En France, près de 60 000 postes d’infirmiers restent actuellement vacants, un chiffre qui illustre l’ampleur des difficultés de recrutement dans le secteur hospitalier, selon Capital. Ce manque de personnel s’ajoute à une crise structurelle : entre 2020 et 2023, 12 % des infirmiers ont quitté la profession, notamment en raison des conditions de travail jugées de plus en plus éprouvantes. Pour y remédier, l’État a engagé une réforme profonde du métier, complétée par des mesures financières et pédagogiques destinées à renforcer l’attractivité de la filière.

Ce qu’il faut retenir

  • 60 000 postes d’infirmiers sont vacants en France, selon les données disponibles en juin 2026.
  • 12 % des infirmiers ont quitté la profession entre 2020 et 2023, en partie à cause de la crise sanitaire.
  • D’ici 2050, 821 000 infirmiers devraient être nécessaires (contre 640 000 aujourd’hui), soit une hausse de 37 %.
  • La réforme du métier d’infirmier, adoptée en juin 2025, élargit leurs compétences : prescription de produits de santé, élaboration de plans de soins autonomes et réalisation d’examens complémentaires.
  • 215 millions d’euros seront investis par l’État en 2026 pour créer 5 500 places supplémentaires en Institut de formation en soins infirmiers (IFSI).
  • Les futurs infirmiers bénéficieront de 30 heures de cours et 5 heures de suivi pédagogique par semaine pendant leur formation, contre 5 heures hebdomadaires en stage pour des recherches et un accompagnement renforcé.

Une crise des vocations qui s’aggrave avec le vieillissement de la population

Le vieillissement accéléré de la population française aggrave la pression sur le système de santé, et donc sur les besoins en personnel soignant. L’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a rappelé auprès du Parisien, en juin 2026, qu’un « socle de 2 000 recrutements d’infirmiers par an est attendu pour les trois prochaines années » afin de combler les départs et répondre à la demande croissante. Les projections de la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) et de l’Insee confirment cette tendance : le nombre d’infirmières devrait atteindre 821 000 d’ici 2050, contre 640 000 actuellement.

Pourtant, malgré ces besoins criants, certains étudiants abandonnent leur cursus en cours de route. Les raisons ? Des conditions de travail jugées difficiles, un salaire parfois considéré comme insuffisant au regard des responsabilités, et un manque de reconnaissance professionnelle. « Les étudiants sont de plus en plus nombreux à renoncer en cours de formation, car ils anticipent des réalités professionnelles peu attractives », souligne un responsable de formation cité par Capital.

Une réforme du métier pour redonner de l’autonomie et de l’attractivité

Pour enrayer cette tendance, le gouvernement a publié, en décembre 2025, un décret d’application de la loi du 27 juin 2025 réformant en profondeur le métier d’infirmier. Cette réforme vise à élargir leurs compétences et à leur offrir davantage d’autonomie dans leur pratique quotidienne. Désormais, les infirmiers peuvent recueillir des données, élaborer de manière autonome des plans de soins, et même prescrire certains produits de santé et examens complémentaires, sous réserve de protocoles définis.

Cette évolution s’accompagne d’une refonte de la formation initiale. L’objectif ? Rendre les futurs professionnels plus opérationnels dès leur entrée sur le marché du travail, tout en renforçant leur coopération avec les autres acteurs de santé. Isabelle Bayle, nouvelle présidente du Cefiec (Collectif des établissements de formation en soins infirmiers), explique : « Désormais, durant leur période académique, les étudiants auront 30 heures de cours et 5 heures de suivi pédagogique par semaine. En stage, 5 heures hebdomadaires sont également dégagées pour leur permettre de s’approprier davantage leur métier et d’effectuer des recherches. »

Un investissement de 215 millions d’euros pour former davantage de soignants

Pour concrétiser cette ambition, l’État a prévu d’investir 215 millions d’euros en 2026. Cette enveloppe servira à financer la création de 5 500 places supplémentaires en Institut de formation en soins infirmiers (IFSI), afin d’augmenter les capacités d’accueil des écoles. Ce dispositif s’inscrit dans une logique de moyen terme, alors que les besoins en recrutement devraient continuer de croître dans les décennies à venir.

Côté rémunération, la réforme ne prévoit pas de « grande révolution ». Les salaires resteront encadrés par les grilles indiciaires de la fonction publique hospitalière ou des conventions collectives du privé. Cependant, l’élargissement des compétences et la reconnaissance accrue des responsabilités pourraient, à terme, justifier des évolutions salariales, notamment pour les infirmiers en exercice libéral ou dans des structures spécialisées.

Et maintenant ?

Les premières retombées de cette réforme devraient se faire sentir dès 2027, avec l’arrivée sur le marché du travail des premières promotions formées selon les nouveaux standards. D’ici là, les établissements hospitaliers et les écoles d’infirmiers devront composer avec un calendrier serré : les 5 500 places supplémentaires en IFSI doivent être opérationnelles dès la rentrée 2026. Reste à savoir si ces mesures suffiront à combler le déficit actuel de 60 000 postes et à convaincre les étudiants de poursuivre dans cette voie. Une question qui pourrait, à elle seule, déterminer l’efficacité à long terme de cette politique.

Quels enjeux pour l’avenir du système de santé ?

Au-delà des recrutements immédiats, cette réforme interroge la capacité du système de santé français à anticiper les besoins futurs. Le vieillissement de la population et l’augmentation des pathologies chroniques nécessiteront, d’ici 2050, une adaptation continue des effectifs et des compétences. Les infirmiers, déjà en première ligne, pourraient voir leurs missions évoluer vers davantage de prévention et de coordination entre les différents acteurs de santé.

Pour les pouvoirs publics, l’enjeu est double : d’une part, stabiliser les effectifs en évitant de nouvelles vagues de désengagement ; d’autre part, garantir une qualité de soins optimale malgré les contraintes budgétaires. Les prochaines années seront donc cruciales pour évaluer l’impact de ces mesures, alors que les départs à la retraite et les besoins croissants en soins pourraient, à eux seuls, creuser encore davantage le déficit de personnel.

La réforme leur permet désormais d’élaborer de manière autonome des plans de soins, de prescrire certains produits de santé et d’effectuer des examens complémentaires, sous réserve de protocoles définis. Ces évolutions visent à renforcer leur autonomie et leur rôle dans le parcours de soins.

L’État prévoit de financer la création de 5 500 places supplémentaires en Institut de formation en soins infirmiers (IFSI) dès la rentrée 2026, dans le cadre de son plan de modernisation de la filière.