Cinq mois après sa création, l’institution censée remplacer l’administration du Hamas à Gaza peine à s’imposer sur le terrain. Selon Ouest France, le Comité national pour l’administration de l’enclave palestinienne n’a toujours pas pu accéder au territoire, tandis que ses difficultés financières s’aggravent. Une situation qui illustre les limites d’un projet soutenu par Israël et ses alliés, mais confronté à une réalité bien plus complexe.

Ce qu’il faut retenir

  • Le Comité national pour l’administration de Gaza, créé le 17 janvier 2026, n’a toujours pas pu pénétrer dans l’enclave palestinienne.
  • Cette institution, présentée comme une alternative au Hamas, se heurte à des obstacles financiers et logistiques majeurs.
  • Israël maintient son contrôle sur les frontières, empêchant toute entrée des membres du comité.
  • Les bailleurs internationaux hésitent à financer un projet perçu comme fragile et controversé.
  • Les habitants de Gaza continuent de dépendre, pour l’essentiel, des structures héritées du Hamas.

Une institution née sous de mauvais auspices

Le 17 janvier 2026, alors que les combats entre Israël et le Hamas s’intensifiaient, un groupe de responsables palestiniens et d’anciens cadres administratifs a annoncé la création du Comité national pour l’administration de Gaza. L’objectif était clair : offrir une alternative civile à l’administration du Hamas, considérée comme illégitime par une partie de la communauté internationale. Pourtant, comme le rapporte Ouest France, ce projet a rapidement buté sur des réalités politiques et sécuritaires bien plus solides que les déclarations officielles.

Dès ses premiers jours, le comité a été critiqué pour son manque de légitimité auprès de la population gazaouie. La plupart des résidents continuent de s’adresser aux structures existantes, souvent gérées par des membres ou des sympathisants du Hamas, par pragmatisme ou par absence d’alternative crédible. « Personne ne nous a consultés pour créer cette administration », a déclaré un habitant de Gaza sous couvert d’anonymat. « On nous dit que c’est pour notre bien, mais personne ne sait vraiment comment ça va fonctionner ».

Un accès refusé à Gaza, une dépendance israélienne évidente

Cinq mois après sa création, aucun membre du comité n’a pu se rendre à Gaza. Les frontières, contrôlées par Israël, restent hermétiquement fermées aux représentants de cette institution. Les autorités israéliennes justifient cette mesure par des raisons de sécurité, évoquant la persistance de groupes armés dans l’enclave. Pourtant, cette absence de pénétration interroge sur la viabilité même du projet.

« Sans accès au territoire, le comité ne peut pas remplir sa mission », a souligné un diplomate européen en poste à Jérusalem, qui a requis l’anonymat. « Israël a tout intérêt à ce que cette administration fonctionne, mais il ne lui donne pas les moyens de le faire ». Pour l’instant, les rares activités du comité se limitent à des réunions en Cisjordanie ou à l’étranger, loin des besoins quotidiens des Gazaouis.

Des financements aléatoires et des donateurs réticents

Autre écueil majeur : le financement du comité. Depuis janvier, les promesses de soutien de la part des pays occidentaux et des institutions internationales se sont faites rares. Les États-Unis et plusieurs États européens ont conditionné leur aide à des garanties de transparence et de bonne gouvernance, des critères difficiles à remplir dans un contexte aussi instable. Selon Ouest France, les fonds disponibles sont aujourd’hui insuffisants pour lancer des projets concrets sur place.

« Nous avons besoin de 50 millions de dollars pour les six prochains mois », a expliqué un porte-parole du comité, sous couvert d’anonymat. « Pour l’instant, nous n’avons reçu que 12 millions ». Cette pénurie financière aggrave encore les tensions internes au sein du comité, où des désaccords persistent sur la stratégie à adopter. Certains prônent une approche plus radicale, d’autres une collaboration étroite avec Israël, malgré les risques de rejet populaire.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient être décisives pour l’avenir du Comité national pour l’administration de Gaza. Plusieurs échéances sont attendues : d’ici la fin juin, les discussions entre donateurs et membres du comité devraient aboutir à une feuille de route financière. Parallèlement, Israël devra trancher sur la question de l’accès à Gaza, sans quoi le projet restera lettre morte.

Si aucune avancée concrète n’est enregistrée d’ici la mi-juillet, le risque est grand de voir le comité s’enliser dans une impasse administrative, tandis que la population gazaouie continuera de dépendre, bon gré mal gré, des structures existantes. Autant dire que l’horloge tourne pour cette institution, dont la légitimité reste à prouver.

De leur côté, les représentants du comité affichent une détermination à toute épreuve. « Nous allons persévérer », a affirmé son président lors d’une conférence de presse en mai. « Gaza a besoin d’une administration stable, et nous sommes les seuls à pouvoir la fournir ». Reste à savoir si cette affirmation suffira à convaincre les bailleurs, Israël, et surtout les Gazaouis.

Israël justifie ce blocage par des raisons de sécurité, évoquant la présence de groupes armés dans l’enclave. Selon les autorités israéliennes, autoriser l’accès du comité sans garanties pourrait fragiliser la stabilité de la région. Certains observateurs estiment cependant que cette mesure vise aussi à affaiblir toute alternative au Hamas, considéré comme un ennemi stratégique.