Alors que l’inflation repart à la hausse depuis plusieurs semaines et que les prix à la pompe flambent, les ménages français estiment, en moyenne, avoir besoin de 506 euros supplémentaires par mois pour couvrir leurs besoins essentiels. Ce constat, issu d’un sondage Elabe pour BFM Business publié ce 20 mai 2026, révèle une fracture croissante entre le niveau de vie perçu et les ressources disponibles.
D’après l’enquête, 67 % des Français estiment manquer d’argent chaque mois pour vivre correctement. Parmi eux, 15 % réclameraient 250 euros de plus, 17 % entre 250 et 499 euros, 22 % entre 500 et 999 euros, tandis que 13 % jugent nécessaire un surplus d’au moins 1 000 euros. À l’inverse, 33 % des sondés déclarent ne pas avoir besoin de davantage pour subvenir à leurs besoins quotidiens.
Ce qu'il faut retenir
- 506 euros : le montant moyen jugé nécessaire pour « vivre convenablement » selon les Français, selon un sondage Elabe pour BFM Business.
- 67 % des Français estiment manquer d’argent chaque mois, contre 33 % qui ne réclament aucun surplus.
- Les cadres sont les plus satisfaits de leur niveau de vie (46 % n’ont besoin de rien de plus), tandis que les catégories populaires sont plus critiques (24 %).
- Les retraités et les 65 ans et plus sont 43 % à ne pas ressentir le besoin d’un complément, contre 29 % chez les 18-24 ans.
- Parmi les 25 % des Français les plus aisés, la moitié estime ne pas avoir besoin d’un revenu supplémentaire.
Des disparités marquées selon les revenus et les catégories socioprofessionnelles
Les résultats du sondage révèlent des écarts significatifs entre les différentes tranches de la population. Les cadres et professions intellectuelles supérieures sont les plus nombreux à se déclarer satisfaits de leur niveau de vie : 46 % estiment ne pas avoir besoin d’un complément financier. À l’inverse, seuls 24 % des ouvriers et employés partagent cette opinion. Cette tendance s’accentue avec les revenus : parmi les 25 % des Français les plus riches, 50 % ne réclament aucun surplus, contre 25 % dans le quartile le moins aisé.
Les tranches d’âge jouent également un rôle important. Les seniors, notamment les 65 ans et plus, sont 43 % à considérer que leurs revenus actuels leur permettent de vivre décemment, un chiffre qui chute à 29 % chez les 18-24 ans. Une différence qui s’explique en partie par les charges liées à l’installation dans la vie active, comme le logement ou les études, moins prégnantes chez les retraités.
Le vote politique influence aussi la perception du niveau de vie
L’analyse des réponses en fonction des préférences partisanes met en lumière des clivages nets. Les électeurs de Renaissance (ex-LREM) sont les seuls à afficher une majorité de satisfaction, avec 60 % estimant ne pas avoir besoin d’un complément. Chez Les Républicains (LR), 44 % partagent cet avis, tandis qu’ils ne sont que 27 % chez les électeurs du Rassemblement National (RN). La gauche est plus divisée : 37 % des sympathisants du Parti Socialiste (PS) et 36 % de ceux de La France Insoumise (LFI) se déclarent satisfaits, contre 31 % pour les écologistes. Enfin, parmi les personnes sans préférence partisane, 32 % ne ressentent pas le besoin d’un surplus.
Ces écarts reflètent en partie les différences de revenus et de conditions de vie entre ces électorats. Les ménages les plus modestes, souvent plus exposés à l’inflation et aux dépenses contraintes (énergie, alimentation), sont aussi ceux qui expriment les plus fortes demandes de revalorisation.
Que signifie « vivre convenablement » ? Une notion subjective et difficile à définir
Interrogés sur leur définition de « vivre convenablement », les sondés laissent libre cours à leur interprétation. Cette notion, ni définie ni encadrée juridiquement, reste subjective et varie selon les individus. Comme le souligne Sylvain Bersinger, chef économiste au cabinet Asterès, « Ce terme, peu utilisé en économie, ne fait pas l’objet d’une définition précise et admise de tous ».
Certains économistes ont toutefois tenté d’objectiver ce seuil de décence. En 2023, Pierre Concialdi, chercheur à l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES), estimait qu’une personne célibataire avait besoin de 1 630 euros par mois pour couvrir ses besoins essentiels. De son côté, l’Union Nationale des Associations Familiales (Unaf) avançait en 2024 le chiffre de 1 659 euros pour une personne seule. Ces montants dépassent largement le salaire minimum : le Smic net s’élevait à 1 398 euros en 2024, 1 426 euros en 2025, et atteint 1 443 euros en 2026, selon les dernières revalorisations.
« Pour une famille de quatre personnes, un salaire décent doit permettre de se nourrir, de se loger, de se soigner, d’assurer les études des enfants, de se constituer une épargne de précaution, mais aussi d’envisager des loisirs et des vacances. »
— PDG du groupe Michelin, cité dans le sondage.
Pour l’heure, le gouvernement n’a pas encore réagi officiellement aux conclusions de ce sondage. Reste à voir si les prochaines annonces budgétaires intégreront des mesures pour répondre à ces attentes, alors que 81 % des Français déclarent devoir se serrer la ceinture, selon les données d’Elabe pour BFM Business.
Le sondage Elabe pour BFM Business a été mené auprès d’un échantillon représentatif de la population française. Les questions portaient sur le montant jugé nécessaire pour « vivre convenablement », sans définition préalable de ce terme, afin de refléter la perception subjective des sondés. L’enquête a été publiée le 20 mai 2026.
« Vivre convenablement » renvoie à une notion subjective, liée à la perception individuelle du niveau de vie. En revanche, « vivre dignement » est parfois associé à des seuils objectifs, comme ceux calculés par des économistes ou des associations. Par exemple, l’Unaf estime qu’une personne a besoin de 1 659 euros par mois pour vivre décemment en 2024, un montant supérieur au Smic.