Netflix propose depuis le 12 juin en France « Frankelda, c’est moi », un film d’animation en stop motion réalisé à 100 % au Mexique, selon Courrier International. Porté par les frères Arturo et Roy Ambriz, ce long-métrage mêle horreur gothique et technique artisanale, avec des marionnettes aux visages modulables et une esthétique visuelle inédite dans le cinéma mexicain.
Ce qu'il faut retenir
- Premier long-métrage mexicain entièrement en stop motion, sorti en salles au Mexique à l’automne 2025 et disponible sur Netflix en France depuis le 12 juin 2026.
- L’histoire suit Frankelda, une jeune écrivaine d’horreur dont les récits sont rejetés par la société du XIXe siècle. Elle explore son subconscient, matérialisé par le « royaume des cauchemars ».
- Les marionnettes utilisées intègrent des visages amovibles pour varier les expressions, et certains personnages, comme le roi Ficturo, arborent des traits partiellement remplacés par une brume cotonneuse.
- Le film s’inspire de l’univers de Mary Shelley, notamment de « Frankenstein », tout en développant une esthétique unique, entre horreur et poésie visuelle.
- Mireya Mendoza et Habana Zoé prêtent leur voix à Frankelda enfant et adulte, tandis que Arturo Mercado Jr., Luis Leonardo Suárez et Juan Pablo Monterrubio incarnent le prince Herneval selon les scènes.
- Réalisé par les frères Arturo et Roy Ambriz, le film a été salué par La Jornada pour son innovation technique et narrative.
Une œuvre entre horreur gothique et subconscient artistique
L’histoire de « Frankelda, c’est moi » plonge le spectateur dans un récit gothique teinté de fantastique. Frankelda, jeune écrivaine marginalisée pour ses récits macabres, se réfugie dans un monde parallèle : son propre subconscient, transformé en « royaume des cauchemars ». Là, les personnages de ses livres prennent vie, échappant à la censure de la société du XIXe siècle.
Cette plongée dans l’imaginaire s’accompagne d’une technique d’animation stop motion exigeante. Les marionnettes, conçues de A à Z au Mexique, disposent de visages modulables, permettant de modifier instantanément les expressions faciales. « C’est une prouesse technique qui donne une dimension presque organique aux personnages », précise La Jornada, qui a visité les coulisses du tournage. Les décors, les costumes et les effets visuels – comme la brume cotonneuse remplaçant une partie du visage du roi Ficturo – illustrent la créativité des équipes.
Le film s’inscrit dans la lignée de Mary Shelley et de son « Frankenstein », mais s’en distingue par une approche plus onirique et psychologique. « Frankelda incarne la révolte d’un artiste contre une société qui nie son imagination », analyse un critique cité par Courrier International. Cette dimension métaphorique, mêlant horreur et introspection, en fait une œuvre atypique dans le paysage du cinéma d’animation mexicain.
Une technique artisanale au service d’une esthétique inédite
Au-delà du scénario, c’est la méthode de production qui retient l’attention. Contrairement aux productions numériques, « Frankelda, c’est moi » a été entièrement conçu en stop motion, une technique rare pour un long-métrage au Mexique. Les frères Ambriz ont mobilisé des centaines de créatifs pour donner vie à cet univers, des marionnettistes aux décorateurs, en passant par les animateurs spécialisés dans le mouvement image par image.
Le choix de la stop motion n’est pas anodin. « Elle permet une expressivité unique, presque tactile, qui renforce l’émotion des scènes », explique Roy Ambriz dans une interview citée par La Jornada. Les visages amovibles des marionnettes, par exemple, offrent une palette de nuances insaisissable en animation numérique. Certains plans, comme celui où le roi Ficturo voit son visage partiellement remplacé par une brume, illustrent cette recherche esthétique poussée à l’extrême.
Ce travail minutieux a nécessité des mois de préparation. Les marionnettes, conçues en matériaux légers mais résistants, ont été fabriquées à la main dans des ateliers mexicains. Leurs articulations, étudiées pour permettre des mouvements fluides, témoignent d’un savoir-faire artisanal rare à l’ère du tout-numérique. « Chaque geste, chaque regard a été pensé pour servir l’histoire », souligne Arturo Ambriz.
Un casting vocal pour une immersion totale
Pour incarner ses personnages, le film s’appuie sur un doublage méticuleux. Frankelda, l’héroïne, est interprétée par deux comédiennes : Mireya Mendoza pour ses répliques adultes et Habana Zoé pour sa voix d’enfant. Ce choix permet de marquer la dualité de son personnage, à la fois créatrice et prisonnière de son propre subconscient.
Le prince Herneval, figure énigmatique aux traits de chouette, est quant à lui interprété par trois voix différentes selon les scènes : Arturo Mercado Jr., Luis Leonardo Suárez et Juan Pablo Monterrubio. Ce parti pris vocal renforce la dimension onirique du film, où les personnages semblent échapper à une identité fixe. « Le doublage a été conçu pour donner une impression de rêve, comme si les voix flottaient entre deux mondes », explique un membre de l’équipe technique.
Les dialogues, mêlant poésie et terreur, s’inscrivent dans la tradition du gothique mexicain. Les références à la littérature fantastique, comme les échos à « Frankenstein », sont subtilement intégrées, offrant une profondeur supplémentaire au récit. « On voulait que chaque mot résonne comme un écho des cauchemars de Frankelda », précise un scénariste du film.
Une œuvre à découvrir pour son audace visuelle et narrative
« Frankelda, c’est moi » s’adresse autant aux amateurs de cinéma d’animation qu’aux passionnés de récits gothiques. Son approche hybride – entre horreur, fantastique et introspection – en fait une proposition unique, loin des codes habituels des productions destinées aux jeunes publics. La technique du stop motion, rarement exploitée à cette échelle au Mexique, ajoute une dimension tactile et immersive difficile à reproduire en numérique.
Le film interroge également la place de l’artiste dans une société qui nie son imagination. Frankelda, comme Shelley avant elle, incarne cette lutte entre création et rejet. « C’est une métaphore puissante de la condition de l’artiste marginalisé, où la peur de l’autre se transforme en force créatrice », commente un universitaire cité par Courrier International.
Disponible sur Netflix depuis le 12 juin 2026, « Frankelda, c’est moi » est à voir pour son audace esthétique autant que pour son récit, qui confirme l’émergence d’une nouvelle génération de cinéastes mexicains prêts à repousser les limites du possible.
Le stop motion est une technique d’animation où les objets (marionnettes, pâte à modeler, etc.) sont photographiés image par image, puis montés pour créer l’illusion du mouvement. Contrairement à l’animation numérique, qui repose sur des logiciels et des images générées par ordinateur, le stop motion donne un rendu plus organique et tactile, mais exige un travail manuel considérable. Dans « Frankelda, c’est moi », cette technique permet des expressions faciales ultra-précises grâce à des marionnettes aux visages modulables.
« Frankelda, c’est moi » est classé comme un film d’horreur gothique, avec des thèmes sombres (cauchemars, rejet social, mort) et une esthétique visuelle parfois inquiétante. Bien que destiné à un public adolescent et adulte, son approche artistique et son récit poétique pourraient séduire des spectateurs plus jeunes, sous réserve d’un accompagnement parental pour les moins de 12 ans.