La mort de Lyhanna, neuf mois après le dépôt d’une plainte pour viols sur mineur, a ravivé les tensions autour de l’efficacité du système judiciaire français. Selon le Figaro, l’ancien juge d’instruction Hervé Lehman dénonce, dans une tribune, l’usage récurrent du « manque de moyens » comme alibi pour éviter d’aborder la responsabilité individuelle des magistrats.
Ce qu'il faut retenir
- Hervé Lehman, ancien juge d’instruction et avocat au barreau de Paris, critique l’argument du « manque de moyens » avancé par la justice après la mort de Lyhanna.
- Une plainte pour viols sur mineur, accompagnée de certificats médicaux, n’a entraîné aucune mesure à l’encontre d’un prédateur sexuel récidiviste.
- Le parquet et les services judiciaires sont pointés du doigt pour leur inaction, selon l’auteur de la tribune.
- L’affaire est présentée comme le symptôme d’une crise démocratique plus large, et non comme un simple fait divers.
Un système judiciaire sous le feu des critiques
Hervé Lehman, auteur de l’ouvrage « Justice, une lenteur coupable » (PUF, 2002), revient sur les dysfonctionnements qui ont entouré l’affaire Lyhanna. Selon lui, invoquer systématiquement le manque de moyens relève d’une stratégie de diversion pour éluder les responsabilités individuelles des magistrats. Neuf mois après le dépôt d’une plainte circonstanciée, assortie de certificats médicaux concluants et portée contre un individu figurant au fichier des antécédents judiciaires pour agressions sexuelles sur mineurs, aucune mesure d’intervention n’a été prise. « C’est inimaginable », s’insurge l’ancien juge, qui souligne l’inaction du parquet et des services judiciaires.
La responsabilité individuelle au cœur du débat
Pour Lehman, la mort de Lyhanna n’est pas seulement le résultat d’un système sous-financé, mais aussi d’une chaîne de défaillances humaines. Il rappelle que la justice, lorsqu’elle est confrontée à des cas aussi graves, se doit d’agir avec célérité et rigueur. Or, dans cette affaire, les procédures ont semble-t-il été marquées par une inertie préoccupante. L’inspection judiciaire devra, le moment venu, préciser le déroulement des opérations et identifier les responsabilités individuelles. Mais pour l’ancien magistrat, le mal est déjà fait : « Le meurtre d’un enfant est épouvantable ; lorsqu’il aurait pu être évité si les personnes concernées avaient fait leur travail, il devient insupportable ».
Une crise démocratique plus profonde
L’affaire Lyhanna dépasse, selon Lehman, le cadre d’un simple fait divers. Elle révèle une crise démocratique sourde et lancinante, où l’inertie des institutions judiciaires alimente un sentiment d’impunité. L’auteur de la tribune appelle à une remise en question des mécanismes internes qui permettent à des dysfonctionnements persistants de perdurer. Pour lui, la justice ne peut plus se cacher derrière des justifications budgétaires pour expliquer son incapacité à protéger les citoyens les plus vulnérables.
— Le discours misérabiliste sur le manque de moyens sert trop souvent de façade, estime-t-il. Il permet d’éviter de poser les bonnes questions. »
Des réactions syndicales et politiques attendues
La tribune d’Hervé Lehman intervient dans un contexte où les syndicats de magistrats et les organisations professionnelles ont systématiquement invoqué le manque de moyens pour expliquer les retards et les dysfonctionnements du système judiciaire. Ces prises de position, souvent relayées par les médias, ont suscité de vives critiques de la part des familles de victimes et des associations de défense des droits de l’enfant. Édouard Philippe, ancien Premier ministre, a récemment appelé à permettre aux ministres de donner des « instructions individuelles » aux procureurs, une mesure visant à clarifier les responsabilités hiérarchiques.
Quant aux associations de victimes, elles maintiennent la pression pour que les responsabilités individuelles soient enfin assumées, quels que soient les obstacles invoqués.
Les conclusions de l’inspection judiciaire sont attendues pour la fin de l’été 2026. Elles devraient préciser le déroulement des procédures et identifier les éventuelles fautes professionnelles.
Selon lui, cet argument sert trop souvent à masquer les défaillances individuelles des magistrats et à éviter toute remise en question des pratiques internes. Pour Lehman, la justice doit assumer ses responsabilités, quelles que soient les contraintes budgétaires.