Entre comptes cachés, crédits dissimulés ou dépenses passées sous silence, les finances peuvent devenir un véritable champ de mines dans certains couples. Selon Capital, cette forme de tromperie, qualifiée d’infidélité financière, toucherait près de 43 % des Américains vivant en couple avec des finances communes, d’après une étude de la National Endowment for Financial Education (NEFE) publiée en 2021. En France, bien que le phénomène soit moins documenté, les professionnels constatent une réalité similaire, où l’argent se transforme parfois en sujet de dissimulation.

Ce qu'il faut retenir

  • Une étude américaine de la NEFE (2021) révèle que 43 % des couples aux États-Unis ayant des finances communes ont déjà commis une forme d’infidélité financière.
  • En France, cette pratique reste largement sous-estimée, car elle touche à deux tabous : l’argent et le mensonge.
  • L’infidélité financière se distingue par l’intention de cacher une information susceptible d’influencer les décisions du partenaire ou de provoquer son désaccord.
  • En France, chaque époux peut ouvrir un compte bancaire individuel sans l’accord de l’autre, mais les sommes issues des salaires restent présumées communes en cas de mariage sous le régime légal.
  • Les profils les plus à risque incluent les personnes issues d’un environnement financier instable, les anxieux ou les profils évitants, ainsi que ceux sensibles au jugement ou à la culpabilité.
  • Les conséquences peuvent être lourdes : la confiance dans le couple repose sur la prévisibilité, et la découverte d’un secret financier produit souvent le même effet qu’une trahison.

Une réalité méconnue en France

Si l’infidélité financière est un sujet largement étudié aux États-Unis, où les statistiques montrent une ampleur significative du phénomène, rien n’indique que les couples français y échappent. « Dans ma pratique, il est fréquent de voir des personnes cacher des achats, minimiser leurs dépenses ou taire certaines difficultés financières », explique Boris Charpentier, psychologue et coach. Pourtant, le terme même d’« infidélité financière » reste peu utilisé en France, où l’argent et les tensions qu’il génère restent des sujets tabous, souvent tus pour éviter les conflits.

Cette forme de tromperie ne se limite pas à une simple omission : elle implique une volonté délibérée de cacher une information susceptible de modifier le comportement ou les décisions du partenaire. « Ce n’est pas le secret en soi qui pose problème, mais l’intention derrière ce secret », précise Boris Charpentier. Autrement dit, dissimuler une dépense parce qu’elle a été effectuée sans en informer son conjoint n’est pas nécessairement une infidélité financière, à condition que cela ne vise pas à contourner son avis ou à éviter un désaccord.

L’argent, bien plus qu’une question de chiffres

Pour mieux comprendre ce phénomène, il faut d’abord distinguer ce qui relève de l’autonomie financière légitime et ce qui bascule dans la tromperie. En France, chaque époux a le droit d’ouvrir un compte bancaire à son seul nom, sans l’accord de l’autre. Cependant, dans le cadre d’un mariage sous le régime légal (sans contrat de mariage spécifique), les revenus perçus et les biens acquis sont présumés communs. En cas de divorce, un notaire peut consulter l’ensemble des comptes via l’application FICOBA, et dissimuler des fonds peut constituer un délit d’escroquerie au jugement.

Boris Charpentier souligne que l’infidélité financière n’est pas toujours motivée par une volonté de nuire : « Ce n’est pas toujours le plus dépensier du couple qui cache le plus. Les contextes à risque sont souvent ceux où l’argent est déjà un sujet de tension, où il existe un déséquilibre de revenus, ou lorsque l’un des partenaires a grandi dans un environnement financier instable. » Les profils anxieux ou évitants, ainsi que les personnes très sensibles au jugement, sont particulièrement vulnérables. « On retrouve souvent des individus extrêmement anxieux qui cachent leurs difficultés financières parce qu’ils ont honte de les avoir », observe le psychologue.

La honte, moteur des dissimulations financières

Derrière chaque secret financier se cache souvent une émotion bien plus profonde que l’argent lui-même. « L’argent n’est jamais seulement de l’argent. Pour certains, il représente la liberté. Pour d’autres, la sécurité ou la reconnaissance sociale », explique Boris Charpentier. Quand une personne cache une dépense ou un compte, elle protège bien souvent une émotion : la peur du jugement, la honte de ses choix, ou l’anxiété face à une situation financière difficile.

Cette dimension émotionnelle explique pourquoi les conséquences d’une infidélité financière peuvent être si dévastatrices pour le couple. « La confiance repose sur la prévisibilité du comportement de l’autre. Découvrir un compte caché ou un crédit secret produit souvent le même mécanisme psychologique qu’une autre forme de trahison : le partenaire ne sait plus ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas », analyse le psychologue. La blessure provient davantage du mensonge que du montant concerné. Si une erreur financière peut parfois être pardonnée, « on pardonne beaucoup plus difficilement le sentiment d’avoir été tenu à l’écart de la réalité ».

Comment repérer et éviter l’infidélité financière ?

Pour limiter les risques de tensions liées à l’argent, les experts recommandent d’abord d’aborder le sujet de manière transparente. « Il est normal de conserver une certaine autonomie financière, mais cela ne doit pas servir à contourner les décisions communes », rappelle Boris Charpentier. Les couples devraient établir des règles claires : quels types de dépenses doivent être partagés ? Comment gérer les comptes personnels sans que cela ne devienne un sujet de conflit ?

Il est également conseillé de créer des espaces de dialogue réguliers sur les finances, sans attendre qu’un problème survienne. « L’infidélité financière n’est souvent pas un problème d’argent, mais un problème de communication et de régulation émotionnelle », souligne le psychologue. Plutôt que de chercher à tout contrôler, les partenaires devraient se concentrer sur la construction d’une relation où la transparence est valorisée, même sur les sujets sensibles.

Et maintenant ?

En France, la prise de conscience autour de l’infidélité financière devrait s’accentuer dans les années à venir, notamment avec l’augmentation des discussions sur la gestion des finances personnelles et la santé mentale dans les couples. Les notaires et les médiateurs familiaux pourraient voir leur rôle s’élargir pour accompagner les couples confrontés à ces tensions. Une meilleure éducation financière dès le plus jeune âge, incluant la gestion des émotions liées à l’argent, pourrait également contribuer à réduire ces phénomènes. Reste à voir si les mentalités évolueront suffisamment pour que l’argent cesse d’être un sujet de dissimulation.

Pour ouvrir le dialogue sur l’argent dans un couple, plusieurs ressources existent, comme les ateliers proposés par des associations spécialisées ou les consultations avec des psychologues et conseillers financiers. L’important est de ne pas laisser les non-dits s’installer, car une fois la confiance brisée, elle est souvent difficile à reconstruire.

Oui, en France, chaque époux peut ouvrir un compte bancaire à son nom sans l’accord de l’autre, et cela ne constitue pas nécessairement une infidélité financière. Ce qui bascule dans la tromperie, c’est l’intention de cacher une information susceptible d’influencer les décisions du partenaire ou de provoquer son désaccord, comme l’indique Boris Charpentier, psychologue.