Selon Le Figaro, Iryna Terekh, 34 ans, s’impose comme une figure centrale de l’industrie de défense ukrainienne. Elle a fondé en 2022 l’entreprise Fire Point, aujourd’hui productrice des armes autonomes qui frappent régulièrement le territoire russe, dont le missile Flamingo. Une réussite saluée publiquement par le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui a choisi de mettre en avant ces innovations lors d’une journée dédiée aux systèmes autonomes, instaurée le 11 juin de chaque année.

Ce qu’il faut retenir

  • Fire Point, fondée en 2022 par Iryna Terekh et deux associés, conçoit des drones armés et des missiles de croisière utilisés par l’Ukraine contre la Russie.
  • Le 11 juin 2022 marque une étape symbolique : l’utilisation opérationnelle pour la première fois d’un drone FPV équipé d’une grenade, une innovation désormais célébrée chaque année.
  • Le président Zelensky a officialisé le 11 juin comme « Journée des systèmes autonomes », soulignant leur rôle crucial dans la guerre moderne.
  • Iryna Terekh, jeune femme de 34 ans, incarne une nouvelle génération d’entrepreneurs ukrainiens intégrés aux cercles militaires, un phénomène rare avant l’invasion russe de 2022.

Une entreprise née dans l’urgence de la guerre

Fire Point a vu le jour en 2022, dans un contexte où l’Ukraine cherchait à compenser son infériorité technologique face à la Russie. Contrairement aux grandes entreprises d’armement traditionnelles, l’entreprise repose sur une équipe réduite et une agilité industrielle remarquable. Ses produits, notamment le missile Flamingo, sont désormais employés sur plusieurs fronts, permettant des frappes précises et à moindre coût. « Il est impossible d’imaginer la guerre moderne sans drones », a rappelé Zelensky sur Telegram lors de l’inauguration de la Journée des systèmes autonomes, un message qui résume l’importance stratégique de ces outils.

Le choix du 11 juin n’est pas anodin. C’est en effet ce jour-là, il y a quatre ans, que les forces ukrainiennes ont, pour la première fois, fixé une grenade sur un drone FPV — une mission opérationnelle qui a marqué un tournant dans l’utilisation de ces technologies. Pour Iryna Terekh, ce moment illustre aussi un changement sociétal : « Quelques-uns d’entre [les généraux] non plus n’auraient pas imaginé se battre aux côtés de jeunes femmes n’ayant rien à voir avec la défense avant la guerre », confie-t-elle avec une pointe d’ironie.

Une dirigeante à l’image atypique dans le milieu de la défense

À 34 ans, Iryna Terekh cultive un style volontairement éloigné des stéréotypes de l’industrie de l’armement. Ses ongles vernis de rose et son apparence soignée contrastent avec l’image austère des généraux ou des ingénieurs traditionnels. Pourtant, son téléphone sonne régulièrement, souvent pour des félicitations ou des commandes urgentes. « Aujourd’hui, c’est le jour des systèmes autonomes », explique-t-elle après avoir décroché un appel d’un officier supérieur. Son parcours, passé par la conception de drones avant de basculer dans la production d’armes, reflète l’évolution accélérée du secteur en Ukraine.

Avant 2022, les femmes étaient rares dans les cercles industriels liés à la défense. Aujourd’hui, des profils comme le sien sont devenus indispensables. Fire Point emploie désormais des centaines de personnes, principalement des ingénieurs et techniciens, dont une part croissante de femmes. « La guerre a changé les règles du jeu », souligne Terekh, sans pour autant tomber dans l’emphase. Son entreprise, qui a démarré dans un petit atelier, dispose aujourd’hui d’un réseau de production décentralisé, une stratégie qui lui permet de résister aux frappes russes.

Le missile Flamingo, symbole d’une nouvelle doctrine militaire

Parmi les produits phares de Fire Point, le missile Flamingo se distingue par sa capacité à frapper des cibles mobiles avec une précision de l’ordre du mètre. Selon des sources militaires ukrainiennes citées par Le Figaro, ce missile a été employé lors de plusieurs offensives, notamment dans la région de Kharkiv et près de Bakhmout, où il aurait causé des pertes significatives dans les rangs russes. Contrairement aux missiles balistiques ou de croisière classiques, le Flamingo est conçu pour être produit en série à moindre coût, une nécessité pour une économie de guerre.

Son déploiement s’inscrit dans une doctrine ukrainienne qui mise sur la saturation des défenses ennemies par des armes autonomes, moins chères et plus difficiles à intercepter. « Ces systèmes permettent de compenser l’écart en artillerie », explique un analyste de l’Institut d’études sur la guerre (ISW) de Kiev. Fire Point n’est pas la seule entreprise à développer ce type d’armement, mais elle fait partie des rares à avoir atteint une capacité industrielle suffisante pour équiper plusieurs brigades ukrainiennes simultanément.

Et maintenant ?

L’Ukraine devrait accélérer le développement de ses capacités en drones et missiles autonomes dans les mois à venir, notamment après l’annonce de nouveaux partenariats industriels avec des pays européens. Fire Point, qui a déjà levé des fonds auprès d’investisseurs privés, pourrait annoncer d’ici la fin de l’été l’ouverture d’une nouvelle usine dans l’ouest du pays, loin des zones de combat. Une telle initiative permettrait de sécuriser la production face aux frappes russes, tout en renforçant l’autonomie industrielle de l’Ukraine. Reste à voir si ces projets pourront être menés à bien malgré les contraintes logistiques et les besoins urgents en armement.

Un modèle qui pourrait inspirer d’autres pays en conflit

Le succès de Fire Point et d’autres start-up ukrainiennes en matière d’armement autonome suscite l’intérêt de plusieurs pays confrontés à des menaces similaires, notamment en Europe de l’Est et au Moyen-Orient. Des négociations seraient en cours avec des gouvernements africains et asiatiques pour exporter des technologies similaires, selon des sources proches du dossier. « On observe une demande croissante pour des solutions low-cost et adaptables », confie un expert en stratégie militaire basé à Varsovie.

Cependant, cette industrialisation rapide soulève des questions éthiques et géopolitiques. L’utilisation massive de drones armés, bien que légitimée par le droit international dans le cadre de la légitime défense, pourrait encourager une course aux armements asymétriques. Pour Iryna Terekh, ces débats restent secondaires face à l’urgence : « Notre priorité est de protéger notre peuple. Le reste viendra plus tard. »

La Journée des systèmes autonomes, désormais célébrée chaque 11 juin, pourrait devenir un symbole de cette nouvelle ère industrielle. Reste à savoir si d’autres pays suivront l’exemple ukrainien — ou s’ils en feront une menace à contrer.

Un drone FPV (First Person View) est un drone équipé d’une caméra transmettant en temps réel les images à son opérateur, qui le pilote comme s’il était à bord. Son efficacité réside dans sa précision, sa rapidité et son faible coût comparé aux avions ou missiles classiques. En Ukraine, ils sont massivement utilisés pour des frappes kamikazes sur des chars, des positions d’artillerie ou des groupes de soldats. Leur maniabilité permet d’éviter les défenses aériennes et d’atteindre des cibles mobiles.

Non. Fire Point est l’une des plus visibles, mais plusieurs autres entreprises ukrainiennes développent des drones et missiles autonomes, comme Ukroboronprom (pour les drones de reconnaissance) ou SpetsTechnoExport (missiles de croisière). L’écosystème s’est structuré rapidement depuis 2022, avec des centaines de start-up et PME impliquées dans la défense. Cependant, Fire Point se distingue par sa production à grande échelle et son modèle agile.