Chaque année, l’Établissement français du Sang (EFS) a besoin de **10 000 dons quotidiens** pour répondre aux besoins des malades et des accidentés. Une partie de ce stock provient désormais de patients atteints d’hémochromatose, une maladie qui, paradoxalement, en fait des donneurs idéaux. Comme l’explique Syria Laperche, directrice médicale de l’EFS, ces personnes, dont l’organisme accumule un excès de fer, doivent régulièrement subir des saignées thérapeutiques. Or, ces prélèvements correspondent exactement au volume d’un don de sang classique. Depuis septembre 2025, l’EFS a étendu cette possibilité en autorisant ces « super-donneurs » à donner lors des collectes mobiles, et non plus seulement dans les maisons du don.

Ce qu'il faut retenir

  • L’EFS a besoin de **10 000 dons de sang par jour** pour couvrir les besoins médicaux et urgences.
  • Les patients atteints d’hémochromatose, dont l’excès de fer nécessite des saignées régulières, représentent une ressource précieuse pour l’EFS.
  • Depuis **septembre 2025**, ces donneurs peuvent participer aux collectes mobiles, et non plus uniquement en maison du don.
  • En France, entre **200 000 et 300 000 personnes** sont concernées par cette maladie génétique, mais toutes ne peuvent pas donner leur sang.
  • Loïc, quinquagénaire parisien, est l’un de ces « super-donneurs » : il donne son sang tous les trois mois depuis un an.

Une maladie rare, une solution thérapeutique simple

L’hémochromatose est une maladie génétique qui provoque une accumulation anormale de fer dans l’organisme. Sans traitement, ce surplus peut endommager les organes comme le foie, le cœur ou le pancréas. La solution ? Des saignées régulières, aussi appelées phlébotomies, qui permettent d’éliminer l’excès de fer. Pour Loïc, patient de 50 ans rencontré à la maison du don de la Trinité dans le 9e arrondissement de Paris, cette procédure est devenue une habitude. « Je viens tous les trimestres », confie-t-il. Lorsqu’il a été diagnostiqué, il s’est rendu au centre de don une fois par semaine pendant un an. Aujourd’hui, son rythme s’est allégé, mais il reste un donneur assidu.

Les saignées pratiquées sur ces patients ne diffèrent en rien d’un don classique. Le volume de sang prélevé est identique, et les poches récoltées sont intégrées au stock de l’EFS depuis 2009. « Cela peut faire un peu penser au Moyen Âge », sourit Loïc, mais l’efficacité est au rendez-vous. Pour lui, donner son sang est à la fois un acte de solidarité et une façon de vivre normalement avec sa maladie : « Je n’ai pas l’impression d’être malade, car je ne prends pas de médicaments. »

Des donneurs plus réguliers que la moyenne

Selon Syria Laperche, la fréquence des dons de ces patients dépasse largement celle de la population générale. « Ils constituent des *super-donneurs*, capables de contribuer significativement au stock de produits sanguins dont les hôpitaux ont besoin », souligne-t-elle. Leur régularité en fait des acteurs clés dans la gestion des réserves de l’EFS, surtout en période de tension, comme lors des épidémies ou des pics de demande.

Pourtant, tous les patients atteints d’hémochromatose ne peuvent pas devenir donneurs. Certains critères médicaux, comme l’état de santé général ou des contre-indications, limitent leur participation. Mais pour ceux qui le peuvent, leur contribution est doublement bénéfique : elle leur permet de gérer leur maladie tout en sauvant des vies. « Être un *super-donneur*, ça me fait plaisir », confie Loïc. « Je rends service, et cela me rend également service. »

Une évolution récente pour faciliter l’accès au don

Jusqu’en septembre 2025, les patients atteints d’hémochromatose devaient se rendre exclusivement dans les maisons du don pour effectuer leurs saignées. Depuis, l’EFS a assoupli cette règle en autorisant ces donneurs à participer aux collectes mobiles, organisées dans des lieux variés comme les entreprises, les écoles ou les centres commerciaux. Une mesure saluée par Syria Laperche : « Cela simplifie grandement leur parcours et encourage leur engagement. »

Cette décision s’inscrit dans une démarche plus large visant à diversifier les sources de dons. Avec **200 000 à 300 000 personnes concernées** par l’hémochromatose en France, le potentiel est considérable. Pour autant, l’EFS rappelle que chaque donneur, qu’il soit atteint de cette maladie ou non, reste essentiel pour maintenir les stocks à un niveau suffisant.

Comment savoir si l’on est éligible au don ?

L’hémochromatose touche principalement les personnes d’origine caucasienne, avec une prédisposition génétique. Le diagnostic repose sur une prise de sang permettant de mesurer le taux de ferritine et de saturer la transferrine. Une fois la maladie confirmée, le patient est orienté vers un centre spécialisé pour un suivi régulier. « La saignée est le traitement de référence, mais elle doit être adaptée à chaque cas », explique Syria Laperche. Les patients éligibles au don de sang peuvent ensuite s’inscrire auprès de l’EFS pour participer aux collectes, qu’elles soient fixes ou mobiles.

Pour les intéressés, le site hemochromatose.org propose des informations détaillées sur la maladie, les traitements et les modalités de don. L’EFS, de son côté, met à disposition un outil en ligne pour localiser les collectes les plus proches.

Et maintenant ?

L’EFS pourrait étendre encore les possibilités offertes aux patients atteints d’hémochromatose, notamment en élargissant les critères d’éligibilité ou en multipliant les collectes mobiles. Une réflexion est également en cours pour sensibiliser davantage le grand public à cette maladie méconnue, qui reste sous-diagnostiquée. D’ici la fin de l’année 2026, l’établissement prévoit de publier un bilan détaillé de l’impact de ces « super-donneurs » sur ses réserves de sang. En attendant, chaque don compte — qu’il vienne d’un patient ou d’un donneur lambda.

Reste à voir si cette initiative inspirera d’autres pays, où l’hémochromatose est également présente. En France, elle représente déjà une solution concrète pour pallier les pénuries récurrentes de sang. Un exemple à suivre, où la gestion d’une maladie chronique rime avec solidarité.

Pour être éligible, le patient doit d’abord être diagnostiqué et suivi par un médecin. L’EFS vérifie ensuite que son état de santé permet des dons réguliers, sans risque pour lui ou pour les receveurs. La fréquence des prélèvements est adaptée en fonction du taux de fer dans le sang. Tous les détails sont disponibles sur hemochromatose.org ou auprès de l’EFS.

Oui, sous réserve de l’accord d’un médecin de l’EFS. Chaque situation est évaluée individuellement. Certains traitements peuvent temporairement ou définitivement interdire le don. Il est conseillé de se rapprocher de l’EFS ou de consulter la liste des contre-indications sur son site officiel.