La Suède, qui produit 99 % de son électricité à partir de sources à faibles émissions de carbone en 2025, est pourtant le pays le plus exposé à une campagne de désinformation ciblant l’énergie éolienne en Europe. Selon une étude publiée ce 6 mai 2026 par Euronews FR, relayant les travaux de WindEurope et de l’entreprise spécialisée CASM Technology, près de 7 000 messages anti-éoliens ont été identifiés en Suède entre mai 2024 et février 2026. Ce phénomène, qui s’inscrit dans un mouvement plus large touchant toute l’Europe, pourrait compromettre la transition énergétique du continent.

Ce qu'il faut retenir

  • La Suède a couvert 99 % de ses besoins électriques en 2025 grâce à l’hydroélectricité (40 %), au nucléaire (27 %), à l’éolien (23 %) et au solaire (2 %), avec seulement 1,2 % de combustibles fossiles.
  • Une analyse de 42 000 publications sur les réseaux sociaux révèle que 68 % des contenus anti-éoliens en Europe relèvent de la désinformation ou de la mésinformation.
  • Le Royaume-Uni est le pays où ces publications génèrent le plus d’interactions, devant l’Allemagne et la France, tandis que la Suède arrive en septième position avec 419 000 interactions actives.
  • Les principaux récits de désinformation associent l’éolien à des fraudes, des menaces pour l’environnement, une inefficacité économique ou une imposition illégitime par des élites.
  • Une étude radar sur 4 millions de trajectoires d’oiseaux montre que plus de 99,8 % d’entre eux évitent les éoliennes, contredisant les allégations de danger pour la faune.
  • Les auteurs de l’étude alertent sur le risque que ces campagnes retardent la transition énergétique européenne, affaiblissant la sécurité énergétique du continent.

Un modèle énergétique suédois salué, mais contesté

Avec un mix électrique composé à 99 % de sources renouvelables et faiblement carbonées en 2025, la Suède affiche un bilan énergétique exceptionnel au sein de l’Union européenne. Selon les données du groupe de réflexion Ember, citées par Euronews FR, l’hydroélectricité représente 40 % de cette production, devant le nucléaire (27 %), l’éolien (23 %) et le solaire (2 %). Les émissions de CO₂ par habitant du pays sont ainsi bien inférieures à la moyenne européenne, grâce à un recours minimal aux énergies fossiles (1,2 % seulement).

Pourtant, ce modèle est aujourd’hui la cible d’une offensive médiatique sans précédent. Une enquête approfondie, menée par WindEurope et CASM Technology, a passé au crible 42 000 publications sur les réseaux sociaux — de Facebook à TikTok en passant par X (ex-Twitter) et YouTube — publiées entre mai 2024 et février 2026. Résultat : 6,3 millions d’interactions actives ont été recensées, dont une majorité de contenus hostiles à l’éolien.

Désinformation et mésinformation : deux visages d’une même menace

L’étude distingue deux types de contenus hostiles à l’éolien : la mésinformation, qui désigne des informations fausses ou sorties de leur contexte, et la désinformation, qui relève d’une volonté délibérée de tromper. En Suède, près de 7 000 messages de ce type ont été identifiés, soit le volume le plus élevé d’Europe, devant la France, la Norvège, la Finlande, le Royaume-Uni et l’Allemagne. À eux six, ces pays totalisent 75 % des publications anti-éoliennes analysées.

Cependant, les pays produisant le plus de contenus ne sont pas toujours ceux qui suscitent le plus de réactions. Ainsi, la Pologne, la Bulgarie ou la Slovaquie génèrent moins de publications, mais celles-ci obtiennent un engagement bien plus fort. Le Royaume-Uni arrive en tête des interactions, devant l’Allemagne, la Norvège et la France. La Suède, elle, se classe septième avec 419 000 interactions actives.

Quatre grands récits pour discréditer l’éolien

Les auteurs de l’étude ont identifié quatre catégories principales de désinformation autour de l’éolien. Les plus répandues sont les récits de fraude et d’atteinte à la démocratie, qui dépeignent les promoteurs de projets éoliens comme des acteurs cupides imposant leur vision à des populations réticentes. Ces récits s’appuient souvent sur des théories du complot, accusant les élites politiques ou économiques de manipuler les décisions locales.

Viennent ensuite les récits de destruction environnementale, qui présentent les éoliennes comme une menace majeure pour la faune et les écosystèmes. Pourtant, une étude récente, basée sur l’analyse de 4 millions de trajectoires d’oiseaux via des radars et des caméras à intelligence artificielle, démontre que 99,8 % des oiseaux migrateurs évitent les éoliennes. Les bénéfices écologiques globaux de l’éolien — en termes de réduction des émissions de CO₂ — restent donc largement supérieurs aux perturbations locales.

