Alors que le navire de croisière MV Hondius, actuellement en route vers les Canaries, a quitté le Cap-Vert mercredi 6 mai, cinq passagers français se trouvent toujours à bord, inquiets face à la propagation d’un foyer d’hantavirus. Selon BMF - International, l’évacuation des passagers devrait débuter lundi 11 mai depuis Tenerife, après plusieurs semaines en mer marquées par trois décès et des mesures sanitaires controversées.
Ce qu'il faut retenir
- Le MV Hondius a quitté le Cap-Vert le 6 mai en direction de Tenerife, où l’évacuation des passagers doit commencer le 11 mai.
- Trois passagers sont morts après avoir contracté l’hantavirus lors de la croisière, partie d’Ushuaia le 1er avril.
- Cinq Français se trouvent à bord, dont une passagère qui dénonce des mesures de distanciation « insuffisantes ».
- Le capitaine du navire a assuré à plusieurs reprises qu’il n’y avait « aucun risque de contagion », tout en imposant le port du masque et une distanciation sociale partielle.
- L’OMS estime que le risque pour le public reste « faible », mais rappelle que l’hantavirus peut être mortel dans certains cas.
Le MV Hondius, immobilisé au large de la capitale du Cap-Vert depuis le 11 avril en raison de l’épidémie, a repris sa route vers les îles Canaries. À son bord, 88 passagers et 59 membres d’équipage attendent désormais une évacuation progressive, après trois décès liés à l’hantavirus : un couple néerlandais et une Allemande. Le navire avait quitté Ushuaia, en Argentine, le 1er avril, avec pour destination initiale l’archipel du Cap-Vert.
Parmi les passagers français, Françoise (prénom d’emprunt), contactée par BFMTV, a exprimé son inquiétude face à la gestion de la crise sanitaire à bord. « Les gens ne paniquent pas, mais on sent bien que ça commence à peser, surtout qu’on ne sait pas où on va aller », a-t-elle déclaré. Selon elle, le capitaine Jan Dobrogowsld a organisé plusieurs réunions avec les passagers après l’annonce du premier cas confirmé, assurant que « d’après ce que m’a dit le médecin, il n’y a aucun risque de contagion ».
Pourtant, les mesures mises en place restent limitées. Françoise a expliqué que « nous mangeons tous ensemble au restaurant. Il y a la distanciation sociale, mais ce n’est que depuis trois jours seulement (...). Nous mangeons assis en quinconce ». Elle s’alarme également du fait que « ceux qui ont été malades ont été en contact avec les morts ». Malgré ces risques, elle a constaté que « les gens font ce qu’ils veulent (...). Il y a eu un grand barbecue comme si de rien n’était sur le bateau ».
Selon les informations rapportées par BMF - International, le réalisateur turc Ruhi Çenet, qui a quitté le navire le 24 avril après s’être arrêté à Saint-Hélène, avait partagé une vidéo montrant le capitaine s’adressant aux passagers dans une salle de réception. Le capitaine y affirmait que « le navire ne court donc aucun danger à cet égard ». Cependant, les autorités sanitaires internationales restent prudentes.
Dans une intervention relayée par plusieurs médias, Hans Kluge, directeur régional de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour l’Europe, a jugé lundi 5 mai que « le risque pour l’ensemble du public » demeurait « faible ». « Il n’y a aucune raison de céder à la panique ni d’imposer des restrictions de voyage », a-t-il affirmé. L’OMS a rappelé que les infections à hantavirus étaient rares et généralement liées à l’exposition à des rongeurs infectés, précisant qu’elles « ne se transmettent pas facilement entre personnes ».
À ce stade, sur les huit cas recensés (suspects et confirmés), trois personnes sont décédées. Une passagère est hospitalisée à Johannesburg, une autre à Zurich, tandis que trois cas suspects ont été évacués vers l’Europe. L’OMS souligne que les hantavirus, bien que dangereux, ne présentent pas de risque élevé de transmission interhumaine, contrairement à d’autres virus comme le Covid-19.
