Le tribunal judiciaire de Bobigny a rendu un jugement de relaxe dans une affaire d’agression sexuelle sur mineur, mais les motivations des magistrats, révélées par Libération, suscitent l’indignation. Dans leur décision, les juges estiment que la mère de la victime, décrite comme « plus bohème que bourgeoise », aurait « entraîné son fils dans un délire de victimisation de violences sexuelles ».
Ce qu'il faut retenir
- Un jugement de relaxe a été rendu dans une affaire d’agression sexuelle sur mineur à Bobigny, mais les motivations des magistrats ont choqué.
- Les juges évoquent dans leur décision le profil social de la mère de la victime, la qualifiant de « plus bohème que bourgeoise ».
- Les magistrats estiment que la mère aurait « entraîné son fils dans un délire de victimisation ».
- Les parents, dont le fils accusait son baby-sitter d’agression, ont reçu cette décision le mois dernier.
- Les propos des magistrats, rapportés par Libération, relancent le débat sur les préjugés dans la justice.
Une décision de justice aux motivations controversées
Selon les éléments transmis par Libération, le tribunal judiciaire de Bobigny a rendu sa décision le 22 mai 2026. Les magistrats y expliquent avoir prononcé une relaxe au bénéfice du doute, mais leurs motivations, détaillées dans le jugement, ont rapidement suscité une vive polémique. Les juges y décrivent la mère de la victime comme une femme « plus bohème que bourgeoise », suggérant qu’elle aurait influencé son fils pour qu’il invente des accusations d’agression sexuelle.
« Elle a entraîné son fils dans un délire de victimisation de violences sexuelles », écrivent les magistrats dans leur décision, selon les extraits publiés par Libération. Ces formulations, jugées déplacées par de nombreux observateurs, ont été dénoncées comme une remise en cause abusive de la parole de l’enfant et de ses parents. Aucune preuve matérielle ne venait étayer les allégations des magistrats, qui s’appuient uniquement sur une analyse subjective du profil social de la mère.
Une affaire qui remonte à plusieurs années
L’affaire concerne un enfant, alors âgé de six ans, qui accusait son baby-sitter de l’avoir agressé sexuellement en 2022. Les parents, soutenus par une association spécialisée dans la protection de l’enfance, avaient porté plainte immédiatement après les faits présumés. Une enquête avait été ouverte, mais les investigations n’avaient pas permis d’établir formellement la matérialité des agressions, faute de preuves tangibles.
Côté défense, le baby-sitter, qui nie catégoriquement les faits, avait toujours clamé son innocence. Les enquêteurs n’avaient retrouvé aucune trace physique ou testimoniale corroborant les accusations. Pourtant, dans leur jugement, les magistrats n’hésitent pas à remettre en cause la crédibilité des plaignants, évoquant un « délire de victimisation » et un profil social jugé peu compatible avec leur récit. Une position qui interroge sur les biais possibles dans l’appréciation des faits.
Les réactions indignées des associations et des juristes
Dès la publication des extraits du jugement par Libération, plusieurs associations de défense des droits des enfants et des victimes ont réagi avec indignation. La Fondation pour l’Enfance a dénoncé une « instrumentalisation des préjugés sociaux » par la justice, rappelant que les violences sexuelles sur mineurs sont souvent difficiles à prouver en l’absence de preuves matérielles. « Juger la crédibilité des victimes en fonction de leur milieu social relève d’une grave dérive », a souligné Me Sophie Body, avocate spécialisée dans les affaires de violences sexuelles.
Du côté des professionnels du droit, certains magistrats contactés par Libération ont reconnu que les formulations utilisées dans ce jugement étaient « maladroites » et « potentiellement préjudiciables à l’image de la justice ». Aucun commentaire officiel n’a encore été émis par le parquet de Bobigny ou le ministère de la Justice, mais l’affaire risque de relancer le débat sur la formation des magistrats aux enjeux des violences sexuelles et aux biais inconscients.
Cette décision rappelle, une fois encore, la complexité des affaires de violences sexuelles sur mineurs, où la parole de l’enfant est souvent l’unique preuve disponible. Elle interroge aussi sur la manière dont la justice prend en compte – ou non – les profils sociaux des plaignants dans l’évaluation de leur crédibilité.
Dans leur jugement, les magistrats estiment que la mère de la victime, décrite comme « plus bohème que bourgeoise », aurait influencé son fils pour qu’il invente des accusations. Cette analyse subjective, qui ne repose sur aucune preuve tangible, a été jugée inappropriée par de nombreux observateurs, car elle remet en cause la parole de l’enfant sans fondement juridique.