Les tensions entre Dassault Aviation et Airbus s’aggravent sur le programme du drone de surveillance Eurodrone. Selon Capital, la France a décidé de suspendre ses achats, entraînant une baisse de la charge de travail pour Dassault, qui exige désormais une compensation financière de son partenaire européen. Ce désaccord survient quelques jours seulement après l’abandon officiel du projet SCAF, illustrant la dégradation des relations entre les deux groupes industriels.

Ce qu'il faut retenir

  • La France a suspendu ses commandes d’Eurodrone, réduisant la charge de travail de Dassault Aviation sur le programme.
  • Dassault réclame une compensation financière à Airbus pour compenser cette baisse d’activité.
  • Le projet Eurodrone, évalué à 7 milliards d’euros, reste officiellement en cours, mais son avenir est menacé.
  • Le principe du « retour géographique » explique la demande de Dassault, dont l’investissement doit être proportionnel à sa part de travail.
  • Les relations entre Dassault et Airbus se dégradent, comme en témoigne l’échec du SCAF quelques jours plus tôt.

Un programme stratégique mis à mal par les choix français

Selon les informations révélées par Capital, relayées par BFMTV, la France a choisi de suspendre ses achats d’Eurodrone, un drone de surveillance de moyenne altitude et longue endurance (MALE). Cette décision s’inscrit dans le cadre de la révision de la loi de programmation militaire (LPM), qui a recentré les priorités vers des drones « de moindre coût ». Officiellement, Paris n’a pas quitté le programme, mais cette suspension a immédiatement impacté la répartition des travaux entre les partenaires industriels.

Dassault Aviation, qui subit une réduction de sa charge de travail, a donc demandé à Airbus une compensation financière. L’enjeu est double : d’une part, préserver l’équilibre économique du programme, et d’autre part, respecter le principe du « retour géographique ». Ce mécanisme, appliqué dans les programmes industriels européens, impose que le montant des contrats attribués aux industriels nationaux soit proportionnel à leur investissement financier. Une règle qui pousse Dassault à exiger une contrepartie.

L’Eurodrone, un projet déjà fragilisé par le contexte géopolitique

Le gouvernement français justifie cette décision en estimant que les besoins en drones MALE « sont aujourd’hui moins adaptés » aux conflits de haute intensité. Pourtant, l’Eurodrone reste un projet stratégique pour l’Europe, avec un budget global estimé à 7 milliards d’euros et une livraison prévue à partir de 2035. Les six systèmes commandés initialement devaient équiper les forces françaises, mais leur achat a été reporté sine die, voire annulé.

Contrairement au SCAF, abandonné officiellement le 8 juin 2026, l’Eurodrone n’en est qu’à un stade avancé de développement. Une rupture du programme aurait donc des conséquences contractuelles bien différentes, mais elle reste possible si les désaccords persistent. « Les discussions sur les deux programmes sont distinctes sur le papier, mais elles n’en sont pas moins liées sur les plans psychologique et politique », a précisé une source proche du dossier à Capital.

Des relations tendues entre Dassault et Airbus

Cet épisode illustre une fois de plus les fractures entre Dassault Aviation et Airbus, deux géants européens de l’aéronautique et de la défense. Leur collaboration, déjà mise à mal par l’échec du SCAF, se heurte à des divergences stratégiques et industrielles. Le SCAF, destiné à remplacer les Rafale français et les Eurofighter allemands et espagnols d’ici 2040, a été abandonné après des mois de négociations infructueuses entre Paris et Berlin.

Les deux industriels ont multiplié les déclarations publiques pour critiquer le manque de flexibilité de l’autre. Dassault a notamment reproché à Airbus de vouloir imposer une architecture jugée trop complexe, tandis qu’Airbus a pointé du doigt le manque de compromis de la part du constructeur français. Ces tensions, désormais étendues à l’Eurodrone, pourraient fragiliser davantage la coopération industrielle européenne dans le domaine de la défense.

« Les discussions sur les deux programmes sont distinctes sur le papier, mais elles n’en sont pas moins liées sur les plans psychologique et politique. »
— Une source proche du dossier, citée par Capital

Quelles conséquences pour l’avenir du programme Eurodrone ?

Si Dassault et Airbus parviennent à trouver un accord sur la compensation financière, le programme pourrait se poursuivre sans trop de heurts. Cependant, la suspension des commandes françaises et le recentrage vers des drones moins coûteux laissent planer le doute sur l’engagement réel de Paris. D’autres pays partenaires, comme l’Allemagne ou l’Italie, pourraient être tentés de revoir leur participation, d’autant que le principe du « retour géographique » limite leur marge de manœuvre.

Pour Dassault, la question n’est pas seulement financière : il s’agit aussi de préserver sa place dans les futurs grands programmes européens de défense. Le groupe français mise sur son expertise en drones et en systèmes de combat, mais son isolation croissante pourrait affaiblir sa position face à des concurrents comme l’américain Lockheed Martin ou le britannique BAE Systems.

Et maintenant ?

Les négociations entre Dassault et Airbus devraient s’intensifier dans les prochaines semaines, alors que la France finalise sa nouvelle loi de programmation militaire. Si aucun accord n’est trouvé, une sortie partielle ou totale de la France du programme Eurodrone pourrait être envisagée, ce qui accélérerait sa réorientation vers des drones moins sophistiqués. D’autres partenaires européens pourraient alors prendre le relais, mais le risque d’un éclatement du projet n’est pas à exclure.

Quoi qu’il en soit, cet épisode confirme la difficulté croissante à mener des projets industriels européens ambitieux dans un contexte de rivalités nationales et de divergences stratégiques. L’abandon du SCAF et les tensions sur l’Eurodrone pourraient inciter les États membres à privilégier des solutions nationales, au détriment de la coopération européenne.

Le « retour géographique » est une règle appliquée dans les programmes industriels européens qui impose que le montant des contrats attribués aux industriels d’un pays participant soit proportionnel à l’investissement financier de ce pays. Autrement dit, si un État investit 30 % dans un programme, ses entreprises doivent remporter au moins 30 % des contrats. Ce mécanisme vise à garantir une répartition équitable des retombées économiques entre les partenaires.

La France a justifié cette décision par la révision de sa loi de programmation militaire (LPM), qui a recentré les priorités vers des drones « de moindre coût » mieux adaptés, selon Paris, aux conflits de haute intensité. Les fonds initialement prévus pour l’achat de six systèmes Eurodrone d’ici 2035 ont donc été réalloués à d’autres projets.