Selon Franceinfo - Sciences, la nuit « naturelle » disparaît peu à peu de la surface terrestre, remplacée par une luminosité artificielle toujours plus intense. Les observations satellites révèlent une augmentation continue de l’éclairement nocturne, au point que plus d’un tiers de l’humanité ne voit plus la Voie lactée depuis son lieu de résidence.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus de 99 % de la population européenne et 80 % des habitants de l’Amérique du Nord vivent sous un ciel pollué par la lumière artificielle.
  • Le phénomène s’étend désormais aux pays émergents, où l’urbanisation rapide accroît l’éclairement nocturne de plus de 2 % par an.
  • L’indice de pollution lumineuse a augmenté de 6 % entre 2014 et 2022, d’après les données du satellite Suomi NPP.
  • En France, 96 % du territoire est concerné par une luminosité nocturne supérieure aux seuils recommandés pour préserver la biodiversité.

Une expansion mondiale de la lumière artificielle

D’après les relevés du satellite américain Suomi NPP, équipé d’un capteur VIIRS (Visible Infrared Imaging Radiometer Suite), l’intensité lumineuse nocturne a progressé de plus de 2 % par an entre 2012 et 2022. Cette tendance touche particulièrement les zones urbaines, où la densité des sources de lumière (éclairage public, enseignes, bâtiments) ne cesse de croître. Les pays en développement, comme l’Inde ou la Chine, enregistrent les hausses les plus marquées, avec des augmentations locales dépassant 10 % en une décennie.

Les régions les moins touchées restent certaines zones d’Afrique subsaharienne et d’Amérique du Sud, où l’accès à l’électricité reste inégal. Cependant, même dans ces territoires, les grandes villes comme Lagos ou São Paulo voient leur halo lumineux s’étendre rapidement. « La lumière artificielle est devenue un marqueur visible de l’activité humaine », a indiqué Fabio Falchi, chercheur à l’Institut de science et de technologie de la pollution lumineuse en Italie, cité par Franceinfo - Sciences.

Des conséquences mesurables sur l’environnement et la santé

La pollution lumineuse n’affecte pas seulement la visibilité des étoiles. Elle perturbe également les écosystèmes nocturnes, en modifiant les cycles naturels des espèces animales et végétales. Les oiseaux migrateurs, les insectes pollinisateurs et même les mammifères sont sensibles aux variations de luminosité. Une étude publiée en 2025 dans la revue Nature Ecology & Evolution souligne que 60 % des espèces d’invertébrés nocturnes voient leurs populations décliner en raison de l’éclairage artificiel.

Chez l’humain, l’exposition prolongée à la lumière nocturne est associée à des troubles du sommeil, à un risque accru de dépression et à des perturbations du système hormonal. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) classe désormais la pollution lumineuse parmi les « perturbateurs environnementaux » majeurs. « Les effets sur la santé sont sous-estimés, car ils s’étalent sur des décennies », a précisé le Dr Sylvie Royant-Parola, spécialiste du sommeil, interrogée par Franceinfo - Sciences.

Des solutions existent, mais leur mise en œuvre reste limitée

Plusieurs pistes sont explorées pour limiter l’impact de la pollution lumineuse. La première consiste à réduire l’éclairage public non essentiel, notamment entre minuit et 5 heures du matin. Des villes comme Tucson (États-Unis) ou Flagstaff (Arizona) ont déjà adopté des politiques d’extinction partielle, avec des résultats tangibles : une baisse de 30 % de la luminosité nocturne locale. L’utilisation de LED à spectre rouge, moins perturbateur pour la faune, se généralise également.

En Europe, la directive européenne sur l’éclairage extérieur, révisée en 2023, impose désormais aux États membres de limiter l’éclairage nocturne dans les zones protégées. Cependant, son application reste inégale. En France, seulement 20 % des communes ont mis en place des mesures concrètes pour réduire la pollution lumineuse, selon le bilan 2025 de l’Association nationale pour la protection du ciel et de l’environnement nocturnes (ANPCEN). « Le cadre légal existe, mais son respect dépend de la volonté politique locale », a souligné l’association dans un communiqué.

Et maintenant ?

La prochaine étape clé pourrait intervenir en 2027, avec la publication du prochain rapport de l’ONU sur la pollution lumineuse. Ce document devrait dresser un bilan actualisé de l’évolution du phénomène et proposer des recommandations aux États. Par ailleurs, l’Agence spatiale européenne (ESA) prépare une mission satellite dédiée à la mesure de la luminosité nocturne, dont les premiers résultats sont attendus pour 2028. Dans l’intervalle, les associations de protection de l’environnement appellent à une prise de conscience collective, estimant que « chaque watt économisé compte ».

Selon les données de Franceinfo - Sciences, les zones les moins affectées se situent principalement en Afrique subsaharienne (notamment au Tchad, en République centrafricaine et au Mali), ainsi que dans certaines régions d’Amérique du Sud, comme le centre de l’Amazonie brésilienne ou les hauts plateaux andins.