Jamais autant de Néo-Zélandais n’avaient quitté leur pays en 2024, selon une enquête de la Frankfurter Allgemeine Zeitung relayée par Courrier International. Ce phénomène inédit marque un retournement migratoire pour un territoire autrefois perçu comme un eldorado par les expatriés.

Courrier International révèle que 72 684 Néo-Zélandais ont quitté le pays au cours des douze mois précédant novembre 2024, un record historique. Si le solde migratoire reste positif grâce à l’arrivée d’étrangers, celui-ci est « le plus faible depuis douze ans », selon les chiffres de l’organisme national de statistiques. La rupture est à la fois économique et morale : des salaires jugés trop bas, un coût de la vie élevé et un marché immobilier inaccessible poussent désormais les habitants à envisager l’Europe, voire l’Allemagne, comme alternative.

Ce qu'il faut retenir

  • En 2024, 72 684 Néo-Zélandais ont quitté le pays, un record absolu.
  • Le solde migratoire avec l’étranger reste positif, mais à son niveau le plus bas depuis 12 ans.
  • Les principaux motifs d’exode : salaires insuffisants, coût de la vie élevé et accès difficile au logement.
  • L’Australie attire 58 % des émigrants néo-zélandais, grâce à des salaires supérieurs d’environ 25 % dans tous les secteurs.
  • 63 % des Néo-Zélandais estiment que le pays « est sur la mauvaise voie », selon un sondage cité par le politologue Bryce Edwards.

Un pays qui perd son attractivité économique

Les raisons de ce départ massif sont avant tout économiques. Un Néo-Zélandais cité par Courrier International résume la situation sans détour : « La Nouvelle-Zélande a des salaires bas, un coût de la vie élevé et des maisons chères. » Une équation qui rend, selon lui, « difficile de se permettre de fonder une famille ». Les prix de l’immobilier, en particulier, sont souvent pointés du doigt comme un frein majeur à l’installation durable.

L’attractivité salariale se dégrade également. Oliver Hartwich, économiste germano-néo-zélandais, compare sans concession Wellington à Sydney : « On arrive en Nouvelle-Zélande et on se dit : que s’est-il passé ici ? » Pour lui, le pays « se déplace en quelque sorte à reculons », perdant son statut de destination privilégiée pour les travailleurs qualifiés.

Un malaise politique et social grandissant

Le désenchantement dépasse le cadre économique. Selon le politologue Bryce Edwards, « la Nouvelle-Zélande se sent en ce moment très cassée. Rien ne fonctionne vraiment. » Ce sentiment est partagé par une large partie de la population : 63 % des personnes interrogées estiment que le pays « est sur la mauvaise voie », un chiffre en constante augmentation depuis plusieurs années, indépendamment des gouvernements en place.

Cette défiance touche aussi les expatriés de retour et les binationaux. Jay van Dijk, un Néo-Zélandais ayant vécu en Allemagne, a choisi Munich pour s’installer durablement : « Au moins, le nombre d’emplois y est nettement plus élevé », explique-t-il, jugeant désormais les conditions de vie familiale plus favorables en Allemagne qu’en Nouvelle-Zélande.

L’Australie, première destination des émigrants

Parmi les pays attractifs pour les Néo-Zélandais, l’Australie se distingue clairement. D’après les données disponibles, 58 % des émigrants néo-zélandais choisissent de s’y installer, séduits par des salaires « supérieurs d’environ 25 % dans tous les secteurs ». Proximité géographique, opportunités professionnelles et cadre de vie sont autant de facteurs qui expliquent cette tendance.

L’Europe, bien que moins prisée, commence à émerger comme une alternative. Certains, comme Jay van Dijk, privilégient désormais l’Allemagne pour sa stabilité économique et la diversité de ses opportunités professionnelles. Une évolution notable pour un pays qui, pendant des décennies, a attiré des milliers d’expatriés en quête d’un équilibre entre nature et qualité de vie.

Une image ternie, mais des atouts persistants

Malgré ce mouvement de départ, la Nouvelle-Zélande conserve des atouts indéniables. Son environnement naturel, sa sécurité et sa réputation de société ouverte et tolérante restent des valeurs sûres. Pourtant, ces qualités ne suffisent plus à retenir une partie de sa population, notamment les jeunes actifs et les familles en quête de stabilité économique.

Pour certains observateurs, ce phénomène reflète une tendance plus large observable dans d’autres pays développés : la difficulté à concilier qualité de vie et prospérité économique. La Nouvelle-Zélande, longtemps perçue comme une exception, semble désormais confrontée à des défis structurels similaires à ceux de l’Europe ou de l’Amérique du Nord.

Et maintenant ?

Si la tendance actuelle se poursuit, la Nouvelle-Zélande pourrait voir son solde migratoire basculer définitivement dans le négatif d’ici 2027, selon les projections des économistes. Les prochaines élections générales, prévues en 2026, seront un test pour le gouvernement en place, qui devra proposer des mesures concrètes pour inverser cette dynamique. Dans l’immédiat, les autorités néo-zélandaises pourraient renforcer les incitations fiscales pour les familles et les jeunes actifs, tout en tentant de stabiliser un marché immobilier devenu inaccessible pour une large partie de la population.

Ce retournement migratoire interroge plus largement sur la capacité des petits pays à conserver leur population dans un contexte de mondialisation accrue. Pour la Nouvelle-Zélande, l’enjeu sera de retrouver un équilibre entre son attractivité historique et les aspirations économiques de ses citoyens.

L’Australie séduit les Néo-Zélandais par des salaires supérieurs d’environ 25 % dans tous les secteurs, une proximité géographique et un marché du travail plus dynamique. Proximité culturelle et facilité d’intégration jouent également un rôle clé.

Les principaux obstacles sont les salaires jugés trop bas, le coût de la vie élevé et l’accès difficile au logement, notamment à l’achat. Ces facteurs rendent difficile la constitution d’un patrimoine familial pour de nombreux ménages.