Une enquête pour injure publique aggravée par la discrimination a été ouverte par le parquet de Paris après l’exposition sauvage d’affiches du street artiste GoCrazy99 dans le métro des Buttes-Chaumont, dans le 19e arrondissement de Paris, ce dimanche 3 mai. Les œuvres, jugées à « caractère antisémite » par le ministère public, ont été signalées par plusieurs associations avant d’être retirées rapidement par la RATP.
Ce qu'il faut retenir
- Une exposition illégale organisée par l’artiste GoCrazy99 le 3 mai 2026 dans la station de métro Buttes-Chaumont (Paris 19e).
- Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour injure publique aggravée par la discrimination, confiée à la Brigade de répression de la délinquance aux personnes (BRDP).
- Les affiches sont accusées de véhiculer des symboles à caractère antisémite, notamment un personnage dont le nez est dessiné en forme d’étoile de David.
- La RATP a condamné l’affichage sauvage et annonce avoir porté plainte, tout en confirmant le retrait immédiat des œuvres.
- L’artiste conteste ces accusations et affirme que son personnage, à l’origine, représente un démon ou un symbole occulte, sans lien avec le judaïsme.
- Plusieurs collectifs anti-antisémitisme ont réagi avec indignation, dénonçant une récurrence de l’antisémitisme dans l’espace public.
Une exposition illégale et des accusations d’antisémitisme
Dimanche 3 mai 2026, les usagers de la station de métro Buttes-Chaumont, située dans le 19e arrondissement de Paris, ont découvert leurs murs recouverts d’affiches signées GoCrazy99. L’artiste, connu pour ses interventions urbaines non autorisées, a organisé une exposition sauvage qui a rapidement suscité une vague de réactions. Selon BFM - Faits Divers, le parquet de Paris a qualifié ces œuvres de « caractère antisémite », motivant l’ouverture d’une enquête pour « injure publique aggravée par la discrimination ».
Dès l’annonce de cette exposition, plusieurs associations ont réagi avec fermeté. Parmi elles, le collectif Nous Vivrons a dénoncé sur le réseau social X : « Toujours plus. On avait ‘sionistes hors de nos facs’, on a désormais ‘sionistes hors de nos métros’ ». Une phrase qui illustre l’indignation face à ce qu’ils considèrent comme une montée des messages haineux dans l’espace public parisien.
La RATP condamne et porte plainte
De son côté, la Régie autonome des transports parisiens (RATP) a réagi avec fermeté. Dans un communiqué transmis à BFM - Faits Divers, la régie a confirmé que les affiches avaient été retirées « rapidement » par ses équipes, conformément à ses procédures habituelles. « À chaque signalement, des équipes sont mobilisées pour les retirer au plus vite », précise la RATP, qui ajoute : « La RATP va porter plainte contre ces affichages sauvages ».
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de lutte contre les affichages non autorisés dans le réseau parisien. La régie rappelle que toute intervention sur ses espaces doit faire l’objet d’une autorisation préalable, sous peine de sanctions pénales. Depuis plusieurs années, la RATP multiplie les actions pour limiter ces pratiques, tout en collaborant avec les forces de l’ordre pour identifier et poursuivre les auteurs d’affichages illégaux.
GoCrazy99 se défend et explique son travail artistique
Contacté par Le Parisien, GoCrazy99 a rejeté avec véhémence les accusations d’antisémitisme. L’artiste affirme que le personnage représenté sur ses affiches arbore, dans sa version originale, un nez en forme de pentagramme — une étoile à cinq branches — et non une étoile de David. « Les cinq branches représentent les démons et la magie occulte. Parfois, je le représente aussi avec une étoile à six branches, qui fait davantage référence à des signes anciens, hindouistes ou japonais », explique-t-il au quotidien francilien. « À aucun moment, le personnage n’a un lien avec le judaïsme, ou avec la haine d’une religion ou d’un peuple. »
Cette défense s’appuie sur une distinction sémantique et symbolique. L’artiste rappelle que son travail repose sur des références occultes et démoniaques, qu’il puise dans un univers fantastique et non politique. Pourtant, cette explication n’a pas suffi à convaincre les associations, qui pointent du doigt la récurrence de symboles juifs dans l’imaginaire conspirationniste et antisémite. Une confusion que l’artiste attribue à une interprétation malvenue de ses créations.
Un précédent en mars dernier
Ce n’est pas la première fois que GoCrazy99 expose ses œuvres dans le métro parisien sans autorisation. Selon BFM - Faits Divers, un affichage similaire avait déjà été signalé fin mars 2026 dans la station Buttes-Chaumont. À l’époque, les associations avaient déjà dénoncé la présence d’un personnage aux traits démoniaques et au nez dessiné en étoile de David. Cette répétition des faits interroge sur la méthode de travail de l’artiste et sur sa connaissance des risques juridiques encourus. Interrogé à ce sujet, GoCrazy99 n’a pas répondu directement aux questions concernant ce précédent.
Un débat qui dépasse l’artiste
Au-delà du cas individuel de GoCrazy99, cette affaire soulève des questions plus larges sur la gestion de l’espace public parisien et sur la montée des discours haineux dans les rues et les transports. Plusieurs collectifs anti-antisémitisme ont d’ailleurs saisi l’occasion pour rappeler l’urgence de lutter contre ces manifestations, qu’elles soient artistiques ou non. « On ne peut plus tolérer que des symboles à caractère antisémite s’affichent impunément dans nos rues », déclare une porte-parole de la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme), contactée par nos soins.
Cette affaire intervient également dans un contexte politique tendu autour des questions de lutte contre l’antisémitisme en France. Depuis plusieurs mois, des débats agitent la société civile et les institutions sur l’efficacité des lois existantes, comme la loi Avia ou la loi Yadan, censées renforcer la répression des discours de haine en ligne et dans l’espace public.
Cette exposition sauvage interroge aussi sur la capacité des institutions à protéger l’espace public des messages haineux, qu’ils émanent d’artistes ou de groupes organisés. Alors que les tensions autour de l’antisémitisme restent vives en France, les prochaines semaines pourraient voir émerger de nouvelles mesures pour renforcer le contrôle des affichages et des expressions dans les lieux publics.
Selon le code pénal, l’affichage sauvage est passible d’une amende pouvant aller jusqu’à 1 500 euros pour une personne physique. En cas de récidive, cette amende peut être majorée. Si l’affichage est jugé discriminatoire ou incitatif à la haine, les peines peuvent être alourdies, avec des sanctions pouvant aller jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende, conformément aux dispositions du code pénal relatives aux injures et discriminations.