Six ans après la remise de ses 149 propositions au gouvernement, l’expérience de la Convention citoyenne pour le climat (CCC) continue de diviser. Selon Ouest France, deux de ses anciens membres, Grégoire Fraty et Gregory Oliveira Dos Santos, livrent aujourd’hui un bilan amer de cette initiative participative. Entre trahisons perçues, postures politiques et manque d’avancées concrètes, leur témoignage révèle les tensions persistantes autour de ce dispositif inédit.

Ce qu'il faut retenir

  • 149 propositions élaborées par 150 citoyens tirés au sort ont été remises au gouvernement en juin 2020.
  • Le rapport final dépassait 500 pages, détaillant chaque mesure proposée pour accélérer la transition écologique.
  • Grégoire Fraty et Gregory Oliveira Dos Santos, deux anciens participants, qualifient aujourd’hui cette expérience de « décevante ».
  • Les deux hommes dénoncent un manque de suivi des propositions par les autorités politiques.
  • Leur critique porte aussi sur les postures adoptées par certains acteurs institutionnels lors des échanges.

Une promesse démocratique en demi-teinte

Lancée en octobre 2019, la Convention citoyenne pour le climat avait pour ambition de donner la parole aux citoyens sur des mesures climatiques ambitieuses. 150 Français tirés au sort – représentant la diversité du pays – se sont réunis pendant plusieurs mois pour élaborer un plan d’action. Leur travail aboutit en juin 2020 à la remise d’un rapport de plus de 500 pages, contenant 149 propositions couvrant des domaines variés : transports, logement, alimentation ou fiscalité.

Pourtant, comme le rappelle Grégoire Fraty, l’un des participants, « on nous avait promis que nos propositions seraient transmises sans filtre au gouvernement. Mais six ans plus tard, force est de constater que peu de choses ont été mises en œuvre ». Son constat rejoint celui de Gregory Oliveira Dos Santos, qui évoque une « trahison des attentes initiales ».

Des critiques ciblées sur le suivi politique

Les deux anciens membres pointent du doigt le manque de concrétisation des mesures proposées. Parmi les mesures phares figuraient la réduction de la vitesse sur les autoroutes, l’interdiction des vols courts ou encore la rénovation thermique des bâtiments. Or, selon eux, seule une minorité de ces propositions a été reprise par l’exécutif.

Gregory Oliveira Dos Santos précise : « On nous a fait croire que notre voix comptait. Mais dans les faits, les décisions finales relevaient davantage des arbitrages politiques que des recommandations citoyennes ». Il cite en exemple le sort réservé à la taxe carbone, initialement soutenue par la CCC, avant d’être abandonnée sous la pression des gilets jaunes en 2018.

Les postures politiques pointées du doigt

Au-delà des résultats, les deux anciens participants dénoncent les stratégies de communication déployées par certains responsables politiques lors des échanges avec la Convention. Grégoire Fraty évoque des « postures calculées » pour éviter d’endosser des mesures impopulaires. « Certains élus venaient avec des discours préparés, mais sans réelle volonté d’écouter. On avait l’impression d’être des figurants dans une pièce de théâtre », confie-t-il.

Cette critique vise particulièrement les interventions lors des auditions publiques, où des ministres et députés auraient privilégié les effets d’annonce aux débats constructifs. Un constat partagé par d’autres anciens membres, bien que non cités dans l’article.

Un deuil à faire pour les participants

Pour Gregory Oliveira Dos Santos, l’échec relatif de la CCC s’apparente à un « deuil ». Il explique : « Nous avons investi du temps, de l’énergie et de l’espoir dans ce projet. Voir que peu de choses ont changé est difficile à accepter ». Grégoire Fraty abonde dans ce sens, estimant que cette expérience a surtout servi à « donner l’illusion d’une démocratie participative » sans en concrétiser les promesses.

Pour autant, tous deux reconnaissent que la CCC a permis de faire émerger des idées nouvelles dans le débat public. Reste que leur sentiment de frustration persiste, d’autant que certaines propositions, comme la limitation à 50 km/h sur les routes, ont été expérimentées puis abandonnées faute de soutien politique.

Et maintenant ?

Alors que la question climatique reste au cœur des enjeux politiques, l’héritage de la CCC pourrait inspirer de futures initiatives participatives. Les deux anciens membres appellent à une meilleure transparence dans le suivi des propositions citoyennes. Pour Gregory Oliveira Dos Santos, « il faudrait des mécanismes contraignants pour s’assurer que les décisions ne soient pas uniquement dictées par des considérations électoralistes ». Les prochaines élections et les engagements climatiques des partis pourraient redonner un souffle à ce débat.

En conclusion, le bilan de la Convention citoyenne pour le climat reste contrasté. Si elle a marqué les esprits par son approche inédite, son impact réel sur les politiques publiques semble limité aux yeux de ses anciens participants. Pour eux, l’expérience soulève une question de fond : dans une démocratie, la parole citoyenne doit-elle rester un exercice de style ou devenir un levier d’action ?

Parmi les 149 mesures figuraient la réduction de la vitesse sur autoroutes à 110 km/h, l’interdiction des vols domestiques quand une alternative en train existe en moins de 4h, la rénovation thermique obligatoire des logements ou encore la création d’un « chèque alimentation durable » pour les ménages modestes.