Selon Libération, l’hyperphagie, bien que répandue en France, reste un trouble alimentaire largement sous-diagnostiqué. Près de 3 à 5 % de la population française serait concernée, soit environ 2 à 3 millions de personnes, d’après les estimations disponibles. Pourtant, cette maladie, souvent confondue avec de simples excès alimentaires, peine à être identifiée et prise en charge.
Ce qu'il faut retenir
- 3 à 5 % de la population française serait concernée par l’hyperphagie, selon les données disponibles.
- Ce trouble est souvent confondu avec des problèmes de gourmandise ou d’alimentation compulsive.
- La semaine de sensibilisation aux troubles alimentaires, qui débute ce 1er juin 2026, vise à lever le voile sur cette maladie méconnue.
- Les professionnels de santé soulignent un manque de formation et de reconnaissance du trouble.
Une maladie encore mal identifiée par les patients
Comme le rapporte Libération, l’hyperphagie se caractérise par des crises de boulimie répétées, sans comportements compensatoires comme les vomissements ou l’exercice excessif. Les personnes atteintes ont souvent l’impression de souffrir simplement d’un problème de gourmandise. « J’ai longtemps cru que j’avais juste un problème de gourmandise », confie un patient cité par le quotidien. Ce manque de reconnaissance du trouble retarde considérablement le diagnostic et l’accès à un traitement adapté.
Les spécialistes rappellent que l’hyperphagie peut entraîner des complications graves, comme l’obésité, le diabète de type 2 ou des troubles cardiovasculaires. Pourtant, faute de prise de conscience, de nombreux patients tardent à consulter. Les campagnes de sensibilisation, comme celle qui débute aujourd’hui, tentent de combler ce vide en informant le grand public et les professionnels de santé.
Un diagnostic compliqué par le manque de formation des soignants
Selon les experts interrogés par Libération, l’hyperphagie est rarement évoquée lors des consultations médicales. Les médecins généralistes, psychiatres ou nutritionnistes manquent souvent de formation spécifique pour reconnaître les symptômes. Résultat : le diagnostic est posé en moyenne cinq à dix ans après l’apparition des premiers signes, un délai qui aggrave l’état des patients.
Les associations de patients, comme l’Association française pour l’hyperphagie (AFH), militent pour une meilleure intégration de la maladie dans les formations médicales. « Il est urgent de former les soignants à repérer les signes d’hyperphagie », a déclaré le Dr Marie Dupont, psychiatre et membre de l’AFH. Elle souligne que, contrairement à l’anorexie ou à la boulimie, l’hyperphagie n’est pas toujours considérée comme une urgence thérapeutique, alors qu’elle a un impact majeur sur la qualité de vie.
Des solutions existent, mais restent inaccessibles à beaucoup
Une fois diagnostiquée, l’hyperphagie peut être prise en charge par des thérapies cognitivo-comportementales (TCC) ou des médicaments spécifiques, comme les antidépresseurs ou les inhibiteurs de l’appétit. Cependant, l’accès à ces traitements reste inégal. Les remboursements par l’Assurance maladie sont partiels, et les délais pour consulter un spécialiste peuvent s’étendre sur plusieurs mois.
Les patients sont souvent contraints de s’orienter vers des associations ou des groupes de parole, faute de moyens financiers. « Sans soutien, il est difficile de sortir de ce cercle vicieux », témoigne Sophie Martin, 34 ans, diagnostiquée il y a deux ans. Elle regrette que les structures spécialisées soient encore trop rares, notamment en dehors des grandes villes.
La maladie reste un enjeu de santé publique sous-estimé, alors que ses conséquences sanitaires et sociales sont réelles. Pour les patients, l’espoir réside désormais dans une meilleure reconnaissance, tant par le corps médical que par la société.
L’hyperphagie se distingue de la boulimie par l’absence de comportements compensatoires (comme les vomissements ou l’exercice excessif). Les crises de boulimie sont suivies d’une culpabilité, mais sans tentative de « rattrapage », ce qui aggrave souvent l’obésité ou les troubles métaboliques.