Les négociations de dernière chance entre la direction de Samsung Electronics et les syndicats du groupe, sous l’égide du ministre du Travail sud-coréen Kim Young-hoon, se poursuivent ce mercredi 20 mai 2026 à Séoul. Pourtant, quelques heures plus tôt, le syndicat Samsung Electronics Labor Union (Selu) avait confirmé son intention de lancer une grève de dix-huit jours à partir du 21 mai dans les usines coréennes du géant mondial des puces mémoire, selon Courrier International.

Ce qu'il faut retenir

  • Un mouvement social d’ampleur se prépare chez Samsung Electronics : plus de 48 000 salariés, principalement des ouvriers des lignes de production de semi-conducteurs, pourraient cesser le travail dès demain.
  • Le conflit porte sur la répartition des superprofits liés au boom de l’intelligence artificielle (IA), avec un bénéfice net multiplié par six pour Samsung en un an, atteignant 27 milliards d’euros.
  • Les syndicats réclament que 15 % du bénéfice d’exploitation soient consacrés aux primes des employés, avec une suppression du plafond fixé à 50 % du salaire annuel et une hausse des salaires de 7 %.
  • La direction s’oppose à ces demandes, évoquant un risque pour « les principes fondamentaux de la gestion de l’entreprise ».
  • Une grève de cette envergure pourrait avoir des répercussions majeures sur l’économie sud-coréenne, Samsung représentant à lui seul 12,5 % du PIB du pays.

Un conflit social aux enjeux économiques majeurs

Le bras de fer entre la direction de Samsung Electronics et ses salariés s’inscrit dans un contexte où le groupe, premier fabricant mondial de puces mémoire, profite pleinement de l’essor de l’intelligence artificielle. En 2025, son bénéfice net a été multiplié par six pour atteindre 27 milliards d’euros, un record qui illustre l’ampleur des superprofits générés par ce secteur. Pourtant, les ouvriers, qui représentent plus de 48 000 des 110 000 salariés du groupe en Corée du Sud, estiment ne pas bénéficier suffisamment de cette manne financière, rapporte Nikkei Asia cité par Courrier International.

Le syndicat Selu, représenté par son dirigeant Choi Seung-ho, a multiplié les concessions au cours des négociations, allant jusqu’à présenter des propositions jugées raisonnables par les observateurs. Pourtant, devant les caméras des chaînes d’information, Choi Seung-ho a exprimé son émotion et présenté des excuses pour l’échec des discussions, soulignant que « malgré toutes les concessions qui [avaient été] faites », aucune avancée n’avait été obtenue. Une déclaration qui reflète l’exaspération des salariés face à l’intransigeance de la direction.

Des revendications précises et un refus catégorique de Samsung

Les revendications des salariés sont claires et chiffrées. Le syndicat demande que 15 % du bénéfice d’exploitation de Samsung soient réservés au versement de primes aux employés, avec la suppression du plafond actuel fixé à 50 % du salaire annuel. Ils réclament également une augmentation générale des salaires de 7 %, une mesure perçue comme indispensable pour faire face à l’inflation et maintenir le pouvoir d’achat.

Côté direction, la réponse est sans appel. Selon des sources internes citées par Nikkei Asia, Samsung justifie son refus en invoquant le risque de compromettre « les principes fondamentaux de la gestion de l’entreprise ». Une position qui laisse peu de place au compromis et qui pourrait radicaliser la mobilisation syndicale. Rappelons que ce conflit survient moins de deux ans après une première grève en 2024, qui avait mobilisé plus de 6 000 salariés – un mouvement déjà considéré comme historique à l’époque.

Un secteur de la tech déjà fragilisé par une pénurie de puces

Le secteur des semi-conducteurs sud-coréen traverse une période particulièrement tendue. Alors que la demande mondiale en puces mémoire explose, notamment pour alimenter les data centers et les équipements liés à l’IA, la pénurie persiste, freinant la production dans de nombreux pays. Une grève chez Samsung, premier acteur mondial du secteur, ne pourrait qu’aggraver cette situation déjà critique. L’économie sud-coréenne, très dépendante de ses champions technologiques, serait la première touchée : Samsung Electronics représente à lui seul 12,5 % du PIB du pays, un poids économique difficile à ignorer.

Au-delà des conséquences directes sur la production, ce conflit soulève des questions plus larges sur la répartition des richesses dans un secteur en pleine expansion. En Corée du Sud, où les géants de la tech accumulent des profits records, un débat s’est ouvert sur la nécessité de redistribuer une partie de ces superprofits. Récemment, Kim Yong-beom, haut fonctionnaire et proche conseiller du président Lee Jae-myung, a évoqué l’idée d’instaurer un « dividende national » versé aux citoyens, une proposition encore en discussion mais qui témoigne des tensions autour de la justice sociale dans un pays où les inégalités se creusent.

Et maintenant ?

Les négociations doivent reprendre aujourd’hui à Séoul sous la médiation du ministre du Travail Kim Young-hoon, mais le temps presse : les salariés ont déjà annoncé leur intention de débuter la grève dès demain, le 21 mai. Si le mouvement se concrétise, il s’agira de la plus importante mobilisation sociale de l’histoire récente de Samsung, avec des conséquences potentielles sur l’ensemble de l’économie sud-coréenne et du secteur technologique mondial. La direction de Samsung, qui refuse pour l’instant de céder sur le fond, pourrait être contrainte de revoir sa position sous la pression des événements. Reste à savoir si un accord pourra être trouvé avant que la paralysie des usines ne devienne une réalité.

Quoi qu’il arrive, ce conflit illustre les défis posés par la croissance fulgurante de l’IA et ses retombées économiques. Alors que les géants de la tech continuent de générer des profits exceptionnels, la question de leur redistribution – que ce soit via les salaires, les primes ou des mécanismes de redistribution nationale – risque de s’imposer comme un enjeu central dans les années à venir.

Les salariés demandent une part plus importante des superprofits générés par le boom de l’intelligence artificielle. En 2025, le bénéfice net de Samsung a été multiplié par six, atteignant 27 milliards d’euros, alors que les ouvriers estiment ne pas bénéficier suffisamment de cette manne financière. Leurs revendications incluent une hausse des salaires de 7 %, la suppression du plafond des primes (fixé à 50 % du salaire annuel) et l’affectation de 15 % du bénéfice d’exploitation aux primes des employés.