est flagrante », souligne un éditorial de El País América. « On nous demande de croire à une guerre gagnable, mais les faits démontrent l’inverse. »

Et maintenant ?

Le décret du 18 juin ouvre la voie à une collaboration militaire accrue avec les États-Unis, mais son application dépendra de plusieurs facteurs. D’abord, la capacité des autorités à stabiliser les zones les plus violentes, comme Guayaquil ou Esmeraldas. Ensuite, l’évolution des relations entre Noboa et Washington, alors que l’administration Trump a fait de la lutte antidrogue une priorité régionale. Enfin, la réaction de la justice équatorienne, qui pourrait contester certaines mesures du décret au nom des droits fondamentaux. Une chose est sûre : sans résultats tangibles d’ici la fin de l’année, la pression sur le gouvernement ne fera que croître.

Contexte régional : une stratégie inspirée par l’Amérique latine

L’Équateur n’est pas le seul pays d’Amérique latine à recourir à des mesures exceptionnelles pour lutter contre le crime organisé. Le Salvador, sous la présidence de Nayib Bukele, a mis en place un état d’exception permanent depuis 2022, avec des résultats contestés. En Équateur, la stratégie de Noboa s’inspire directement de ces modèles, mais avec une particularité : l’implication directe des États-Unis. Selon des sources diplomatiques citées par Courrier International, Washington aurait conditionné une partie de son aide économique à la participation active de Quito dans la guerre antidrogue régionale.

Cette alliance, bien que tactique, soulève des questions sur la souveraineté équatorienne. Le décret du 18 juin stipule que les militaires américains « bénéficieront des immunités prévues par les accords internationaux », une clause qui rappelle les tensions passées autour des bases étrangères en Amérique latine. Pour l’opposition, il s’agit d’une « capitulation déguisée », tandis que le gouvernement y voit une nécessité face à l’ampleur de la crise.

Les défis humanitaires d’une guerre sans fin

Au-delà des chiffres et des stratégies militaires, la crise sécuritaire en Équateur a des conséquences dramatiques pour la population. Les déplacements forcés, les extorsions et les assassinats ciblés ont vidé certaines zones de leurs habitants. À Guayaquil, des quartiers entiers sont désormais contrôlés par des gangs, tandis que les services publics peinent à fonctionner. Les hôpitaux, déjà sous-financés, accueillent de plus en plus de blessés par balles, souvent des civils pris entre deux feux.

Les organisations de défense des droits humains, comme Human Rights Watch, ont alerté à plusieurs reprises sur les dérives des opérations militaires. Entre arrestations arbitraires et exécutions extrajudiciaires, le bilan humain s’alourdit. Pourtant, le gouvernement continue de justifier ses méthodes par la nécessité de rétablir l’ordre. « Nous n’avons pas le luxe de choisir nos alliés quand notre pays est en guerre », a déclaré Noboa lors d’une allocution le 19 juin, sans préciser si ce « luxe » incluait le respect des droits fondamentaux.

Reste à voir si cette escalade sécuritaire portera ses fruits. En attendant, l’Équateur, déjà fragilisé par une crise économique persistante, doit désormais composer avec une insécurité endémique et une polarisation politique croissante. Le décret du 18 juin pourrait bien n’être qu’une étape de plus dans une spirale dont personne ne voit encore l’issue.

Le gouvernement équatorien a déclaré cet état d’exception pour légitimer des mesures militaires exceptionnelles contre les gangs, comme les grâces accordées aux policiers et militaires. Selon Courrier International, cette décision intervient alors que la violence a déjà fait près de 3 500 morts en 2026, malgré le début des opérations militaires en 2024.

Le décret signé par Daniel Noboa le 18 juin mentionne explicitement les États-Unis comme partenaire clé, autorisant une collaboration militaire renforcée. Depuis mars 2026, des opérations conjointes ont été lancées sous couvert de lutte contre le « narcoterrorisme », une stratégie qui contourne le rejet par référendum de 2025 de l’installation de bases étrangères.