Le débat sur l’inflation aux États-Unis s’intensifie ce mardi 19 mai 2026, alors que l’économiste Kevin Warsh propose une mesure alternative pour évaluer la tendance sous-jacente des prix. Selon BFM Business, Warsh défend une inflation de « tendance recalibrée » à 2,36 %, un chiffre bien inférieur aux 3,2 % enregistrés par l’indice Core PCE en avril. Cette divergence soulève des questions sur la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine, alors que les marchés attendent avec attention les prochaines décisions de taux.

Ce qu'il faut retenir

  • Kevin Warsh propose une mesure de l’inflation à 2,36 %, contre 3,2 % pour le Core PCE en avril 2026.
  • Cette « tendance recalibrée » vise à lisser les fluctuations temporaires des prix et à mieux refléter l’inflation structurelle.
  • La Fed pourrait s’appuyer sur cette approche pour ajuster sa politique monétaire dans un contexte de tensions inflationnistes persistantes.
  • Les marchés financiers restent attentifs aux signaux envoyés par la banque centrale américaine, alors que l’inflation reste élevée aux États-Unis.
  • Le G7 Finances, réuni à Paris, a évoqué ces enjeux lors de sa dernière réunion, sans annoncer de mesures concrètes.

Un indicateur controversé pour évaluer l’inflation

Le Core PCE, indice préféré de la Fed pour mesurer l’inflation sous-jacente, affiche un taux de 3,2 % en avril 2026. Pourtant, Kevin Warsh, ancien gouverneur de la Réserve fédérale, propose une alternative : la « tendance recalibrée » de l’inflation, qu’il estime à 2,36 %. Cette méthode vise à exclure les variations temporaires des prix, comme les chocs énergétiques ou les perturbations des chaînes d’approvisionnement, pour mieux cerner l’inflation structurelle. Selon BFM Business, cette approche suscite des débats parmi les économistes et les investisseurs, certains y voyant un outil utile pour éviter les erreurs de politique monétaire.

Wilfrid Galand, directeur stratégiste chez Montpensier Arbevel, a souligné lors d’une intervention sur BFM Bourse que « cette mesure pourrait aider la Fed à mieux calibrer ses décisions de taux dans un environnement où l’inflation reste élevée ». Estelle Ménard, directrice des investissements chez LCL, a pour sa part rappelé que « les banques centrales doivent composer avec des indicateurs parfois contradictoires, ce qui complique la prise de décision ».

La Fed sous pression face à une inflation persistante

L’inflation reste un sujet de préoccupation majeur aux États-Unis, où les prix à la consommation ont augmenté de 3,4 % en glissement annuel en avril 2026. Florian Ielpo, responsable de la macroéconomie chez Lombard Odier IM, a indiqué lors d’une analyse pour BFM Bourse que « l’inflation élevée aux États-Unis renforce la probabilité d’une nouvelle hausse des taux de la Fed ». Cette perspective pèse sur les marchés financiers, où les investisseurs anticipent déjà une politique monétaire plus restrictive.

Le G7 Finances, réuni à Paris les 18 et 19 mai 2026, a abordé cette question lors de ses travaux. Bien qu’aucun communiqué commun n’ait été publié, les discussions ont porté sur les moyens de coordonner les politiques économiques face à un environnement inflationniste global. « Le risque d’un désaccord persistant entre les grandes puissances économiques pourrait compliquer la lutte contre l’inflation », a analysé Ielpo. Les prochaines réunions du Comité de politique monétaire de la Fed, prévues les 11 et 12 juin 2026, seront scrutées de près par les marchés.

Les marchés financiers face à l’incertitude

Les annonces récentes sur l’inflation ont provoqué des mouvements sur les marchés actions et obligataires. Andrea Tueni, sales trader chez Saxo Banque, a expliqué sur BFM Bourse que « les seuils techniques à surveiller sur les valeurs financières et industrielles restent fragiles, en raison de l’incertitude entourant la politique de la Fed ». Les investisseurs ajustent leurs portefeuilles en fonction des anticipations de taux, tandis que les valeurs sensibles à la croissance, comme les technologies, pourraient subir des pressions.

Dans ce contexte, François Digard, responsable de la recherche actions France chez Kepler Chevreux, a analysé la chute en Bourse de Vallourec, après la vente de 10 % de son capital par ArcelorMittal. « Cette opération a envoyé un signal négatif aux marchés, alors que les investisseurs anticipent déjà un ralentissement de la demande industrielle », a-t-il précisé. À l’inverse, Safran a bénéficié d’une attention positive, ses résultats étant perçus comme résilients face au contexte macroéconomique difficile.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient être décisives pour la politique monétaire américaine. La Fed devrait publier de nouveaux indicateurs d’inflation d’ici la mi-juin, tandis que les décisions de taux lors de la réunion du 11 juin seront scrutées. Les marchés anticipent une hausse des taux, mais une erreur de calibration pourrait aggraver les tensions économiques. Par ailleurs, la « tendance recalibrée » proposée par Kevin Warsh pourrait gagner en visibilité, si elle est reprise par d’autres économistes ou institutions.

En Europe, les responsables politiques devront également composer avec un environnement inflationniste persistant, alors que la croissance économique reste fragile. Les prochaines publications de données macroéconomiques, notamment en zone euro, pourraient influencer les anticipations des investisseurs pour la seconde moitié de l’année.

Ce débat sur l’inflation reflète des enjeux plus larges : comment concilier lutte contre l’inflation et soutien à la croissance, dans un contexte où les chocs d’offre (énergie, matières premières) restent fréquents ? Autant dire que les prochains mois s’annoncent décisifs pour les banques centrales et les marchés financiers.

La « tendance recalibrée » est une méthode proposée par Kevin Warsh pour lisser les fluctuations temporaires des prix et mieux refléter l’inflation structurelle. Elle vise à exclure les chocs ponctuels (énergie, alimentation) pour donner une image plus stable de la hausse des prix à long terme.