Après près de deux décennies à la tête de la Fédération Nationale des Établissements d’Hospitalisation à Domicile (FNEHAD), Élisabeth Hubert passera officiellement la main le 19 juin 2026. Médecin généraliste de formation et ancienne ministre de la Santé entre 1995 et 1997, elle revient pour Le Figaro sur l’évolution de l’HAD en France, un secteur devenu incontournable face à la saturation des hôpitaux et au vieillissement de la population.
Ce qu'il faut retenir
- En 2005, la France comptait 123 établissements autorisés en HAD et 35 000 patients pris en charge sur l’ensemble du territoire, ultramarins inclus.
- En 2026, l’HAD représente plus de 300 structures et couvre des prises en charge bien plus larges que les soins palliatifs initiaux.
- L’intelligence artificielle pourrait bientôt identifier les patients éligibles à l’hospitalisation à domicile, selon Élisabeth Hubert.
- La FNEHAD milite pour une reconnaissance financière équitable des établissements face aux tarifs hospitaliers traditionnels.
- La formation des professionnels et l’innovation technologique restent des piliers du développement du secteur.
L’hospitalisation à domicile, un pilier méconnu du système de santé
Quand Élisabeth Hubert prend la présidence de la FNEHAD en 2005, l’hospitalisation à domicile (HAD) n’est encore qu’un concept marginal dans le paysage sanitaire français. Les chiffres qu’elle évoque sont parlants : à l’époque, 123 établissements étaient autorisés sur le territoire, et seulement 35 000 patients en bénéficiaient chaque année. « C’était alors la feuille d’un papier à côté des dépenses hospitalières », rappelle-t-elle au Figaro. Vingt ans plus tard, l’HAD s’est imposée comme une réponse structurelle à deux enjeux majeurs : la saturation des services hospitaliers et le vieillissement de la population.
L’ancienne ministre souligne que l’HAD a évolué bien au-delà des soins palliatifs initiaux. Aujourd’hui, elle couvre des prises en charge variées : chimiothérapies, suites d’interventions chirurgicales, soins aux personnes âgées dépendantes ou encore accompagnement de maladies chroniques. Cette diversification a permis de désengorger les services d’urgence et de réduire les durées d’hospitalisation classiques, tout en améliorant le confort des patients.
Un financement encore en débat
L’un des principaux défis soulevés par Élisabeth Hubert concerne le modèle économique de l’HAD. Contrairement aux établissements hospitaliers traditionnels, les structures d’HAD peinent à obtenir des financements alignés sur leurs coûts réels. « On ne peut pas comparer une prise en charge à domicile à une hospitalisation classique, où les frais fixes sont mutualisés sur des centaines de lits », explique-t-elle. Pour la FNEHAD, la clé réside dans une réforme tarifaire qui reconnaît la spécificité de l’HAD, notamment en intégrant les surcoûts liés à la coordination des soins et à la logistique à domicile.
Cette question n’est pas anodine : avec plus de 300 structures en activité en 2026, l’HAD emploie désormais des milliers de professionnels de santé, dont des infirmiers, des kinésithérapeutes et des médecins coordonnateurs. Leur rémunération, souvent inférieure à celle pratiquée à l’hôpital, pose un problème de attractivité du secteur. La FNEHAD plaide pour une harmonisation des tarifs entre HAD et hôpitaux, afin d’éviter une pénurie de personnel qualifié.
L’IA, une révolution en marche pour l’HAD
Parmi les avancées technologiques évoquées par Élisabeth Hubert, l’intelligence artificielle (IA) occupe une place centrale. Selon elle, elle pourrait bientôt permettre d’identifier automatiquement les patients éligibles à une prise en charge à domicile, en croisant des données médicales, sociales et territoriales. « L’IA va nous aider à cibler plus précisément les profils de patients qui bénéficieraient le plus de l’HAD, tout en optimisant les parcours de soins », précise-t-elle.
Cette innovation s’inscrit dans une dynamique plus large de modernisation du secteur. Les établissements d’HAD intègrent de plus en plus des outils de télémédecine, des capteurs connectés pour le suivi des patients chroniques, et des plateformes de coordination numérique. Ces technologies réduisent les risques d’hospitalisation évitable et améliorent la réactivité des équipes soignantes. Élisabeth Hubert y voit un moyen de réduire les inégalités d’accès aux soins, notamment dans les déserts médicaux.
Former et innover : les défis de demain
Pour la présidente sortante, la formation des professionnels reste un enjeu critique. L’HAD exige des compétences spécifiques : gestion des urgences à domicile, coordination entre plusieurs intervenants, adaptation aux contraintes logistiques des domiciles. « On ne s’improvise pas soignant à domicile », rappelle-t-elle. La FNEHAD milite pour des programmes de formation continue renforcés, en partenariat avec les universités et les ARS (Agences Régionales de Santé).
Par ailleurs, l’innovation technologique doit s’accompagner d’un cadre éthique strict. Élisabeth Hubert insiste sur la nécessité de garantir la protection des données patients, dans un contexte où les objets connectés et l’IA collectent de plus en plus d’informations sensibles. « La confiance des patients et des familles est notre priorité absolue », souligne-t-elle.
À plus long terme, l’HAD pourrait jouer un rôle clé dans la transformation du système de santé français, en permettant une prise en charge plus flexible et plus centrée sur le patient. Reste à voir si les pouvoirs publics et les acteurs privés sauront saisir cette opportunité pour faire de l’hospitalisation à domicile une composante majeure de la médecine du XXIe siècle.
L’hospitalisation à domicile (HAD) permet d’assurer des soins complexes ou continus au domicile du patient, encadrés par une équipe pluridisciplinaire (médecins, infirmiers, kinésithérapeutes, etc.). Contrairement à une hospitalisation classique, elle évite un séjour en établissement, tout en garantissant une prise en charge médicale équivalente. Elle est réservée aux patients dont l’état le permet et dont le domicile est adapté.