Alors que le déficit de la Sécurité sociale a atteint près de 16 milliards d’euros l’année dernière, le gouvernement envisage une mesure pour limiter la progression de ce déséquilibre. Selon Franceinfo - Santé, il est question de relever le plafond annuel des franchises médicales, passant de 100 à 200 euros. Cette proposition, qui doit encore être officiellement validée, vise à générer des économies estimées à 750 millions d’euros par an.
Ce qu'il faut retenir
- Le plafond des franchises médicales serait doublé, passant de 100 à 200 euros par an pour les consultations, les médicaments et les transports sanitaires.
- Les économies attendues s’élèvent à 750 millions d’euros, dans un contexte où le déficit de la Sécurité sociale a frôlé 16 milliards d’euros en 2025.
- Les personnes les plus âgées seraient les plus touchées, avec une consommation moyenne de 102 boîtes de médicaments par an contre 41 en moyenne pour l’ensemble des Français.
- Les femmes enceintes, les mineurs et les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire seraient exclus de cette mesure.
- Une mesure complémentaire pourrait inclure le déremboursement de certains médicaments jugés peu efficaces.
Des franchises médicales en hausse, mais dans la limite de 200 euros
Actuellement, les Français paient une franchise de 1 euro par boîte de médicaments, 2 euros pour une consultation chez le médecin et 4 euros pour un transport sanitaire. Ces montants ne sont pas remboursés par l’Assurance maladie. Or, ces dépenses sont plafonnées à 100 euros par an et par personne. Avec la réforme envisagée, ce plafond serait doublé, permettant aux assurés de débourser jusqu’à 200 euros en franchise annuelle.
Cette hausse ciblée s’inscrit dans une logique de maîtrise des dépenses de santé, alors que l’équilibre financier du système reste fragile. Pour le gouvernement, il s’agit d’un compromis entre la nécessité de réduire le déficit et la volonté de ne pas alourdir la charge pour les ménages les plus modestes. À ce stade, les contours exacts de la réforme restent à préciser, notamment sur les modalités d’application et les éventuelles exceptions.
Des réactions contrastées parmi les patients et les professionnels de santé
La proposition divise les Français. Certains y voient une mesure nécessaire pour préserver le système de santé. « Ça ne me dérange pas, en soi. Je trouve ça bien, ça fait aider aussi l’État », confie un passager interrogé dans la rue. D’autres, en revanche, expriment leur inquiétude. « J’en pense que ce n’est pas bien, que ce sont les malades qui paient et que ce qu’ils souhaitent, c’est rogner de plus en plus sur la Sécurité sociale », déplore une autre passante.
Côté professionnels, l’inquiétude est palpable. Béatrice Clairaz, pharmacienne à Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine), craint un « renoncement aux soins » chez les patients les plus fragiles. « Le risque, c’est aussi qu’il y ait un renoncement aux soins, et ça peut du coup être pire et avoir un impact négatif sur la santé », explique-t-elle. Cette crainte est partagée par certains économistes, qui redoutent que la mesure pénalise avant tout les personnes âgées et celles souffrant de pathologies chroniques.
Les plus de 80 ans, premières victimes de la mesure
L’impact différencié de la réforme s’explique par les niveaux de consommation de soins. D’après les données de l’Assurance maladie, un Français consomme en moyenne 41 boîtes de médicaments par an. Chez les plus de 80 ans, ce chiffre s’envole à 102 boîtes, reflétant des besoins thérapeutiques bien plus importants. Frédéric Bizard, économiste de la santé et enseignant à l’université Paris-Dauphine, souligne que cette tranche de la population est aussi celle qui cumule le plus souvent plusieurs pathologies graves. « Si vous prenez les plus de 80 ans, vous êtes à 102 boîtes. Donc c’est bien eux, les plus de 80 ans avec probablement un cancer et/ou une insuffisance rénale et/ou une insuffisance respiratoire et/ou une insuffisance cardiaque », détaille-t-il.
Cette situation soulève des questions sur l’équité de la mesure. Si le gouvernement promet que les femmes enceintes, les mineurs et les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire seront épargnés, les autres assurés, notamment les retraités, pourraient subir de plein fouet les effets de cette hausse des franchises.
Un volet complémentaire : le déremboursement de certains médicaments
La hausse des franchises médicales ne serait pas la seule mesure envisagée pour réduire le déficit de la Sécurité sociale. Selon plusieurs sources concordantes, un déremboursement ciblé de certains médicaments jugés peu efficaces ou redondants avec d’autres traitements pourrait être acté. Cette piste, évoquée depuis plusieurs mois par les autorités sanitaires, permettrait d’économiser plusieurs centaines de millions d’euros supplémentaires.
Cependant, cette mesure reste sujette à débat. Les associations de patients craignent qu’elle ne limite l’accès aux soins pour les populations les plus vulnérables, tandis que certains médecins s’interrogent sur la pertinence des critères retenus pour identifier les médicaments à dérembourser. Le gouvernement n’a pas encore précisé la liste des produits concernés ni le calendrier de mise en œuvre de cette disposition.
Dans un contexte où le pouvoir d’achat des ménages reste une préoccupation majeure, cette réforme interroge : jusqu’où peut-on alourdir la charge des assurés sans risquer d’aggraver les inégalités d’accès aux soins ? Les prochains mois seront déterminants pour y répondre.
À ce stade, aucune liste officielle n’a été publiée. Le gouvernement a simplement indiqué qu’il s’agirait de médicaments jugés « peu efficaces » ou redondants. Les détails devraient être précisés lors de l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale à l’automne 2026.
Les personnes en ALD ne sont pas explicitement mentionnées dans les exceptions prévues. Cependant, elles pourraient bénéficier de dispositifs spécifiques lors de la mise en œuvre de la réforme, notamment si leur consommation de soins dépasse déjà largement le plafond actuel. Une clarification est attendue dans les textes officiels.