Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, les routes commerciales maritimes empruntant le détroit d’Ormuz, passage stratégique entre le golfe Persique et le golfe d’Oman, subissent une pression accrue. Selon Le Monde, cette instabilité a accéléré la diversification des axes logistiques, notamment vers des solutions multimodales associant ports, rails et routes terrestres. Résultat : un bond spectaculaire du trafic de camions dans la région.

Ce qu'il faut retenir

  • Un trafic maritime perturbé par les tensions géopolitiques dans le détroit d’Ormuz, passage clé pour l’exportation de pétrole et de marchandises.
  • Développement accéléré des corridors terrestres pour contourner les risques liés au conflit, combinant rail, route et transport portuaire.
  • Hausse de 30 % du trafic de camions en six mois dans les pays du Golfe, d’après les données douanières citées par Le Monde.
  • Investissements massifs dans les infrastructures ferroviaires et routières, notamment en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis et au Qatar.
  • Objectif : réduire la dépendance aux routes maritimes vulnérables aux blocus ou attaques.

Une stratégie de contournement déjà en marche

Dès les premières tensions en 2024, les pays du Golfe ont commencé à cartographier des alternatives logistiques. Les corridors terrestres, comme celui reliant Dubaï à Riyad via le rail, sont désormais prioritaires. « Nous avons vu une augmentation de 30 % du trafic de camions entre janvier et juin 2026, ce qui n’avait jamais été observé auparavant », a précisé un responsable des douanes saoudiennes sous couvert d’anonymat. Ces axes, autrefois marginaux, deviennent des artères vitales pour les échanges commerciaux.

Les Émirats arabes unis, déjà bien équipés en infrastructures portuaires, misent sur le rail pour relier Abou Dabi à Sohar (Oman), évitant ainsi la traversée du détroit. Côté saoudien, le projet de ligne ferroviaire « Haramain », reliant Jeddah à Riyad, est en cours d’extension vers le nord du pays pour desservir la Jordanie et l’Irak. « Ces investissements répondent à une urgence stratégique », a souligné un analyste du transport maritime au Gulf Research Center.

Des risques persistants malgré les alternatives

Si ces corridors terrestres offrent une sécurité accrue, ils ne sont pas exempts de défis. Les coûts logistiques restent élevés, et les délais de transport, bien que réduits par rapport aux détours maritimes, restent supérieurs à ceux des routes maritimes traditionnelles. « Le contournement par voie terrestre ajoute en moyenne deux à trois jours de transit, ce qui pèse sur la compétitivité des marchandises », a reconnu un responsable logistique d’un grand groupe industriel basé à Dubaï. Côté sécurité, les risques de vols et d’attaques ciblant les convois routiers persistent dans certaines zones, notamment près des frontières irakienne et yéménite. Les assurances pour les transports terrestres ont ainsi augmenté de 15 % depuis le début de l’année, selon les données sectorielles.

Le rail, futur pilier du fret régional ?

Parmi les solutions développées, le rail émerge comme un acteur clé. La ligne « GCC Railway », un projet pharaonique reliant les six pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), est en phase finale de construction. Elle devrait être opérationnelle d’ici fin 2027, réduisant les temps de trajet entre les hubs régionaux de moitié. « Une fois achevée, cette infrastructure transformera les échanges intra-golfe », a indiqué un porte-parole de l’Autorité ferroviaire saoudienne. Cependant, des retards persistent en raison de désaccords techniques entre les pays membres, notamment sur les gabarits des rails et les normes de sécurité. « Nous espérons que ces blocages seront levés d’ici la fin de l’année, faute de quoi le calendrier sera compromis », a confié une source proche du projet.

Et maintenant ?

Les prochains mois seront décisifs pour évaluer l’efficacité de ces corridors terrestres. Si les tensions dans le détroit d’Ormuz devaient s’aggraver, les investissements pourraient encore s’accélérer, notamment vers des partenariats avec l’Inde et l’Europe pour des routes transcontinentales. Une réunion des ministres des Transports du CCG est prévue en septembre 2026 pour finaliser les accords manquants sur la « GCC Railway ». Reste à voir si ces projets parviendront à compenser pleinement la vulnérabilité des routes maritimes.

Ces transformations s’inscrivent dans un contexte plus large de réorganisation des flux commerciaux mondiaux, où la résilience des chaînes d’approvisionnement devient un enjeu prioritaire. Pour les pays du Golfe, l’enjeu est double : sécuriser leurs exportations tout en maintenant leur attractivité comme hubs logistiques incontournables.

Le détroit d’Ormuz est le passage obligé pour environ un tiers du trafic pétrolier mondial. Chaque jour, près de 20 millions de barils de pétrole y transitent, en provenance principalement d’Arabie saoudite, d’Iran et des Émirats arabes unis. Sa fermeture, même temporaire, aurait des répercussions immédiates sur les prix de l’énergie et l’approvisionnement des économies dépendantes des importations.

Les principaux bénéficiaires sont l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Qatar, qui investissent massivement dans leurs infrastructures ferroviaires et routières. L’Irak et la Jordanie pourraient également tirer profit de ces corridors, en servant de ponts vers la Méditerranée et l’Europe.