Jeff Bezos, fondateur d’Amazon et président exécutif de Blue Origin, a défendu mercredi à Paris l’idée que l’humanité doit s’installer durablement sur la Lune pour y déplacer une partie de l’industrie lourde terrestre. Selon Euronews FR, cette stratégie vise à préserver l’environnement tout en maintenant une croissance économique, la Lune constituant une étape intermédiaire indispensable avant d’envisager des colonies sur Mars.
Ce qu’il faut retenir
- Priorité à la Lune avant Mars : Bezos a insisté sur la nécessité de construire une base lunaire durable avant d’envisager toute colonisation de la planète rouge.
- Économie d’énergie colossale : Extraire des matériaux sur la Lune consomme 28 fois moins d’énergie par kilogramme que depuis la Terre.
- La Lune comme fournisseur d’ergols : La glace lunaire pourrait être transformée en oxygène liquide, réduisant drastiquement les coûts des missions spatiales lointaines.
- Critique du programme Apollo : Bezos a qualifié les alunissages des années 1960 de « sprint géopolitique » insoutenable, estimant que 4,5 % du budget fédéral américain avait été mobilisé à l’époque.
- Prometheus, l’IA au service de l’espace : Bezos a évoqué sa société d’intelligence artificielle, capable d’accélérer les cycles d’ingénierie spatiale, réduisant potentiellement un programme de dix ans à deux ans.
Une vision écologique et économique pour l’espace
Lors de son intervention à VivaTech 2026, Jeff Bezos a présenté la colonisation lunaire comme une solution pour « réconcilier croissance et planète vivable ». Selon lui, « notre planète-jardin peut retrouver son état d’avant la révolution industrielle », à condition de déplacer les industries polluantes hors de la Terre. Euronews FR rapporte que Bezos a souligné l’urgence de cette démarche, rappelant que « c’est le seul domaine où le monde est pire aujourd’hui qu’il y a 500 ans ».
La Lune, située à seulement trois jours et demi de voyage, présente des avantages logistiques majeurs. Sa faible gravité en fait une étape de passage idéale pour les missions vers Mars et au-delà. Bezos a critiqué les programmes spatiaux passés, comme Apollo, jugés trop coûteux et motivés par des enjeux géopolitiques plutôt que par une vision durable. « Quand on brûle les étapes, on ne va pas plus vite », a-t-il déclaré, insistant sur la nécessité d’une installation permanente plutôt qu’éphémère.
Des ressources lunaires stratégiques pour l’exploration spatiale
La surface lunaire regorge de ressources exploitables pour les missions futures. Bezos a mis en avant la glace d’eau, détectable depuis l’orbite et susceptible d’être transformée en oxygène liquide, un ergol indispensable pour les voyages spatiaux. Selon ses calculs, cette production locale réduirait considérablement les coûts par rapport à un acheminement depuis la Terre. Euronews FR précise que la Lune, bombardée par des météorites depuis 4,5 milliards d’années, contient également tous les minéraux nécessaires à la construction d’infrastructures spatiales.
À plus long terme, Bezos envisage la création de grands habitats spatiaux, inspirés des propositions du physicien Gerard O’Neill dans les années 1970. Ces structures pourraient abriter des milliers, voire des millions de personnes, travaillant dans des capacités de calcul, des centrales solaires ou des usines de fabrication de puces électroniques. « Mars et d’autres destinations suivraient, mais seulement une fois la base lunaire en place », a-t-il affirmé. Cette approche progressive vise à établir une présence humaine autonome dans l’espace, réduisant la dépendance à la Terre.
Prometheus : l’intelligence artificielle au service de l’innovation spatiale
Bezos a également évoqué Prometheus, sa société d’intelligence artificielle cofondée en 2025. Contrairement aux modèles de langage traditionnels, Prometheus s’appuie sur des données spécifiques à l’ingénierie, permettant d’accélérer les cycles de développement. Euronews FR indique que cette technologie pourrait potentiellement réduire un programme de dix ans à seulement un an, en compressant les phases de conception et de test.
« La richesse des civilisations a toujours été portée par l’invention », a rappelé Bezos, citant la charrue ou la machine à vapeur comme exemples historiques. Pour lui, l’époque actuelle offre des opportunités inédites, notamment grâce aux avancées technologiques. « Tous les jeunes devraient être enthousiastes », a-t-il lancé, concluant sur un message d’optimisme : « Il n’y a jamais eu de meilleur moment pour être entrepreneur. »
Interrogé sur les alternatives à cette stratégie, Bezos a écarté l’idée d’une « Terre préservée à tout prix », estimant que la croissance économique et la protection de l’environnement n’étaient pas incompatibles, à condition de repenser les modèles industriels. Euronews FR note que cette position s’inscrit dans un débat plus large sur l’avenir de l’humanité, entre exploitation des ressources terrestres et expansion dans l’espace.
Bezos justifie ce choix par plusieurs facteurs. La Lune est 28 fois moins coûteuse en énergie pour en extraire des matériaux, et accessible en trois jours et demi, contre deux ans pour Mars. Sa faible gravité en fait aussi une étape de passage idéale pour les missions lointaines. Enfin, il considère que sauter cette étape reviendrait à « brûler les étapes » sans accélérer réellement la colonisation spatiale.
Blue Origin table sur une première mission habitée vers la Lune d’ici 2030, dans le cadre d’un effort durable et non plus d’un « sprint » comme Apollo. La construction d’une base permanente dépendra des résultats de ces missions initiales, ainsi que des investissements privés et publics. Les technologies comme Prometheus pourraient jouer un rôle clé dans l’accélération de ces projets.