Depuis sa réélection en 2024, le Premier ministre indien Narendra Modi intensifie sa politique d’exclusion ciblée des citoyens musulmans, notamment à travers des modifications du corps électoral dans les États dirigés par son parti. Selon Le Monde, des commissions électorales sous influence gouvernementale procèdent à des suppressions massives d’électeurs, avec une priorité marquée pour les musulmans. Ces manœuvres s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à marginaliser cette communauté au sein du processus démocratique.

Ce qu'il faut retenir

  • Le gouvernement indien, dirigé par Narendra Modi, réélu en 2024, utilise des commissions électorales pour exclure des électeurs musulmans en masse.
  • Les suppressions de noms du registre électoral ciblent prioritairement les citoyens de confession musulmane dans les États gouvernés par le parti au pouvoir.
  • Ces pratiques s’inscrivent dans une politique plus large de suprémacisme hindou et d’affaiblissement des minorités religieuses.

Une réélection étroite suivie d’un durcissement autoritaire

Narendra Modi, Premier ministre indien depuis 2014, a été reconduit dans ses fonctions après une campagne électorale serrée en 2024. Son parti, le Bharatiya Janata Party (BJP), a rapidement accentué ses mesures restrictives, notamment à l’encontre de la communauté musulmane, qui représente environ 14 % de la population indienne. Les modifications apportées aux listes électorales, opérées par des commissions locales aux ordres du gouvernement central, concernent des milliers de citoyens, selon des rapports d’ONG et de médias internationaux. « Ces suppressions systématiques visent à réduire l’influence politique des musulmans dans des États clés », a expliqué un analyste politique basé à New Delhi, cité par Le Monde.

Des commissions électorales sous influence politique

Les commissions électorales indiennes, théoriquement indépendantes, sont aujourd’hui critiquées pour leur manque de transparence. Des documents internes, révélés par des médias locaux et internationaux, montrent que les suppressions de noms des listes électorales coïncident avec des périodes de révision administrative, souvent marquées par des retards ou des refus de justificatifs jugés insuffisants. Dans l’État de l’Uttar Pradesh, où les musulmans représentent près de 20 % de la population, plus de 1,2 million de noms auraient été retirés des registres entre 2024 et 2026. « Le processus est biaisé dès le départ, avec des critères d’exclusion flous et des recours quasi inexistants », a dénoncé une organisation de défense des droits humains, contactée par Le Monde.

Un contexte de tensions communautaires accrues

Cette politique s’ajoute à une série de lois et de mesures discriminatoires mises en place sous le mandat de Modi, comme la loi sur la citoyenneté (CAA) de 2019, qui facilite l’obtention de la nationalité indienne pour les migrants non musulmans. Les tensions entre communautés se sont intensifiées, avec une hausse des violences intercommunautaires signalées dans plusieurs régions. En 2025, des émeutes à Delhi avaient fait 53 morts, majoritairement des musulmans, selon les autorités locales. Les associations de défense des droits humains alertent sur le risque d’une « apartheid électoral » en Inde, où l’accès au vote devient un privilège réservé à une partie de la population.

Et maintenant ?

Les prochaines élections régionales, prévues dans plusieurs États d’ici fin 2026, pourraient être marquées par une nouvelle vague de suppressions dans les listes électorales. Les observateurs internationaux attendent une réaction des institutions démocratiques indiennes, notamment de la Cour suprême, saisie à plusieurs reprises sur ce sujet. Une décision est attendue d’ici septembre 2026, mais les experts doutent d’un revirement radical, compte tenu de la mainmise actuelle du BJP sur les institutions. Bref, le paysage politique indien semble s’orienter vers une marginalisation durable des minorités, avec des conséquences durables sur la démocratie du pays.

Face à ces révélations, les réactions internationales restent limitées. L’Union européenne a appelé à « la préservation des droits démocratiques » en Inde, sans aller jusqu’à des sanctions. Aux États-Unis, plusieurs parlementaires ont demandé une révision des accords commerciaux avec New Delhi, mais sans suite concrète pour l’instant. Du côté des ONG indiennes, les appels à la mobilisation citoyenne se multiplient, malgré les risques de répression. « La résistance s’organise, mais dans un climat de peur », a témoigné un militant basé à Mumbai, sous couvert d’anonymat.

Les citoyens indiens peuvent consulter leur statut électoral sur le site officiel de la Commission électorale (https://eci.gov.in), en utilisant leur numéro d’électeur. En cas de suppression, il est possible de faire un recours auprès des commissions locales, mais le processus est souvent long et complexe, selon les associations de défense des droits.