La performance en kite-foil féminin passe désormais par une gestion rigoureuse du poids, un changement de paradigme qui a suivi les Jeux olympiques de Paris 2024. Grâce à un soutien financier de FDJ-United, trois kite-foileuses de l’équipe de France bénéficient d’un accompagnement personnalisé, alliant suivi nutritionnel et soutien psychologique. Une initiative née d’un constat alarmant : la course effrénée à la prise de masse des années précédentes a laissé des séquelles physiques et mentales chez de nombreuses athlètes, comme le rapporte Franceinfo - Sport.

Ce qu'il faut retenir

  • Trois kite-foileuses françaises (Lauriane Nolot, Lysa Caval et Zoé Boutang) bénéficient d’un suivi nutritionnel et psychologique depuis 2024, financé à hauteur de 20 000 euros par FDJ-United.
  • La prise de poids rapide, souvent réalisée via un surplus alimentaire, a entraîné des effets délétères : fatigue chronique, troubles digestifs et dégoût de la nourriture chez certaines athlètes.
  • L’objectif est désormais une prise de masse musculaire contrôlée, avec un accompagnement individualisé pour préserver la santé mentale et l’image corporelle des sportives.
  • Les Mondiaux 2026, qui débutent ce 11 mai au Portugal, seront l’occasion d’évaluer les premiers résultats de cette méthode sur la performance.
  • Une nouvelle réglementation internationale a été obtenue en 2025 : la taille des voiles a été réduite, permettant aux athlètes de mieux gérer leur poids sans sacrifier leur performance.

Le poids, un facteur clé désormais identifié

Dans le kite-foil, discipline olympique depuis Paris 2024, la maîtrise du poids est devenue un enjeu majeur. Lauriane Nolot, vice-championne olympique en 2024, reconnaît avoir pris de la masse grasse par manque de temps pour la musculation. « J’ai compris très tard que le poids était hyper important pour maîtriser la voile », confie-t-elle. Après les Jeux, l’entraîneur national Pascal Chaullet a découvert une « souffrance terrible » chez les kiteuses, liée à des pratiques extrêmes de prise de poids.

Ces méthodes, souvent adoptées dans l’urgence avant les compétitions, ont conduit à des effets contre-productifs. Lysa Caval, médaillée de bronze aux championnats d’Europe 2025, évoque un dégoût de la nourriture après les épreuves : « Quand je rentrais de compétition, je n’avais plus du tout envie de manger. On n’arrivait jamais à savoir à quoi on ressemblait. » Un différentiel de cinq kilos entre les périodes de compétition et d’entraînement rendait la vie quotidienne compliquée, tant sur le plan physique que mental.

Un accompagnement sur mesure pour briser le cycle de la souffrance

Face à cette situation, Pascal Chaullet a sollicité un soutien auprès de FDJ-United, partenaire historique de la haute performance féminine. Le projet, validé en 2025, vise à « accompagner les kiteuses dans leur transformation physique basée sur une prise de masse musculaire, dans le respect de leur intégrité physique et mentale », précise le coach. Trois athlètes – Lauriane Nolot, Lysa Caval et Zoé Boutang – sont suivies par une nutritionniste et une psychologue, avec un budget de 20 000 euros alloué pour deux ans.

La nutritionniste Laurie-Anne Marquet, spécialiste du sport, a d’abord réalisé un bilan individuel de chaque athlète. « L’objectif est d’aller vers une prise de masse musculaire plutôt que grasse, explique-t-elle. On travaille aussi sur l’équilibre alimentaire, la préservation de la santé et les apports en macro et micronutriments. » Les athlètes reçoivent désormais des programmes nutritionnels adaptés, avec des idées de menus pour les différentes phases d’entraînement, de compétition ou de récupération. Lysa Caval souligne l’amélioration ressentie : « Avant, on n’avait pas de vision sur les quantités. Maintenant, on sait qu’il faut manger suffisamment de protéines, et c’est beaucoup mieux. »

Le défi psychologique : réconcilier performance et bien-être

Le suivi psychologique, assuré par Patricia Bertolino, s’est rapidement révélé indispensable. Dans une vidéo diffusée sur Instagram, Zoé Boutang évoque les difficultés liées à son poids en dehors des périodes de compétition : « Quand tu dis que tu fais plus de 70 kilos, ça craint. » Les kiteuses, souvent confrontées à leurs homologues masculins lors des repas, doivent aussi gérer des comparaisons complexes. « Certains mangent à fond car ils n’arrivent pas à prendre du poids. Nous, on essaie de faire ça bien », explique Lysa Caval.

