Dimanche 23 mars 2026, Éric Ciotti a remporté le fauteuil de maire de Nice avec **48,9 % des suffrages**, selon les résultats définitifs du second tour des municipales, devançant ainsi son prédécesseur Christian Estrosi (Horizons), crédité de **37 %**. Une performance qui, bien au-delà du scrutin local, s’inscrit comme un test grandeur nature pour le député des Alpes-Maritimes, fondateur de l’Union des Démocrates et Républicains (UDR), et son projet d’union entre Les Républicains (LR) et le Rassemblement National (RN). Comme le rapportent nos confrères du Figaro, cette victoire, arrachée dans l’une des villes symboles de la droite traditionnelle, consacre une alliance jusqu’alors inédite et controversée au sein de la droite française. Une stratégie que Ciotti présente désormais comme la clé pour conquérir l’Élysée en 2027.
Ce qu'il faut retenir
- Éric Ciotti, figure de la droite conservatrice, remporte Nice avec **48,9 %** face à Christian Estrosi (37 %), marquant une rupture symbolique dans la ville emblématique de la droite française.
- Cette victoire s’appuie sur une alliance controversée entre LR et le RN, scellée par Ciotti en juin 2024, alors que le parti était encore dirigé par Laurent Wauquiez.
- Christian Estrosi, maire sortant et figure d’Horizons, était considéré comme un rival bien plus dangereux pour Ciotti que les candidats écologistes ou socialistes.
- Cette alliance divise profondément la droite, où certains, comme Jérôme Fourquet, évoquent un « risque de vente à la découpe » entre Édouard Philippe et Éric Ciotti pour l’hégémonie sur LR.
- La victoire de Ciotti à Nice pourrait devenir un modèle pour une union plus large en vue de la présidentielle de 2027, mais elle expose aussi les tensions internes à LR.
Une alliance historique et risquée
Le 14 juin 2024, quelques jours après avoir annoncé une alliance avec le Rassemblement National, Éric Ciotti se rendait discrètement sur un marché du centre-ville de Nice pour évaluer la réaction des Niçois. Selon nos confrères du Figaro, il revenait avec une impression favorable : « Tous les habitants croisés lui avaient glissé des remerciements, des encouragements et même des félicitations prémonitoires », rapportait alors un témoin cité par le quotidien. À l’époque, cette entente entre LR et le RN, alors dirigée par Marine Le Pen, avait provoqué un séisme politique au sein de la droite traditionnelle.
Cette alliance, qui aurait semblé impensable quelques années plus tôt, s’est construite dans un contexte de fragmentation du paysage politique français. Depuis 2022, la droite est divisée entre plusieurs courants : les partisans d’une ligne dure, incarnés par Ciotti, ceux d’une droite modérée autour de figures comme Édouard Philippe, et une frange centriste cherchant à se distancier des extrêmes. En juin 2024, lorsque Ciotti a officialisé son rapprochement avec le RN, il a d’ailleurs dû quitter la présidence de LR, alors dirigée par Laurent Wauquiez, un opposant farouche à cette union. « Ce qui importait le plus à Ciotti, c’était de tester l’approbation des Niçois sur cette entente inédite avec Marine Le Pen », rappelle un analyste politique. Une stratégie qui, à Nice, a payé.
Nice, laboratoire d’une droite en recomposition
La victoire de Ciotti à Nice n’est pas seulement un succès personnel. Elle représente une rupture générationnelle et idéologique dans une ville qui a longtemps été un bastion de la droite modérée. Christian Estrosi, maire sortant depuis 2017, était jusqu’alors considéré comme l’héritier d’une droite plus pragmatique, proche de Nicolas Sarkozy. Son rival, Éric Ciotti, incarne une ligne plus conservatrice, axée sur la sécurité, l’immigration et la défense des valeurs traditionnelles. « Nice est un symbole », explique un observateur. « Si on veut gagner la présidentielle, il faudra forcément cette union », avait d’ailleurs déclaré Ciotti après son succès.
Les résultats du second tour confirment cette tendance. Derrière Ciotti et Estrosi, les écologistes, menés par Philippe Vardon, ont obtenu **10,1 %**, tandis que la liste socialiste de Mathieu Hanotin a été « copieusement huée et sifflée » au soir du scrutin, selon les comptes-rendus de la soirée électorale. Une performance qui illustre la désaffection des électeurs de gauche dans une ville où la droite domine depuis des décennies. « C’est un vote utile contre l’extrême droite, mais aussi un rejet des anciens équilibres », analyse un politologue de Sciences Po. Bref, Nice devient le terrain d’expérimentation d’une droite unie, mais aussi le miroir des fractures qui traversent la société française.
