Avec 1,5 million de tonnes de pâte à papier produites chaque année sur un marché national de 2 millions de tonnes, le groupe Fibre Excellence, propriétaire des deux dernières usines françaises de pâte à papier situées à Saint-Gaudens (Haute-Garonne) et Tarascon (Bouches-du-Rhône), est menacé de liquidation judiciaire. Selon BFM Business, l’entreprise a été placée en redressement judiciaire le 27 avril 2026, après s’être déclarée en cessation de paiement le 15 avril. La situation reste critique malgré une période d’observation de six mois pour trouver un repreneur, une échéance qui expire le 17 juin prochain lors de la prochaine audience devant le tribunal de commerce de Toulouse.
Ce qu'il faut retenir
- Fibre Excellence, numéro 1 en France pour la production de pâte à papier avec 1,5 million de tonnes sur 2 millions consommées annuellement, est en redressement judiciaire depuis le 27 avril 2026.
- Le groupe emploie 670 salariés et sa disparition menacerait plus de 10 000 emplois dans la filière.
- Une seule offre de reprise est en cours, mais elle dépend d’engagements de l’État, notamment sur le prix de rachat de l’électricité produite par les usines.
- L’activité électrique du groupe, déficitaire depuis plusieurs années, pèse lourdement sur ses comptes avec des pertes estimées à plusieurs dizaines de millions d’euros en 2025.
- Les régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte-d’Azur, ainsi que plusieurs syndicats, ont écrit au Premier ministre pour alerter sur le risque imminent de liquidation.
Un secteur stratégique en danger
Fibre Excellence n’est pas un acteur industriel comme les autres. Le groupe produit les trois quarts de la pâte à papier consommée en France, une matière première essentielle pour les fabricants de cahiers, de mouchoirs ou d’emballages. Ses deux sites, implantés dans le sud de la France, représentent donc un maillon clé de la chaîne de valeur papetière française. Pourtant, malgré une activité de production de pâte à papier à l’équilibre, l’entreprise accumule les difficultés financières depuis plusieurs années. En 2025, ses comptes ont été plombés par des pertes « de plusieurs dizaines de millions d’euros » dans sa branche production d’électricité, selon les déclarations de Thomas Pétreault, directeur des affaires publiques du groupe, recueillies par BFM Business en février 2026.
Cette branche, qui transforme du bois et des copeaux en électricité, souffre d’un déséquilibre économique majeur. EDF achète l’électricité produite à Saint-Gaudens à 120 euros le mégawattheure (MW/h) et à 105 euros à Tarascon, alors que le coût de production varie entre 170 et 180 euros. À titre de comparaison, la centrale biomasse de Gardanne (Bouches-du-Rhône), exploitée par GazelEnergie, revend son électricité à EDF au tarif de 250 euros le MW/h, soulignent les responsables de Fibre Excellence. « L’activité est en danger tant qu’on n’aura pas de garanties sur le rachat d’électricité », avait prévenu Thomas Pétreault en février dernier.
Un repreneur en attente d’engagements publics
Pour éviter une liquidation judiciaire, Fibre Excellence mise sur une offre de reprise présentée par son équipe dirigeante actuelle. Mais cette offre, conditionnée à des « engagements attendus de l’État », pourrait tomber à l’eau sans une intervention rapide. Dans un courrier adressé au Premier ministre Sébastien Lecornu et révélé par BFM Business, les présidents des régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte-d’Azur, respectivement Carole Delga (PS) et Renaud Muselier (Renaissance), tirent la sonnette d’alarme. « Sans intervention rapide des pouvoirs publics, le risque d’une liquidation judiciaire est imminent », écrivent-ils dans ce document daté du mardi 10 juin 2026 et dont l’AFP a obtenu copie.
Le courrier est également signé par les secrétaires généraux de trois grands syndicats : Sophie Binet (CGT), Marylise Léon (CFDT) et Frédéric Souillot (FO). Les signataires demandent à l’État de formaliser ses engagements avant le 17 juin 2026, date de la prochaine audience devant le tribunal de commerce de Toulouse. Parmi les mesures exigées : une revalorisation du prix d’achat de l’électricité par EDF, une sécurisation de l’approvisionnement en bois via l’Office national des forêts (ONF), et un accompagnement du projet de reprise. « Ce n’est qu’à ces conditions que les investisseurs intéressés pour s’associer à ce projet pourront s’engager pleinement », estiment-ils.
Un actionnaire indonésien en retrait et des comptes dans le rouge
L’actionnaire principal de Fibre Excellence, l’Indonésien Jackson Wijaya (également propriétaire du géant mondial Asia Pulp and Paper), a décidé de se désengager. Cette décision a précipité la crise actuelle, alors que le groupe affiche un chiffre d’affaires de 360 millions d’euros en 2024 et un résultat net de 6 millions. Pourtant, malgré ces performances globales correctes, les pertes enregistrées dans la production d’électricité ont rendu l’entreprise structurellement fragile. « Les comptes de l’entreprise sont plombés par des pertes de plusieurs dizaines de millions d’euros sur l’exercice 2025 », a confirmé Thomas Pétreault à BFM Business.
Face à cette situation, les syndicats et les élus locaux rappellent que la disparition de Fibre Excellence fragiliserait une filière de plus de 10 000 emplois en amont et en aval. « C’est mieux qu’une liquidation, mais les délais sont trop courts », avait tempéré Laurent Quinto, délégué CGT de l’usine de Tarascon, lors de l’annonce du redressement judiciaire fin avril. Le groupe emploie directement 670 personnes, mais son écosystème industriel en dépend largement, des fournisseurs de bois aux sous-traitants spécialisés.
Reste à voir si l’État répondra favorablement à ces demandes, alors que les tensions sur les prix de l’énergie et les coûts de production continuent de peser sur les industries françaises. La prochaine audience au tribunal de commerce de Toulouse s’annonce donc décisive pour l’avenir de Fibre Excellence et de ses 670 salariés.
Le prix de rachat de l’électricité produite par Fibre Excellence par EDF est insuffisant pour couvrir les coûts de production, estimés entre 170 et 180 euros le mégawattheure (MW/h). EDF achète pourtant cette électricité à 120 euros le MW/h à Saint-Gaudens et à 105 euros à Tarascon, créant un déficit de plusieurs dizaines de millions d’euros en 2025. Les dirigeants de Fibre Excellence réclament une revalorisation de ce tarif pour équilibrer leurs comptes.
En cas de liquidation judiciaire, les 670 salariés de Fibre Excellence perdraient leur emploi. Au-delà, ce sont plus de 10 000 emplois dans la filière papetière française qui pourraient être menacés, selon les élus locaux et les syndicats. La fermeture des deux usines impacterait également les fournisseurs de bois et les sous-traitants dépendants de cette activité.