Une équipe de chercheurs belges annonce une avancée majeure dans la préservation de la fertilité masculine. Selon Courrier International, un homme de 27 ans a produit du sperme seize ans après une greffe de tissu testiculaire congelé, réalisée alors qu’il était âgé de 10 ans.
Ce qu'il faut retenir
- Un patient de 27 ans a produit du sperme après une greffe de tissu testiculaire cryoconservé à l’âge de 10 ans
- Cette greffe a été réalisée dans le cadre d’un traitement contre la drépanocytose, suivi d’une chimiothérapie
- Il s’agit d’une première mondiale, selon une étude belge publiée sur MedRxiv, non encore relue par des pairs
- Plus de 3 000 patients dans le monde ont un tissu testiculaire cryoconservé dans des banques spécialisées
- Cette technique offre un espoir de descendance biologique pour les garçons prépubères soumis à des traitements stérilisants
L’étude, coordonnée par Ellen Goossens, professeure à la Vrije Universiteit Brussel, révèle que le patient avait subi une chimiothérapie pour traiter une drépanocytose. Le tissu testiculaire, prélevé avant la puberté, avait été cryoconservé en 2010. Seize ans plus tard, après sa greffe, il a été capable de produire des spermatozoïdes, une première médicale attestant de la viabilité de cette technique.
Comme le précise Ellen Goossens dans une déclaration rapportée par Courrier International : « On redonne l’espoir à plus de gens dans la possibilité d’avoir des enfants biologiques. C’est extraordinaire pour ceux dont le tissu est déjà conservé. » Cette avancée pourrait transformer la prise en charge des jeunes patients atteints de maladies nécessitant des traitements agressifs, tels que le cancer ou la drépanocytose, souvent stérilisants.
La Belgique a été pionnière dans ce domaine. Dès 2002, une clinique belge a lancé la conservation de tissu testiculaire chez des patients prépubères, offrant ainsi une option de préservation de la fertilité. Aujourd’hui, cette technique reste limitée aux garçons trop jeunes pour produire du sperme, une étape impossible avant la puberté. Sans cette conservation, les traitements comme la chimiothérapie ou la radiothérapie pourraient anéantir toute chance de descendance biologique future.
Une première, mais des questions persistent
Si cette étude marque une étape historique, ses résultats doivent encore être confirmés par d’autres travaux. Comme le souligne Courrier International, on ignore encore si le sperme produit par ce patient est fécond. Les chercheurs devront désormais évaluer la qualité et la capacité de fécondation des spermatozoïdes obtenus, un processus qui pourrait prendre plusieurs années.
Par ailleurs, cette technique soulève des enjeux éthiques et médicaux. La greffe de tissu testiculaire n’est pas sans risque : elle nécessite une intervention chirurgicale et pourrait, dans certains cas, réintroduire des cellules cancéreuses si le patient était atteint d’un cancer. Les équipes médicales doivent donc évaluer soigneusement les bénéfices et les risques pour chaque patient.
Plus de 3 000 patients concernés dans le monde
Selon les estimations, plus de 3 000 patients dans le monde ont déjà un morceau de tissu testiculaire cryoconservé dans des banques spécialisées, principalement en Europe et en Amérique du Nord. Ces tissus, prélevés avant la puberté, pourraient demain permettre à ces patients de devenir pères biologiques grâce à une greffe.
La cryoconservation du tissu testiculaire est aujourd’hui proposée dans plusieurs pays, notamment en Belgique, en France, aux États-Unis et au Royaume-Uni. En France, les Centres d’étude et de conservation des œufs et du sperme humains (Cecos) sont chargés de cette mission. Leur travail permet de répondre à un besoin croissant, alors que les progrès médicaux augmentent le nombre de survivants à des maladies autrefois mortelles, mais potentiellement stérilisantes.
Cette avancée ouvre également la voie à de nouvelles recherches sur la maturation in vitro des spermatozoïdes, une technique encore expérimentale qui pourrait un jour éliminer le besoin de greffe. Pour l’heure, la greffe de tissu testiculaire cryoconservé reste la seule option viable pour les jeunes garçons confrontés à des traitements stérilisants.
À plus long terme, cette méthode pourrait également bénéficier aux hommes transgenres ou aux personnes en transition, pour qui la conservation du tissu testiculaire avant un traitement hormonal ou une chirurgie est une piste de préservation de la fertilité.
Les risques incluent la réintroduction éventuelle de cellules cancéreuses si le patient était atteint d’un cancer, ainsi que les complications liées à l’intervention chirurgicale. Les équipes médicales évaluent donc chaque cas individuellement avant de procéder à la greffe.
Oui, la cryoconservation de tissu testiculaire est proposée en France, notamment dans les centres Cecos. Cependant, la greffe reste une procédure expérimentale, réservée à des cas spécifiques et encadrés par des protocoles stricts.