La paralysie des approvisionnements en pétrole en Asie, conséquence des frappes israéliennes et américaines sur l’Iran ainsi que de la fermeture du détroit d’Ormuz, perturbe la production de plastique et menace d’entraîner une hausse des prix pour les consommateurs, selon BFM Business. Les industriels chinois, déjà fragilisés par la guerre commerciale avec les États-Unis, alertent sur l’impact d’une prolongation du conflit.

Ce qu'il faut retenir

  • 80 % des clients de l’usine d’aspirateurs RIMOO, située près de Canton, sont concentrés au Moyen-Orient.
  • Le prix du plastique a augmenté de 50 % depuis le début de la guerre en Iran, selon Bryant Chen, responsable de l’usine.
  • Les exportateurs de la zone industrielle de Zhangmutou évoquent les plus fortes fluctuations de prix depuis des décennies.
  • La Chine, bien que moins touchée par les pénuries de carburant grâce à ses réserves et aux énergies renouvelables, subit une forte hausse des coûts des matières premières.
  • Les droits de douane imposés par Donald Trump en 2025, toujours autour de 20 %, aggravent la situation des industriels.
  • Les analystes prévoient que les répercussions sur les coûts se feront sentir pendant plusieurs mois, voire plus.

Une production de plastique paralysée par la crise pétrolière

Les frappes israéliennes et américaines sur l’Iran, couplées à la fermeture du détroit d’Ormuz, ont bloqué l’approvisionnement en pétrole de l’Asie, perturbant la production de plastique dans toute la région. Selon BFM Business, cette situation menace de faire grimper les prix des produits manufacturés, des aspirateurs aux cigarettes électroniques, si la guerre devait s’éterniser. Les usines chinoises, bien que moins affectées par les pénuries de carburant grâce à leurs réserves stratégiques et à leurs investissements dans les énergies renouvelables, subissent une hausse brutale du coût des matières premières.

À Foshan, près de Canton, l’usine RIMOO, spécialisée dans la fabrication d’aspirateurs, illustre cette dégradation. « Nous avons perdu de l’argent sur toutes nos commandes », déclare Bryant Chen, responsable de l’unité de production. Depuis le début du conflit, le prix du plastique, utilisé pour les réservoirs et les composants, a augmenté de 50 %. « Les coûts des produits que nous fabriquons sont très fortement affectés », ajoute-t-il, citant également le cuivre pour les moteurs et les matières premières des cordons d’alimentation. « Normalement, à cette période, nous entrons dans la haute saison, mais par rapport à l’année dernière, les chiffres des expéditions et de la production ne sont pas très encourageants. »

Des fluctuations de prix historiques dans les zones industrielles

À deux heures de Foshan, dans la zone industrielle de Zhangmutou, les négociants en plastique décrivent une situation inédite. « Ça n’a jamais été à ce point », assure Li Dong, 46 ans, négociant depuis vingt ans. Le prix des granulés de plastique, matière première essentielle pour les coques de téléphone ou les batteries de véhicules électriques, s’est envolé en mars, provoquant des scènes de panique. Les usines se sont ruées pour s’approvisionner, engorgeant les routes autour de la zone. Parmi les produits fabriqués à partir de ces granulés : des drones, des volants de badminton ou encore des perles destinées à des coques de cigarettes électroniques pour le Moyen-Orient.

Li Dong estime que la guerre en Iran a davantage perturbé la production de plastique que la pandémie de Covid-19. « La crise a fait chuter la production de 10 à 20 % par rapport au pic, mais les prix du pétrole pourraient repartir à la hausse », alerte-t-il. « Ce sont les usines que nous approvisionnons qui seraient les plus touchées, car leurs coûts directs vont augmenter. » Les exportateurs, déjà fragilisés par les droits de douane américains toujours en vigueur (20 %, imposés en 2025), voient leurs marges s’effriter un peu plus.

Une économie locale sous tension, entre chômage et inflation

Dans la banlieue de Canton, M. Zhou, propriétaire d’une usine de confection, résume la situation par une formule lapidaire : « Tout le monde est pris dans une spirale de déclin. » Bien que 80 % de ses clients soient revenus, le coût des tissus qu’il utilise a augmenté de 10 à 20 %. Les tensions géopolitiques pèsent aussi sur l’emploi : Jingjing, 42 ans, a quitté son poste dans une usine de la région pour retourner dans sa province natale du Hubei, où son salaire est passé de 400 yuans (50 euros) à 200 yuans par mois. « Quand les tensions augmentent, les commandes s’évaporent soudainement », confie-t-elle.

