Selon Le Monde, la musicologue Fanny Rebillard, co-commissaire de l’exposition « Video Games & Music » présentée à la Philharmonie de Paris, revient sur l’évolution d’un genre musical souvent méconnu : la bande-son des jeux vidéo. Dans un entretien accordé au quotidien, elle met en lumière les spécificités de cette musique, profondément liée à l’interaction des joueurs et des joueuses, bien avant que son statut ne soit reconnu par les institutions culturelles.

Ce qu'il faut retenir

  • La musique de jeu vidéo s’est construite « par le bas », à travers une appropriation collective des joueurs bien avant son institutionnalisation.
  • Ce genre est « conditionné par l’action des joueurs et des joueuses », selon les termes de Fanny Rebillard.
  • L’exposition « Video Games & Music », à la Philharmonie de Paris, explore cette relation unique entre musique et interactivité.
  • Fanny Rebillard souligne que ce phénomène reflète une dynamique participative, loin des logiques traditionnelles de création musicale.

Une musique née de l’interaction, bien avant les salles de concert

Pour Fanny Rebillard, la musique de jeu vidéo se distingue par son lien intrinsèque avec l’expérience du joueur. « Ce genre est conditionné par l’action des joueurs et des joueuses », explique-t-elle dans les colonnes du Monde. Autrement dit, la bande-son ne se contente pas d’accompagner le jeu : elle en devient un élément actif, modifiable, voire réapproprié par la communauté des joueurs. Dès les années 1980 et 1990, des mélodies comme celles de Super Mario Bros. ou Tetris ont transcendé leur support initial pour devenir des icônes culturelles, diffusées bien au-delà des écrans.

Cette appropriation collective a pris des formes variées, des remix amateurs partagés en ligne aux reprises orchestrales lors de concerts dédiés. « La musique de jeu vidéo a très tôt fait l’objet d’une appropriation par le bas », précise-t-elle. Un phénomène qui a contribué à légitimer ce genre auprès du grand public, longtemps relégué au rang de simple accompagnement sonore.

L’exposition « Video Games & Music », une reconnaissance tardive mais nécessaire

Présentée à la Philharmonie de Paris, l’exposition « Video Games & Music », dont Fanny Rebillard est l’une des co-commissaires, se propose de retracer cette histoire méconnue. L’événement, qui s’inscrit dans une volonté de diversification des répertoires musicaux, met en lumière les œuvres de compositeurs comme Nobuo Uematsu (Final Fantasy), Koji Kondo (Super Mario) ou encore Jeremy Soule (The Elder Scrolls).

L’exposition ne se limite pas à une simple présentation de bandes-son : elle interroge leur rôle dans l’expérience de jeu. « On y découvre comment ces musiques dialoguent avec les joueurs, comment elles influencent leur perception de l’espace et du temps dans le jeu », indique Fanny Rebillard. Un angle qui permet de comprendre pourquoi ces compositions résonnent si fortement avec le public, bien au-delà des cercles de gamers.

Un genre en quête de légitimité institutionnelle

Malgré son ancrage populaire, la musique de jeu vidéo peine encore à trouver sa place dans les institutions musicales traditionnelles. Pourtant, des initiatives comme le London Video Game Orchestra ou les concerts symphoniques dédiés à des franchises comme The Legend of Zelda montrent une évolution des mentalités. « Il y a une reconnaissance croissante, mais elle reste inégale selon les pays et les milieux culturels », note la musicologue.

Pour Fanny Rebillard, cette reconnaissance passe aussi par une meilleure compréhension de la manière dont les joueurs s’approprient ces musiques. « Ce n’est pas seulement une question de technique ou de composition, mais d’expérience vécue. Les joueurs ne sont pas de simples consommateurs : ils deviennent des co-créateurs. » Une idée qui bouscule les codes de la musique classique et qui, selon elle, pourrait inspirer d’autres domaines artistiques.

Et maintenant ?

L’exposition « Video Games & Music » à la Philharmonie de Paris, qui se poursuit jusqu’au 30 septembre 2026, pourrait marquer un tournant dans la perception de ce genre. Plusieurs projets similaires sont d’ailleurs en préparation dans d’autres villes européennes, signe que l’intérêt pour la musique de jeu vidéo dépasse désormais les frontières hexagonales. Quant à Fanny Rebillard, elle évoque la possibilité de nouvelles collaborations entre compositeurs de jeux vidéo et institutions musicales, notamment pour des commandes originales. Reste à voir si ces initiatives suffiront à ancrer définitivement ce genre dans le paysage culturel.

Alors que le marché du jeu vidéo continue de croître, avec un chiffre d’affaires mondial dépassant les 180 milliards de dollars en 2025 (source : Newzoo), la question de la reconnaissance de sa musique se pose avec une acuité nouvelle. Pour Fanny Rebillard, une chose est sûre : « Ce genre a déjà prouvé qu’il pouvait survivre sans les salles de concert. Maintenant, il s’agit de montrer qu’il peut aussi y trouver sa place. »

Elle se distingue par son lien direct avec l’interactivité du jeu, où la musique ne se contente pas d’accompagner l’action, mais en devient un élément dynamique, souvent modifié ou réinterprété par les joueurs. Contrairement à la musique de film, elle est conçue pour s’adapter à des choix multiples, ce qui en fait un genre unique.