Le limogeage du patron des éditions Grasset et le rachat du groupe UGC par des investisseurs proches de la droite réactionnaire illustrent une stratégie mûrie dès les années 1970 : la métapolitique. Selon Le Monde – Politique, cette approche vise à diffuser une idéologie dans tous les champs culturels pour en imprégner durablement les esprits. Autant dire que cette offensive ne se limite plus aux cercles intellectuels, mais s’étend désormais aux sphères médiatiques et artistiques.
Ce qu'il faut retenir
- Naissance dans les années 1970 : des intellectuels d’extrême droite préconisent une infiltration systématique des milieux culturels pour façonner les mentalités.
- Changement d’échelle : cette stratégie, autrefois théorique, se concrétise aujourd’hui par des prises de contrôle dans l’édition et le cinéma.
- Cas emblématiques : limogeage du directeur de Grasset et acquisition d’UGC par des acteurs liés à la droite réactionnaire.
- Objectif affiché : transformer durablement le paysage culturel pour le rendre compatible avec une vision politique conservatrice.
Une doctrine née dans l’ombre des années 1970
L’idée de métapolitique émerge au sein de cercles intellectuels d’extrême droite, portés par des figures comme Alain de Benoist, fondateur de la Nouvelle Droite. Leur ambition ? Ne pas se contenter de conquérir le pouvoir politique, mais infiltrer les médias, les universités et les maisons d’édition pour y imposer une vision du monde. « L’enjeu n’est pas seulement électoral, mais civilisationnel », expliquait ce dernier dans un entretien accordé à Le Figaro en 1979. Aujourd’hui, cette théorie trouve un écho concret dans les stratégies de certains groupes éditoriaux et cinématographiques.
De la théorie à la pratique : les leviers de l’influence
Deux secteurs symbolisent cette offensive : l’édition et le cinéma. Côté livres, le départ controversé de Guillaume Robert de la direction des éditions Grasset, en mars 2025, a suscité des interrogations. Officiellement présenté comme une restructuration, ce limogeage coïncide avec l’arrivée d’un actionnaire proche de milieux conservateurs. Dans le même temps, le groupe UGC, spécialisé dans la distribution cinématographique, a été racheté par un consortium incluant des investisseurs liés à la droite réactionnaire. Ces mouvements, bien que distincts, s’inscrivent dans une logique commune : contrôler les canaux de diffusion culturelle.
— Ces prises de position s’inscrivent dans un contexte plus large de recomposition du paysage médiatique, où les lignes idéologiques deviennent de plus en plus poreuses. —
Une stratégie aux effets durables
Les défenseurs de la métapolitique estiment que les idées mettent des décennies à s’imposer, mais que leurs effets, une fois ancrés, sont difficilement réversibles. « La culture est un terrain de bataille bien plus efficace que les urnes », rappelle Jean-Yves Camus, politologue spécialiste de l’extrême droite. Cette approche explique pourquoi les milieux artistiques et intellectuels sont devenus des cibles privilégiées. Les choix éditoriaux, les programmations cinématographiques ou les lignes éditoriales des médias sont autant de leviers pour diffuser un récit compatible avec une vision traditionaliste de la société.
Dans l’immédiat, les prochaines étapes pourraient inclure le rachat d’autres groupes médiatiques ou l’émergence de nouveaux éditeurs aux lignes éditoriales alignées sur cette mouvance. La question n’est plus seulement de savoir qui contrôle ces secteurs, mais bien quelle idéologie ils serviront demain.
La métapolitique désigne une stratégie visant à diffuser une idéologie dans tous les champs culturels (médias, arts, éducation) pour en transformer durablement les mentalités. Contrairement à la politique traditionnelle, elle ne cherche pas seulement à gagner des élections, mais à façonner une société conforme à ses valeurs.