Alors que la République démocratique du Congo (RDC) fait face à une épidémie d’Ebola dont le bilan s’alourdit chaque jour, Médecins sans frontières (MSF) France déploie une réponse d’urgence depuis Paris. Selon Franceinfo - Santé, au moins 139 morts ont déjà été recensés, et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que le risque est élevé pour l’Afrique centrale. Les structures sanitaires locales, saturées de cas suspects, peinent à contenir la propagation de la maladie, une souche dont le taux de létalité peut atteindre 50%.

Ce qu'il faut retenir

  • 139 morts confirmés ou suspects depuis le début de l’épidémie, selon les dernières estimations.
  • MSF France prépare le déploiement d’une centaine d’internationaux, soutenus par près de 1 000 collaborateurs locaux.
  • Le principal défi logistique réside dans l’acheminement du matériel médical, notamment les équipements de protection individuelle (EPI), dans une zone partiellement contrôlée par des groupes armés.
  • La souche actuelle d’Ebola présente un taux de létalité pouvant aller jusqu’à 50%, selon les autorités sanitaires.
  • Les équipes sur place doivent composer avec un épuisement physique et psychologique, justifiant un roulement régulier des personnels.

Dès mercredi matin, une réunion d’urgence s’est tenue au siège parisien de MSF France pour coordonner la réponse. Autour de la table, médecins, logisticiens et responsables des opérations d’urgence, dont Claire Nicolet, responsable des urgences chez MSF, ont planifié les prochaines étapes. « C’est une course contre la montre, car cette maladie se propage très rapidement et nous avons pris du retard », a-t-elle déclaré à Franceinfo - Santé. « Notre priorité est de pouvoir prendre en charge les cas et de couper la propagation de la maladie. »

Pour y parvenir, MSF mise sur une stratégie combinant renforts internationaux et collaboration étroite avec les acteurs locaux. « À MSF, on prépare une centaine d’internationaux, mais nous aurons besoin de dix fois plus de collègues congolais pour mener à bien cette réponse », a précisé Claire Nicolet. Cependant, le déploiement ne se fera pas en une seule fois. « Une centaine de personnes, ce n’est pas cent personnes dans l’avion demain matin », a tempéré Tatiana Sanglade, coordinatrice des ressources humaines pour la région. « Nous organiserons un roulement régulier des équipes, car ces missions sont épuisantes et stressantes. »

Le deuxième défi, et non des moindres, concerne l’acheminement du matériel médical. « Mon objectif principal est de faire arriver le matériel le plus vite possible », explique Lydie, responsable de l’approvisionnement pour la cellule des urgences de MSF. La tâche s’annonce complexe : une partie du territoire congolais est contrôlée par des groupes armés rebelles, ce qui compromet la sécurité des convois. « Pour lutter contre Ebola, l’urgence absolue est d’envoyer des équipements de protection pour les personnels soignants : gants, tabliers, cagoules, etc. Sans cela, impossible de commencer le dépistage ou d’accueillir des patients. »

Une fois ces protections en place, le matériel logistique nécessaire à la construction d’unités d’isolement devient prioritaire. « Si un médecin identifie un cas suspect présentant les premiers signes d’Ebola, il peut isoler le patient en attendant les résultats des tests », précise Lydie. « Ces unités sont essentielles pour éviter la contamination en chaîne. »

« Ebola est une maladie qui fait peur parce qu’elle est tellement létale. Mais elle n’est pas très contagieuse : elle se transmet uniquement par contacts rapprochés. »
John Jonson, infirmier chez MSF et vétéran des épidémies d’Ebola

John Jonson, qui a déjà travaillé sur des épidémies d’Ebola au Libéria en 2015 et dans le Nord-Kivu entre 2018 et 2020, doit partir coordonner les opérations dès que son visa sera obtenu. « Je ne crains pas de travailler sur cette épidémie, car avec les protocoles de sécurité, les risques sont maîtrisés », a-t-il confié. Pourtant, l’attente du précieux sésame retarde son départ, alors que chaque jour compte dans la lutte contre la propagation du virus.

Et maintenant ?

Les prochaines 72 heures seront cruciales pour MSF. Les équipes sur place devront non seulement renforcer les capacités d’isolement et de soins, mais aussi former le personnel local aux protocoles de sécurité. Une coordination renforcée avec les autorités congolaises et l’OMS sera nécessaire pour éviter une propagation transfrontalière. La date limite de déploiement des renforts internationaux reste à confirmer, en fonction de l’obtention des visas et de la sécurisation des axes logistiques.

Cette épidémie survient dans un contexte déjà fragile pour le système de santé congolais, où les ressources sont limitées et les tensions sécuritaires fréquentes. Les autorités sanitaires locales et les ONG, dont MSF, devront redoubler d’efforts pour éviter que cette crise ne s’aggrave. La rapidité de la réponse dépendra en grande partie de la capacité à acheminer du matériel dans des zones souvent inaccessibles, alors que le virus continue de circuler.

Reste une question centrale : cette épidémie sera-t-elle contenue avant qu’elle ne gagne les pays voisins, où les systèmes de santé sont tout aussi vulnérables ? L’histoire des épidémies en Afrique centrale montre que les réponses tardives coûtent des vies. Cette fois, la course contre la montre est engagée.

Le taux de létalité élevé, pouvant atteindre 50%, s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, la souche actuelle d’Ebola en circulation en RDC est particulièrement virulente. Ensuite, l’accès limité aux soins dans certaines zones, notamment en raison des conflits armés, retarde la prise en charge des patients. Enfin, la saturation des structures sanitaires locales aggrave la situation, car les cas ne sont pas détectés et isolés assez rapidement.