La psychologue a donc axé son travail sur le rapport au corps et à l’image de soi. « Même si elles comprennent l’intérêt pour la performance, elles restent des femmes avant tout, souligne Laurie-Anne Marquet. Avec davantage de muscles, on ne met plus les mêmes vêtements, et certaines voient ça comme un attribut masculin. Il faut y aller parfois doucement. » Pour éviter un stress inutile, la nutritionniste évite de fixer un objectif de poids précis, préférant une fourchette adaptée aux sensations de chaque athlète sur l’eau.

« Notre objectif est d’amener l’athlète au niveau de performance le plus élevé et en bonne santé, en incluant là le bien-être psychologique et mental. »
Laurie-Anne Marquet, nutritionniste

Des changements concrets sur l’eau et en compétition

Les premiers résultats de cette méthode commencent à se voir. Lors de la semaine olympique d’Hyères fin avril 2026, Lauriane Nolot et Lysa Caval ont respectivement remporté l’or et le bronze, confirmant leur bonne forme physique et mentale. « Je suis autour de 70 kilos et j’aimerais tendre vers 75, en ne faisant plus le yoyo », confie Lysa Caval, soulagée par les avancées obtenues. Cette dernière se réjouit aussi d’avoir pu aborder ce sujet avec ses entraîneurs, un tabou longtemps ignoré dans la discipline.

Autre avancée majeure : la Fédération internationale de voile a accepté en 2025 de réduire la taille des voiles utilisées par les athlètes féminines. « Avant, toutes les filles voulaient être à 80 kg, maintenant c’est bien d’être à 70 », explique Lysa Caval. Cette mesure, obtenue après une mobilisation collective des kiteuses, permet de limiter la course effrénée à la prise de poids tout en maintenant la performance. « Quand on regarde la flotte, il y a une athlétisation des concurrentes », observe-t-elle.

Et maintenant ?

Les Mondiaux de kite-foil, qui débutent ce 11 mai 2026 au Portugal, seront l’occasion de tester la solidité de cette nouvelle approche. Pascal Chaullet mise également sur l’innovation matérielle, notamment au niveau des planches, pour offrir plus de latitude aux athlètes. « On a fait des tests avec des capteurs pour voir quels muscles on utilise », détaille Lysa Caval. Ces données permettront d’affiner les programmes d’entraînement et d’optimiser la performance sans sacrifier la santé. Reste à voir si cette méthode, encore récente, s’imposera durablement dans le paysage du kite-foil mondial.

Si les résultats obtenus en 2026 confirment les espoirs placés dans ce projet, il pourrait servir de modèle pour d’autres disciplines où le poids joue un rôle clé. Pour l’heure, les athlètes françaises abordent ces Mondiaux avec une confiance retrouvée, mais aussi une vigilance accrue quant à leur équilibre physique et mental.

Dans le kite-foil, un poids plus élevé permet une meilleure maîtrise de la voile et une vitesse accrue. Beaucoup d’athlètes ont donc opté pour une prise de masse rapide, souvent via un surplus alimentaire, sans toujours prendre en compte les conséquences sur la santé ou la performance à long terme.

Les trois kite-foileuses suivies continueront leur programme jusqu’en 2027, avec un suivi régulier de leur nutritionniste et psychologue. Les Mondiaux 2026 serviront de première évaluation globale, avant une éventuelle généralisation de la méthode à l’ensemble de l’équipe de France.