Les établissements de santé français, qu'ils soient publics ou privés, ont vu leur situation financière se dégrader davantage en 2024. Selon BFM Business, le déficit cumulé des hôpitaux publics a atteint 2,9 milliards d'euros, soit une aggravation de 500 millions d'euros par rapport à 2023. Ce chiffre, publié ce mercredi 20 mai 2026 par la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees), confirme les alertes déjà lancées par la Fédération hospitalière de France (FHF).

Ce qu'il faut retenir

  • Déficit record pour les hôpitaux publics : 2,9 milliards d'euros en 2024, soit -2,7% de leurs recettes, un niveau inédit depuis 2005.
  • Sept hôpitaux publics sur dix sont déficitaires, selon les données de la Drees.
  • Les cliniques privées voient leurs bénéfices fondre : 194 millions d'euros en 2024, contre 331 millions en 2023, soit 1% de leurs recettes.
  • L'encours de la dette des hôpitaux publics diminue pour la troisième année consécutive, s'établissant à 29,9 milliards d'euros (27,9% des recettes).
  • 36% des cliniques privées sont déficitaires, et 21% sont surendettées, contre 19% en 2023.
  • La psychiatrie privée affiche une rentabilité onze fois supérieure à celle des établissements de médecine, chirurgie et obstétrique.

Les finances des hôpitaux publics et privés ont donc poursuivi leur descente aux enfers en 2024, avec un déficit global qui s'aggrave pour les premiers et des bénéfices en net recul pour les seconds. D'après les chiffres de la Drees, confirmés par la FHF, le résultat net des établissements publics s'est creusé de 500 millions d'euros par rapport à l'année précédente, où il s'élevait à 2,4 milliards. Rapporté aux recettes, ce déficit représente -2,7% du chiffre d'affaires, un niveau « jamais observé depuis 2005 », année de début des relevés statistiques. « Sept hôpitaux sur dix sont aujourd'hui en situation déficitaire », souligne l'étude.

Côté cliniques privées, le bénéfice net cumulé a chuté à 194 millions d'euros en 2024, contre 331 millions l'année précédente. Ce recul s'accompagne d'une hausse du nombre d'établissements en difficulté : 36% des cliniques sont désormais déficitaires, contre 33% en 2023. Leur rentabilité moyenne, mesurée par le rapport résultat net sur recettes, s'établit à 1%, contre 1,7% un an plus tôt. Les disparités entre spécialités sont criantes : la psychiatrie affiche une rentabilité « plus de onze fois supérieure » à celle des services de médecine, chirurgie et obstétrique (MCO), ou de soins médicaux et de réadaptation.

Un déficit structurel, selon la Fédération hospitalière de France

Zaynab Riet, déléguée générale de la FHF, a qualifié la situation de « très préoccupante ». Dans un communiqué, elle a expliqué que la dégradation des comptes depuis 2020 « ne résulte pas de dysfonctionnements internes, mais de décisions nationales insuffisamment compensées ». Elle a toutefois souligné qu'une « très légère amélioration globale » avait été observée en 2024, attribuée à « l'impact de la hausse d'activité et aux revalorisations ciblées » sur certaines activités sous-financées. Parmi les secteurs concernés, elle cite la réanimation, la médecine et les chirurgies lourdes, la pédiatrie, ainsi que les soins palliatifs. « Ces mesures ont permis d'atténuer, sans inverser, la tendance », a-t-elle précisé.

La FHF anticipe une légère amélioration des déficits pour 2025, avec une estimation de 2,5 milliards d'euros pour les hôpitaux publics. Ce chiffre pourrait atteindre 2,7 milliards si l'on inclut les Ehpad et les activités médico-sociales, contre 2,9 milliards en 2024 au total. « Les efforts engagés portent leurs fruits, mais restent insuffisants pour inverser la tendance », a-t-elle ajouté.

Une dette en léger recul, mais des investissements en baisse

L'étude de la Drees révèle que l'encours de la dette des hôpitaux publics a continué de diminuer pour la troisième année consécutive. Il s'élève désormais à 29,9 milliards d'euros, soit 27,9% des recettes des établissements. « Les plans de soutien et de relance mis en place depuis la crise sanitaire portent leurs fruits sur la dette », indique l'étude. Cependant, elle souligne que « l'effort d'investissement marque le pas ». Par ailleurs, la part des établissements surendettés remonte « à un niveau proche de celui observé en 2020 » : 33% en 2024, contre 34% en 2020.

Côté cliniques privées, la situation se dégrade également. Le nombre de structures surendettées a augmenté, passant de 19% en 2023 à 21% en 2024. Cette tendance reflète des difficultés croissantes à équilibrer les comptes, dans un contexte de pression sur les tarifs et de hausse des coûts, notamment salariaux et énergétiques. « La situation varie fortement selon les régions et les spécialités, mais la tendance générale est à l'aggravation », analyse un expert du secteur.

Des disparités criantes entre spécialités et territoires

Les écarts de rentabilité entre les différentes activités médicales sont particulièrement marqués dans le privé. Si la psychiatrie affiche une performance exceptionnelle, avec une rentabilité « plus de onze fois supérieure » à celle des services de MCO, d'autres secteurs peinent à équilibrer leurs comptes. Les établissements de soins médicaux et de réadaptation (SMR) sont notamment en grande difficulté, avec des marges souvent négatives. « Cette disparité s'explique par des différences de financement et de tarification entre les activités », explique un responsable de la Drees.

Les disparités territoriales jouent également un rôle clé. Certaines régions, comme l'Île-de-France ou l'Auvergne-Rhône-Alpes, concentrent une part importante des établissements les plus endettés, en raison notamment d'une densité hospitalière élevée et de coûts logistiques plus importants. À l'inverse, des zones rurales peinent à attirer des médecins et à maintenir une offre de soins suffisante, ce qui pèse sur leur équilibre financier.

Et maintenant ?

Les prévisions pour 2025 laissent entrevoir une légère amélioration des déficits, mais sans inversion de tendance. Les pouvoirs publics pourraient être amenés à renforcer les mesures de soutien, notamment via des revalorisations salariales ou des enveloppes supplémentaires pour les activités sous-dotées. Une réunion de crise avec les représentants du secteur est attendue d'ici la fin du mois de juin 2026. La question reste entière : ces ajustements suffiront-ils à stabiliser les finances hospitalières, ou faudra-t-il envisager des réformes plus structurelles ?

Quoi qu'il en soit, la situation reste sous haute tension. Les acteurs du secteur appellent à une réflexion globale sur le financement de l'hôpital, entre impératifs budgétaires et besoins croissants en soins. « Sans une réponse ambitieuse, la dégradation des comptes pourrait compromettre la qualité des prises en charge et la pérennité de certains établissements », met en garde Zaynab Riet.

Selon les données de la Drees et de la FHF, la dégradation des finances hospitalières depuis 2020 s'explique principalement par des décisions nationales insuffisamment compensées. Les coûts salariaux et énergétiques ont augmenté, tandis que les tarifs des activités sous-financées (réanimation, pédiatrie, soins palliatifs) n'ont pas été revalorisés à la hauteur des besoins. Les revalorisations ciblées obtenues en 2024 n'ont fait que limiter la casse, sans inverser la tendance.

Les chiffres de la Drees montrent que la psychiatrie privée affiche une rentabilité « plus de onze fois supérieure » à celle des établissements de médecine, chirurgie et obstétrique (MCO). Cette disparité s'explique par des différences de financement et de tarification entre les activités. Les services de soins médicaux et de réadaptation (SMR) sont en revanche parmi les moins rentables.