Une enquête publiée par Libération révèle comment l’armée israélienne mène une campagne de destruction systématique au Sud-Liban, enfreignant délibérément les règles du droit international. Entre villages rasés, infrastructures civiles détruites et effacement du patrimoine local, cette zone frontalière de quelques kilomètres entre Israël et le Liban devient le théâtre d’une stratégie délibérée d’épuisement de la population et de sa mémoire historique.

Ce qu'il faut retenir

  • Une zone de quelques kilomètres située entre Israël et le Liban est ciblée par une campagne militaire israélienne méthodique.
  • L’armée israélienne est accusée de violer le droit international en détruisant des infrastructures civiles et du patrimoine culturel.
  • L’enquête de Libération met en lumière un effacement organisé de la mémoire et de la vie des populations locales.

Une stratégie de destruction ciblée

Selon l’enquête de Libération, l’armée israélienne mène depuis plusieurs mois une campagne de destruction systématique au Sud-Liban. Les frappes ne se limitent pas aux cibles militaires, mais s’étendent aux villages entiers, aux écoles, aux mosquées et aux sites archéologiques. Plus de 40 % des infrastructures civiles de certaines zones ont été endommagées ou détruites depuis le début de l’année, selon des estimations locales rapportées par le journal.

Les habitants, interrogés par les journalistes de Libération, décrivent une « stratégie de la terre brûlée », où même les puits et les réseaux d’irrigation sont ciblés. « Ils veulent nous faire partir, ou au moins nous priver de tout ce qui fait notre vie ici », a déclaré un agriculteur du village d’Al-Qantara, dont les terres ont été détruites en février dernier.

Le patrimoine culturel sacrifié

Parmi les sites les plus touchés figurent des lieux de culte et des monuments historiques. À Bint Jbeil, une ville située à seulement quelques kilomètres de la frontière, la mosquée Al-Omari, datant du XIIe siècle, a été partiellement détruite lors d’un raid aérien en mars. Selon les autorités locales citées par Libération, cette mosquée était l’un des derniers témoignages de l’âge d’or islamique dans la région.

Les experts en patrimoine culturel interrogés par le journal soulignent que ces destructions s’inscrivent dans une logique de « nettoyage culturel ». « Quand on détruit un monument comme celui-là, on efface une partie de l’histoire des gens », a expliqué un archéologue libanais sous couvert d’anonymat. « C’est une attaque contre l’identité même de ces communautés. »

Des violations répétées du droit international

Les règles du droit international humanitaire, notamment celles définies par les Conventions de Genève, interdisent les attaques délibérées contre les civils et les biens à caractère civil. Pourtant, Libération souligne que les frappes israéliennes au Sud-Liban ciblent régulièrement des zones résidentielles sans justification militaire apparente. En avril, une frappe sur un marché de la ville de Nabatiyeh a fait 12 morts, dont 5 enfants, selon des sources médicales locales.

L’État d’Israël n’a pas répondu aux demandes de commentaires de Libération. Cependant, dans une déclaration précédente, l’armée israélienne avait affirmé que toutes ses opérations visaient uniquement des « cibles terroristes » du Hezbollah, groupe armé libanais soutenu par l’Iran. « Nous prenons toutes les précautions pour éviter les victimes civiles », avait alors indiqué un porte-parole de Tsahal.

Une population poussée à l’exode

Face à cette campagne de destruction, des milliers de Libanais du Sud ont quitté leurs villages pour se réfugier dans des villes plus sûres, comme Saïda ou Tyr. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), plus de 30 000 personnes ont été déplacées depuis le début de l’année, un chiffre qui pourrait encore augmenter si les violences persistent.

Les Nations unies ont exprimé à plusieurs reprises leur inquiétude quant à la situation humanitaire dans la région. « Nous sommes extrêmement préoccupés par l’impact de ces opérations sur les civils », a déclaré un porte-parole de l’ONU à Genève, ajoutant que « l’accès humanitaire est de plus en plus restreint » en raison des destructions d’infrastructures.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient voir une intensification des tensions, alors que le Conseil de sécurité de l’ONU doit se réunir le 15 mai 2026 pour évaluer la situation au Sud-Liban. Une résolution condamnant les violations du droit international et exigeant un cessez-le-feu pourrait être proposée, mais son adoption reste incertaine en raison des vetos possibles au Conseil. Dans l’immédiat, les organisations humanitaires appellent à un accès sans entrave pour les convois d’aide, alors que les besoins en nourriture, médicaments et abris continuent de croître.

La communauté internationale reste divisée sur la question, certains pays appelant à une intervention plus ferme, tandis que d’autres, comme les États-Unis, réaffirment leur soutien à Israël. Quant aux habitants restés sur place, ils vivent dans l’incertitude, entre la peur des frappes et l’espoir que la communauté internationale finisse par agir.