Un groupe de discussion WhatsApp réservé aux conducteurs de tram à Milan a été révélé au grand jour après qu’une passagère a découvert, le 13 juin 2026, des échanges sexistes et des images de femmes issues des caméras de surveillance des transports publics. Selon Courrier International, qui relaie l’enquête détaillée du site Il Post, cette affaire a provoqué une vague d’indignation en Italie, poussant l’exploitant des transports milanais, ATM, à suspendre les sept participants et à lancer une enquête interne.
Ce qu'il faut retenir
- Sept conducteurs de tram de Milan ont été suspendus après avoir participé à un groupe WhatsApp diffusant des images de femmes issues des caméras de surveillance, accompagnées de commentaires sexistes.
- L’affaire a été rendue publique le 13 juin 2026 par une passagère, qui a partagé une capture d’écran sur Instagram avant que l’information ne soit relayée par d’autres comptes.
- L’exploitant ATM a suspendu les participants et lancé une enquête interne, tandis qu’une plainte auprès des autorités serait en cours de rédaction.
- L’aspect juridique reste complexe : les images pourraient provenir des écrans de surveillance ou avoir été extraites illégalement des systèmes internes, une infraction dans le second cas.
- La passagère, qui a souhaité rester anonyme, a exprimé sa colère face à ce comportement au sein d’une entreprise publique censée garantir la sécurité des usagers.
- Un membre de l’Autorité italienne de protection des données, Agostino Ghiglia, a minimisé l’affaire en critiquant la diffusion publique de la capture d’écran, suscitant l’incompréhension.
Un groupe WhatsApp au contenu inapproprié révélé par une passagère
Tout a commencé le 13 juin 2026, lorsqu’une usagère du tram n°15 de Milan a remarqué qu’un conducteur, en pause, consultait son téléphone. Intriguée, elle a jeté un œil à l’écran et découvert un groupe de discussion WhatsApp où s’échangeaient des images de femmes filmées par les caméras de surveillance des arrêts et des transports publics. Selon Il Post, relayé par Courrier International, ces images étaient accompagnées de commentaires à caractère sexiste.
Sans hésiter, la passagère a partagé une capture d’écran de la conversation sur Instagram. Le message a rapidement circulé sur les réseaux sociaux, déclenchant une polémique nationale. Face à la pression médiatique, ATM, la société gestionnaire des transports milanais, a réagi en suspendant immédiatement les sept participants au groupe et en ouvrant une enquête interne. Une plainte serait également en cours de dépôt auprès des autorités judiciaires, bien que les détails de cette procédure restent à préciser.
Une dimension juridique floue : infraction ou simple dérive éthique ?
Au-delà de l’émotion suscitée par ce type de comportement, l’affaire soulève une question cruciale : ces images ont-elles été extraites des écrans de surveillance visibles par les conducteurs, ou ont-elles été récupérées illégalement dans les systèmes internes des tramways ? Selon Il Post, la réponse à cette question déterminera la qualification pénale des faits. Si les images proviennent des écrans de contrôle, aucune infraction n’est caractérisée. En revanche, si elles ont été téléchargées directement depuis la mémoire des systèmes de vidéosurveillance, cela constituerait un accès abusif à un système informatique, puni par la loi italienne.
Cette nuance technique explique pourquoi l’enquête interne menée par ATM est encore en cours. La société n’a pas encore communiqué sur les conclusions de ses investigations, ni sur les éventuelles sanctions disciplinaires ou pénales qui pourraient être appliquées aux sept conducteurs mis en cause.
Le témoignage de la passagère : « Une rage et une tristesse indicibles »
Le quotidien La Repubblica a réussi à entrer en contact avec la passagère, qui a souhaité partager son ressenti face à cette découverte. Dans les colonnes du journal, elle a confié ressentir « de la tristesse, de l’amertume et, surtout, de la rage ». « Nous savons toutes que des groupes de ce type existent, a-t-elle déclaré. Mais le pire, c’est de réaliser que ces comportements se produisent au sein d’une entité publique, dont la mission est de garantir la sécurité des citoyens. Au lieu de cela, on découvre que des individus abusent de leur position pour partager des images intimes sans consentement. »
Son geste, d’abord perçu comme un acte de civisme, a été salué par de nombreux internautes. Pourtant, il a aussi suscité des critiques, notamment de la part d’Agostino Ghiglia, membre du conseil d’administration de l’Autorité italienne de protection des données et proche du parti de la Première ministre Giorgia Meloni. Celui-ci a estimé que la diffusion de la capture d’écran sur les réseaux sociaux « culpabilisait » la jeune femme, tout en relativisant la gravité des faits : « On parle de sept personnes dans un pays de 60 millions d’habitants. Je demande à voir ce qui se passe dans les tchats de supporters de football ou dans ceux des salles de sport. »
Réactions politiques et professionnelles : entre indignation et minimisation
Les propos d’Agostino Ghiglia ont provoqué une vague de réactions outrées, notamment de la part des associations féministes. Cathy La Torre, avocate de la passagère, a rétorqué : « Au lieu de critiquer une jeune fille qui a fait preuve d’un courage remarquable en dénonçant ces agissements, nous devrions la remercier. » L’affaire a également attiré l’attention des médias italiens, qui soulignent l’ampleur du problème des violences sexistes dans les espaces publics, y compris professionnels.
Côté politique, aucun parti n’a pour l’instant pris position de manière officielle sur le sujet. Le gouvernement Meloni, dont est proche Ghiglia, n’a pas réagi publiquement à ses déclarations. Du côté d’ATM, la direction a simplement indiqué que « toute violation des règles déontologiques serait sanctionnée avec la plus grande fermeté », sans préciser les mesures envisagées.
Cette polémique intervient alors que le gouvernement italien travaille sur un projet de loi visant à renforcer la lutte contre le harcèlement en ligne et les violences sexistes. Une première version du texte, attendue pour l’automne 2026, pourrait intégrer des dispositions spécifiques pour les entreprises publiques, dont les salariés manipulent des données sensibles. Reste à savoir si cette affaire servira d’exemple ou si, au contraire, elle sera rapidement oubliée dans le flux des actualités.
Pour l’instant, seul ATM a pris des mesures disciplinaires en suspendant les sept participants. Si une plainte est déposée, ils pourraient encourir des poursuites pour accès abusif à un système informatique, passible d’une peine pouvant aller jusqu’à trois ans de prison en Italie. Les sanctions disciplinaires internes pourraient, quant à elles, aller jusqu’au licenciement pour faute grave.
Agostino Ghiglia, proche du parti de Giorgia Meloni, a d’abord critiqué la diffusion publique de la capture d’écran, estimant que cela « culpabilisait » la passagère. Il a ensuite relativisé l’affaire en soulignant que « sept personnes dans un pays de 60 millions d’habitants » ne représentaient qu’un cas isolé. Ces propos ont suscité l’incompréhension, notamment parce qu’ils semblent dédouaner les auteurs plutôt que de condamner leurs actes.