Un foyer d’hantavirus dans l’Atlantique : retour sur une crise sanitaire en mer
L’hantavirus, identifié pour la première fois dans les années 1990 en Amérique du Sud sous le nom de « souche des Andes », est un virus qui se transmet principalement par contact avec des rongeurs infectés, notamment via leurs excréments ou leur salive. Dans le cas du MV Hondius, les autorités sanitaires n’ont pas encore déterminé avec certitude l’origine de la contamination. Cependant, les trois décès signalés suggèrent une souche particulièrement virulente, capable de provoquer une forme sévère de la maladie, le syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH).
Les symptômes de l’hantavirus incluent fièvre, douleurs musculaires et, dans les cas graves, une insuffisance respiratoire aiguë. La période d’incubation peut varier de quelques jours à plusieurs semaines, ce qui rend le diagnostic difficile en milieu clos comme un navire. Selon des experts interrogés par BMF - International, la promiscuité à bord d’un bateau de croisière favorise inévitablement la propagation de virus respiratoires, mais l’hantavirus, contrairement à la grippe ou au Covid-19, ne se transmet pas par voie aérienne. Sa transmission interhumaine reste exceptionnelle, ce qui relativise en partie les craintes des passagers.
Malgré ces éléments rassurants, la situation à bord du MV Hondius illustre les défis posés par la gestion d’une épidémie en milieu confiné. Les passagers, privés de liberté de mouvement pendant des semaines, ont vu leurs conditions de vie se dégrader, entre incertitude sur leur destination finale et mesures sanitaires perçues comme tardives ou insuffisantes. Françoise a souligné que « ça commence à peser », un sentiment partagé par d’autres occupants du navire.
Des mesures sanitaires contestées entre distanciation et rassemblements
Le port du masque, obligatoire depuis peu, et la distanciation sociale en salle à manger — avec des repas pris « assis en quinconce » — constituent les principales mesures en vigueur. Pourtant, ces dispositifs ne semblent pas avoir convaincu tous les passagers. Françoise a dénoncé l’organisation d’un « grand barbecue » en plein cœur de la crise, un événement qui a choqué une partie des occupants du navire. « Les gens font ce qu’ils veulent », a-t-elle commenté, soulignant l’absence de véritable confinement.
Le capitaine Jan Dobrogowsld, en réponse aux inquiétudes, a multiplié les communications rassurantes. Dans une vidéo diffusée par Ruhi Çenet, il affirmait que « le navire ne court aucun danger » et que les risques de contagion étaient « nuls » selon les informations du médecin à bord. Cependant, ces déclarations n’ont pas suffi à apaiser toutes les craintes, d’autant que les passagers ignorent encore où ils seront évacués et sous quelles conditions.
D’après les dernières informations, l’évacuation devrait commencer lundi 11 mai depuis Tenerife, où le navire est attendu samedi 9 mai. Les passagers et membres d’équipage les plus à risque — notamment ceux ayant été en contact avec les personnes décédées — pourraient faire l’objet d’une prise en charge médicale prioritaire. Les autorités sanitaires locales et l’OMS devraient superviser cette opération, qui s’annonce complexe en raison du nombre de personnes à évacuer et des éventuelles restrictions sanitaires en vigueur dans les pays de destination.
Cette situation rappelle, une fois de plus, les défis posés par les épidémies en milieu clos, qu’il s’agisse de navires, d’avions ou de centres d’hébergement. Si l’hantavirus ne représente pas une menace pandémique, son apparition dans un contexte aussi médiatisé que celui du MV Hondius soulève des questions sur la préparation des autorités et des compagnies maritimes face aux risques sanitaires.
Les passagers français, comme Françoise, espèrent désormais un retour à la normale, après des semaines d’angoisse et d’incertitude. Leur priorité ? Retrouver la terre ferme, sans savoir encore quelles conséquences cette expérience aura sur leur santé.
L’hantavirus est un virus qui se transmet principalement par contact avec des rongeurs infectés, notamment via leurs excréments, leur salive ou leur urine. Dans le cas du foyer à bord du MV Hondius, la souche incriminée serait la « souche des Andes », capable de provoquer un syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH), une maladie grave pouvant entraîner une insuffisance respiratoire. Contrairement à d’autres virus, l’hantavirus ne se transmet pas par voie aérienne entre humains, ce qui limite les risques de contamination à bord.