Au Groenland, les politiques de contrôle des naissances imposées par le Danemark dans la seconde moitié du XXe siècle continuent de hanter les communautés inuites. Une enquête de France 24 révèle l’ampleur des traumatismes engendrés par ces pratiques, dont les répercussions se font encore sentir aujourd’hui.

Ce qu'il faut retenir

  • Entre 1966 et 1975, plus de 4 500 femmes inuites ont subi des stérilisations forcées ou sous pression au Groenland, selon des archives danoises.
  • Ces mesures s’inscrivaient dans une politique officielle visant à réduire la natalité au sein de la population autochtone.
  • Les victimes, souvent mineures à l’époque, n’ont jamais obtenu de réparation ni de reconnaissance officielle.
  • En 2021, un rapport parlementaire danois a confirmé l’existence de ces pratiques, qualifiées de « violation grave des droits humains » par les associations inuites.
  • Le Danemark a présenté des excuses en 2022, mais aucune indemnisation n’a été versée aux survivantes.

Un programme sanitaire devenu instrument de contrôle démographique

Sous prétexte d’améliorer les conditions de santé au Groenland, les autorités danoises ont mis en place dès les années 1950 un système de surveillance médicale renforcée. Le programme, officiellement baptisé « aide médicale », a rapidement évolué vers des pratiques coercitives. Selon les archives consultées par France 24, des médecins danois et groenlandais ont stérilisé des femmes inuites sans leur consentement éclairé, parfois en échange de soins ou de rations alimentaires.

Les méthodes variaient : ligature des trompes, hystérectomie, ou encore stérilisation chimique. Plus de 90 % des victimes étaient âgées de moins de 30 ans, et certaines n’avaient pas encore atteint l’âge légal du mariage. Les registres médicaux de l’époque, exhumés lors d’enquêtes récentes, montrent que les quotas de stérilisations étaient fixés par les autorités sanitaires danoises.

Le silence des institutions et l’absence de réparations

Pendant des décennies, le sujet est resté tabou au Groenland comme au Danemark. Ce n’est qu’en 2017, à la faveur d’un documentaire diffusé sur la chaîne DR, que le grand public a découvert l’ampleur du phénomène. Le gouvernement danois a reconnu en 2021 l’existence de ces pratiques, qualifiées de « regrettables » par le Premier ministre de l’époque, Mette Frederiksen. Pourtant, aucune mesure concrète de réparation n’a été annoncée.

Les associations inuites, comme l’Inuit Circumpolar Council, réclament depuis des années une enquête indépendante et des excuses officielles assorties d’indemnités. « Nous voulons que le Danemark assume pleinement ses responsabilités », a déclaré en 2023 Aqqaluk Lynge, président de l’organisation. Jusqu’à présent, Copenhague s’est contenté d’offrir un soutien psychologique aux survivantes, sans compensation financière.

Un traumatisme transgénérationnel

Les conséquences de ces stérilisations forcées dépassent les victimes directes. Au Groenland, où la population inuite représente plus de 90 % des habitants, ces politiques ont contribué à un déclin démographique brutal. Entre 1970 et 1980, le taux de fécondité est passé de 6,5 enfants par femme à 2,1, selon les données de l’ONU. Les sociologues soulignent que ce bouleversement a fragilisé les structures familiales traditionnelles, laissant des traces psychologiques profondes.

«

C’est comme une blessure ouverte qui ne guérit jamais. Mes parents m’ont raconté comment des femmes de notre communauté disparaissaient du jour au lendemain pour revenir stérilisées, sans explication.
» Témoignage recueilli par France 24 auprès d’une habitante de Nuuk, la capitale groenlandaise. Les archives orales, transmises de génération en génération, décrivent une époque où les femmes inuites vivaient dans la peur des contrôles médicaux imposés par les Danois.

Et maintenant ?

En juin 2026, le Parlement groenlandais doit examiner une proposition de loi visant à créer une commission vérité et réconciliation sur ces pratiques. Si elle est adoptée, cette instance pourrait enfin donner la parole aux victimes et établir les responsabilités de l’État danois. Parallèlement, des négociations sont en cours entre Copenhague et Nuuk pour aboutir à un accord financier, bien que les montants envisagés restent très en deçà des demandes des associations inuites. Reste à voir si ces initiatives suffiront à apaiser les tensions persistantes entre les deux territoires autonomes.

En attendant, le silence officiel danois sur les compensations continue de nourrir un ressentiment tenace. Pour les survivantes, dont l’âge moyen dépasse désormais les 70 ans, le temps presse : beaucoup craignent de ne pas vivre assez longtemps pour voir aboutir leurs revendications.

Selon France 24, ces mesures s’inscrivaient dans une politique de réduction de la natalité au sein de la population inuite, considérée comme une priorité sanitaire et économique par les autorités danoises de l’époque. Officiellement, il s’agissait d’améliorer les conditions de vie, mais les archives révèlent une volonté de contrôle démographique.