À Canton, des ruelles humides abritent désormais des demandeurs d’emploi négociant leurs salaires avec des patrons en quête de journaliers. Bryant Chen, de l’usine RIMOO, craint une flambée des frais de transport si le conflit persiste. « Nos clients ne pourront plus vendre normalement, car les coûts seront tout simplement trop élevés », s’inquiète-t-il. L’entreprise, qui exporte à 60 % vers le Moyen-Orient, envisage de diversifier ses marchés pour limiter les risques.

« Les coûts des produits que nous fabriquons sont très fortement affectés. Normalement, à cette période, nous entrons dans la haute saison, mais les chiffres ne sont pas encourageants. »
Bryant Chen, responsable de l’usine RIMOO

Et maintenant ?

Les analystes interrogés par BFM Business estiment que les répercussions de la crise sur les coûts de production pourraient durer plusieurs mois, voire plus, en fonction de l’évolution du conflit. Une aggravation de la situation pétrolière, combinée à la persistance des droits de douane américains, pourrait entraîner des hausses de prix supplémentaires pour les consommateurs finaux. Les industriels chinois, déjà en difficulté, pourraient être contraints de réduire leurs marges ou de répercuter ces coûts sur leurs clients, avec un risque de ralentissement des exportations vers l’Europe et l’Amérique du Nord.

Un secteur industriel sous triple pression

La crise actuelle s’ajoute à deux autres défis majeurs pour les industriels chinois : les droits de douane américains, toujours maintenus autour de 20 % depuis 2025, et la baisse de la demande en provenance du Moyen-Orient, historiquement un débouché majeur. M. Zhou, dans la banlieue de Canton, évoque un « chaos » qui s’installe durablement. « Les clients hésitent, les coûts restent incertains, et les commandes se font rares. » Jingjing, quant à elle, symbolise le basculement du marché du travail : son retour dans sa région natale illustre la précarité accrue des emplois industriels, où les salaires fondent au rythme des crises successives.

Face à cette situation, RIMOO mise sur une diversification de ses marchés pour limiter sa dépendance au Moyen-Orient, qui représente 60 % de ses clients. « Nous restons optimistes », assure Bryant Chen, tout en reconnaissant que l’incertitude pèse sur les perspectives à court terme. « Mais si la guerre s’éternise, nos marges vont continuer de se réduire. » Les observateurs soulignent que la Chine, malgré ses réserves stratégiques, n’est pas à l’abri d’une aggravation des tensions, surtout si d’autres pays de la région subissent des pénuries pétrolières prolongées.

Les leçons d’une crise aux multiples facettes

Pour Li Dong, à Zhangmutou, cette crise rappelle celle de la pandémie, mais en bien plus grave. « En 2020, nous avions connu des perturbations, mais rien de comparable à aujourd’hui », explique-t-il. Les fluctuations des prix des granulés de plastique, passées de records en mars à une baisse relative de 10 à 20 % depuis, reflètent l’instabilité actuelle. « Les usines que nous fournissons vont devoir absorber ces coûts, ou répercuter la hausse sur leurs clients. Dans les deux cas, ce sera difficile. »

Les analystes interrogés par BFM Business mettent en garde : plus la situation perdure, plus les risques de contagion vers d’autres secteurs s’accroissent. L’industrie automobile, les télécommunications ou encore l’électroménager pourraient subir des hausses de prix significatives, affectant à terme la consommation en Chine et à l’export. « Plus la situation perdure, plus cela entraîne des problèmes bien plus graves, surtout s’il n’y a pas assez de pétrole en général pour faire fonctionner les installations », prévient un expert cité par la chaîne.

Pour l’heure, les industriels chinois tentent de s’adapter, mais l’horizon reste incertain. Entre la guerre en Iran, les tensions commerciales et la volatilité des matières premières, le « made in China » semble plus que jamais pris dans une spirale dont l’issue reste difficile à anticiper.

Le plastique est un dérivé du pétrole. La fermeture du détroit d’Ormuz et les frappes sur l’Iran ont paralysé l’approvisionnement en pétrole de l’Asie, faisant exploser le coût des matières premières pour les industriels chinois. La Chine, bien que moins touchée grâce à ses réserves, subit une forte hausse des prix, ce qui renchérit les coûts de production.

Les industriels chinois citent notamment les aspirateurs, les cigarettes électroniques, les coques de téléphone, les batteries pour véhicules électriques ou encore les composants électroniques. Tous utilisent du plastique ou des dérivés du pétrole dans leur fabrication.