Pour la première fois de son histoire, le Festival de Cannes intègre une œuvre rwandaise en compétition officielle. « Ben’imana » de Marie-Clémentine Dusabejambo, sélectionné dans la catégorie Un Certain Regard, plonge le public dans les méandres de la reconstruction individuelle et collective après le génocide des Tutsi en 1994. Selon Libération, ce film marque un tournant symbolique dans la représentation des traumatismes post-conflits à l’échelle internationale.
Ce qu'il faut retenir
- Première œuvre rwandaise jamais sélectionnée en compétition officielle à Cannes, « Ben’imana » porte la voix d’une réalisatrice issue du pays, Marie-Clémentine Dusabejambo.
- Le film aborde les déchirures mémorielles persistantes au Rwanda, deux décennies après le génocide qui fit plus de 800 000 morts.
- Marie-Clémentine Dusabejambo devient la première réalisatrice rwandaise à concourir à Cannes, soulignant l’émergence d’une nouvelle génération de cinéastes africains sur la scène mondiale.
- « Ben’imana » est programmé dans la section Un Certain Regard, dédiée aux œuvres originales et audacieuses.
- Le titre, « Ben’imana » — un terme kinyarwanda signifiant « désolé » — reflète le thème central du film : le poids de l’absence et de la culpabilité.
Réalisé par une cinéaste née en 1987, « Ben’imana » s’inscrit dans une démarche artistique visant à documenter les conséquences humaines d’un conflit dont les échos résonnent encore aujourd’hui. Selon Libération, Marie-Clémentine Dusabejambo a expliqué que son film cherchait à « montrer comment les blessures du passé façonnent le présent, sans tomber dans le misérabilisme ». L’œuvre suit le parcours d’une femme rwandaise qui tente de renouer avec son histoire familiale, déchirée par la violence des années 1990.
Le choix de Cannes pour présenter ce film n’est pas anodin. Le festival, connu pour son ouverture aux récits engagés et aux perspectives marginalisées, offre une tribune inédite à une histoire souvent reléguée aux marges des récits internationaux. Comme le souligne Libération, « Ben’imana » s’inscrit dans une volonté de réappropriation narrative par les artistes africains, longtemps cantonnés à des rôles de témoins ou de victimes dans le cinéma occidental. La réalisatrice a précisé, lors d’une conférence de presse, que son objectif était de « rendre visible l’invisible » — ces silences qui persistent au-delà des commémorations officielles.
« Le cinéma peut être un outil de guérison, mais aussi de confrontation. Avec « Ben’imana », je ne cherche pas à apaiser, mais à interroger. »
Marie-Clémentine Dusabejambo
La sélection de ce film intervient dans un contexte où le Rwanda, dirigé depuis 2000 par Paul Kagame, mise sur la culture et le soft power pour redéfinir son image. Après des années de silence imposé sur les traumatismes du génocide, les autorités encouragent désormais la production artistique comme vecteur de cohésion sociale. Dusabejambo, qui a grandi à Kigali, a rappelé à Libération que « le cinéma rwandais reste fragile, faute de financements locaux et d’infrastructures adaptées ». Elle a ajouté : « Présenter ce film à Cannes, c’est aussi une façon de montrer que nous existons, malgré tout. »
Au-delà du festival, « Ben’imana » soulève une question plus large : comment les sociétés post-conflits transforment-elles leurs traumatismes en récits porteurs d’espoir ? Entre devoir de mémoire et besoin de reconstruction, le cinéma africain semble jouer un rôle croissant dans ce dialogue. Une chose est sûre : avec cette sélection, Cannes envoie un signal fort en faveur d’une diversité des voix et des histoires racontées.
Le génocide des Tutsi au Rwanda a eu lieu en 1994 et a duré environ 100 jours, entre avril et juillet. Il a été perpétré par le gouvernement hutu et des milices extrémistes, faisant environ 800 000 morts, principalement parmi la minorité tutsi. Ce conflit a été marqué par des violences ethniques systématiques et une organisation méthodique des massacres.