Enfin, les récits d’inviabilité technologique et d’échec économique accusent l’éolien de déstabiliser les réseaux électriques et de générer des coûts exorbitants. Ces allégations ont été largement démenties, notamment après la panne majeure survenue en Espagne et au Portugal en avril 2025, dont le rapport final de l’ENTSO-E (Réseau européen des gestionnaires de réseaux) a exclu toute responsabilité des éoliennes.

Un écosystème européen de la désinformation

Selon Euronews FR, ces campagnes s’inscrivent dans un écosystème européen regroupant médias, responsables politiques, organisations de la société civile et militants individuels. Les auteurs de l’étude mettent en garde contre les risques systémiques de cette désinformation : retard dans la transition énergétique, affaiblissement de la compétitivité européenne et menace pour la sécurité énergétique du continent. Dans un contexte géopolitique tendu — notamment avec la guerre en Ukraine et les tensions avec l’Iran —, une dépendance accrue aux énergies fossiles pourrait fragiliser l’Europe face à ses adversaires.

Les responsables politiques ne sont pas en reste : certains exploitent ces sentiments anti-éoliens à des fins électorales, comme l’a illustré l’administration de Donald Trump aux États-Unis, qui a bloqué des projets d’éolien en mer au nom de la sécurité nationale. En Europe, des cas extrêmes ont déjà conduit à des blocages concrets. En Bulgarie, la municipalité de Vetrino a instauré un moratoire sur l’éolien, stoppant un projet de 500 MW (1,2 milliard d’euros) sous prétexte que les éoliennes provoqueraient des cancers ou des épidémies — des allégations sans fondement.

Quand la désinformation bascule dans la violence

Le rapport alerte sur un risque plus préoccupant encore : l’instrumentalisation de ces récits pourrait conduire à des attaques contre les infrastructures éoliennes. Les auteurs soulignent que des messages radicaux, présentant les projets renouvelables comme des menaces existentielles, normalisent la violence. « Une fois ces récits installés, le sabotage et l’intimidation sont de plus en plus présentés comme des formes de résistance légitimes », avertissent-ils.

Cette dynamique est déjà observable dans certains pays. En France, en Allemagne ou en Suisse, des sondages révèlent que 50 % des citoyens ou plus estiment que les voitures électriques sont aussi polluantes que les véhicules thermiques — une idée largement contredite par les experts. De même, une majorité de Suisses, d’Allemands ou de Néerlandais croit que les énergies renouvelables feront augmenter leur facture d’électricité, alors que l’Agence internationale de l’énergie (AIE) confirme l’inverse. Selon une enquête de l’Union européenne, plus de 80 % des Européens ont été exposés à de fausses informations sur le climat au cours de la semaine écoulée.

Et maintenant ?

Les prochains mois seront décisifs pour évaluer l’impact réel de cette désinformation. Plusieurs échéances pourraient influencer la trajectoire de la transition énergétique en Europe. D’abord, les décisions politiques attendues en 2026, notamment sur les subventions aux énergies renouvelables, pourraient être influencées par la montée des discours anti-éoliens. Ensuite, le lancement de nouveaux projets éoliens terrestres et offshore en Suède, en France et en Allemagne sera scruté à la loupe : leur succès ou leur échec pourrait renforcer ou affaiblir les campagnes de désinformation. Enfin, l’Union européenne devrait renforcer ses mécanismes de lutte contre les fake news, un enjeu clé pour préserver le débat démocratique et la sécurité énergétique du continent.

L’équilibre entre transition écologique et acceptation sociale des projets renouvelables reste fragile. Si les fake news anti-éoliennes continuent de prospérer, c’est l’ensemble de la stratégie énergétique européenne qui pourrait être compromis — au moment où le continent cherche précisément à réduire sa dépendance aux énergies fossiles.

La mésinformation désigne des informations fausses ou sorties de leur contexte, présentées comme factuelles sans volonté de tromper. La désinformation, en revanche, est une information intentionnellement fausse, diffusée dans le but de manipuler l’opinion publique. Dans le cas de l’éolien, les deux phénomènes se mêlent souvent pour discréditer les projets.

La Suède est le pays ayant produit le plus grand nombre de messages anti-éoliens en Europe (7 000 publications entre 2024 et 2026). Cette exposition s’explique par un contexte politique et médiatique particulièrement réceptif à ces discours, ainsi que par une forte mobilisation des opposants locaux aux projets éoliens, notamment dans les zones rurales.