Les réactions d’un camp divisé
Si la victoire de Ciotti a été saluée par une partie de la droite, elle a aussi provoqué des remous. Édouard Philippe, figure centrale du parti Horizons et potentiel candidat à la présidentielle, a récemment mis en garde contre une « dérive droitière » de LR. Dans une interview au Journal du Dimanche, il avait affirmé : « LR risque d’assister à une vente à la découpe entre Édouard Philippe et Éric Ciotti » pour le contrôle du parti. Une déclaration qui en dit long sur les tensions internes.
Du côté du Rassemblement National, la satisfaction est palpable. Marine Le Pen, qui avait activement soutenu Ciotti dans cette campagne, a salué « un pas de plus vers une union nationale contre l’immigration et l’insécurité ». Mais au sein même du RN, certains restent prudents. Jordan Bardella, président du groupe RN à l’Assemblée, a rappelé que « l’alliance avec LR ne doit pas se faire au détriment des fondamentaux du parti ». Un équilibre délicat, alors que les deux formations peinent encore à s’entendre sur des sujets comme l’Europe ou la fiscalité.
À gauche, la défaite est amère. Le socialiste Mathieu Hanotin, maire sortant, a subi une déroute électorale, tout comme les candidats écologistes. « C’est un désaveu pour les politiques locales que nous avons menées », a-t-il reconnu lors de sa prise de parole, sans pour autant remettre en cause la ligne du Parti Socialiste. Une défaite qui illustre la difficulté des partis traditionnels à mobiliser leur électorat dans un contexte de défiance généralisée.
Quels enseignements pour 2027 ?
La victoire de Ciotti à Nice intervient à un moment charnière pour la droite française. Avec l’élection présidentielle de 2027 en ligne de mire, les stratégies se précisent. Pour Ciotti, cette alliance avec le RN est un pari risqué, mais potentiellement gagnant. « Si on veut gagner la présidentielle, il faudra forcément cette union », avait-il martelé lors de sa campagne. Une position qui contraste avec celle d’Édouard Philippe, pour qui une telle alliance pourrait aliéner une partie de l’électorat modéré.
Plusieurs scénarios se dessinent pour les prochains mois. D’abord, la gestion de Nice par Ciotti sera scrutée à la loupe. Une réussite pourrait renforcer sa légitimité, tandis qu’un échec risquerait de discréditer son projet politique. Ensuite, l’équilibre au sein de LR reste fragile. Si Ciotti parvient à imposer son leadership, il pourrait marginaliser les opposants comme Philippe ou Wauquiez. Mais si les tensions persistent, le parti pourrait éclater, ouvrant la voie à une recomposition encore plus large de la droite.
Enfin, le RN, qui a tout à gagner d’une union avec LR, devra aussi faire des concessions. Jordan Bardella a déjà prévenu : « L’alliance ne doit pas se faire à sens unique ». Un équilibre délicat, alors que les deux formations doivent encore s’entendre sur des sujets comme la sortie de l’UE ou la réforme des retraites.
Quant à Christian Estrosi, son avenir politique reste incertain. Après avoir perdu Nice, il pourrait se recentrer sur ses fonctions nationales au sein d’Horizons, mais son influence à droite est désormais affaiblie. « Nice était mon dernier bastion », a-t-il concédé lors de sa défaite. Une phrase qui résume à elle seule l’ampleur des changements en cours.
Cette alliance est historique car elle rompt avec des décennies de rejet mutuel entre les deux formations. Le RN, héritier du Front National, a longtemps été ostracisé par la droite traditionnelle. Pour les opposants à cette union, comme Laurent Wauquiez ou Édouard Philippe, elle représente une trahison des valeurs modérées de LR. Pour ses défenseurs, comme Éric Ciotti, elle est la seule voie pour battre Emmanuel Macron et les gauches en 2027.
Le prochain scrutin national important sera les européennes de 2027, où LR et le RN devraient présenter une liste commune. D’ici là, les élections sénatoriales de 2026 pourraient aussi être un test pour Ciotti, qui devra montrer qu’il peut fédérer au-delà de Nice. Enfin, la présidentielle de 2027 reste l’échéance ultime, avec une course à l’investiture qui promet d’être âpre.
