Moscou a inscrit, le 12 mai 2026, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) sur la liste des « organisations indésirables », selon Le Figaro. Une décision annoncée par le ministère russe de la Justice, après une qualification de l’ONG par le bureau du procureur général le 28 avril. Cette mesure interdit tout contact avec cette organisation en Russie sous peine de poursuites judiciaires pouvant aller jusqu’à six ans de prison.
Ce qu'il faut retenir
- Date clé : Le CPJ a été inscrit sur la liste noire le 12 mai 2026, après une décision du procureur général russe le 28 avril.
- Conséquences juridiques : Toute coopération ou simple mention de l’ONG en Russie expose à des poursuites pouvant aller jusqu’à six ans de prison.
- Fondement légal : Une loi de 2015 en Russie encadre cette notion d’« organisations indésirables », principalement étrangères.
- Objectif affiché : Le Kremlin vise à restreindre l’accès des Russes à des informations indépendantes, selon le CPJ.
- Réaction internationale : L’ONG dénonce une manœuvre visant à étouffer la liberté de la presse et promet de poursuivre son travail de documentation.
Une ONG historique dans le viseur du Kremlin
Fondé en 1981 à New York, le CPJ est une organisation non gouvernementale dédiée à la défense de la liberté de la presse et à la sécurité des journalistes dans le monde. Ses missions incluent la documentation des attaques, arrestations et assassinats de professionnels des médias, ainsi que le soutien aux journalistes victimes de répression. L’ONG publie régulièrement des rapports sur la liberté de la presse par pays, offrant une analyse indépendante des atteintes à ce droit fondamental.
Selon Le Figaro, cette décision s’inscrit dans une stratégie plus large du Kremlin pour contrôler l’information sur son territoire. Le ministère russe de la Justice a justifié cette inscription en qualifiant le CPJ de « menace pour la Russie », une formulation utilisée pour justifier l’inscription d’autres organisations étrangères sur cette liste noire.
Des sanctions lourdes pour les contacts avec ces organisations
La loi russe de 2015 définit les « organisations indésirables » comme des entités étrangères dont les activités sont considérées comme une menace pour la sécurité nationale. Toute collaboration active ou financière avec ces structures, y compris la simple republication de leurs informations, est passible de poursuites. « La moindre référence à une telle organisation ou la simple republication d’informations provenant de l’une d’elles suffit à déclencher des poursuites », précise Reporter Sans Frontières (RSF), cité par Le Figaro.
Cette mesure s’ajoute à un arsenal législatif déjà strict en Russie, où les associations locales et internationales œuvrant pour les droits humains ou la liberté de la presse sont régulièrement ciblées. Depuis 2015, des centaines d’ONG, de médias et de think tanks ont été inscrits sur cette liste, limitant considérablement leur marge de manœuvre dans le pays.
Le CPJ dénonce une attaque contre la liberté de la presse
« En inscrivant le Comité pour la protection des journalistes sur sa liste des ‘‘organisations indésirables’’, le Kremlin montre une fois de plus sa détermination à réprimer le journalisme et à empêcher les citoyens russes d’avoir accès à des informations indépendantes », a déclaré Jodie Ginsberg, directrice du CPJ, dans un communiqué. Elle a ajouté que l’ONG continuerait à documenter les violations de la liberté de la presse en Russie, tout en soutenant les journalistes indépendants résistant à la propagande d’État.
Le CPJ a tenté de contacter le ministère russe de la Justice pour obtenir des clarifications, mais n’a reçu aucune réponse à ce stade. Cette absence de dialogue reflète l’opacité des autorités russes sur ces questions, où les décisions sont rarement motivées publiquement.
Un contexte déjà tendu pour les médias en Russie
Cette décision s’inscrit dans un environnement déjà très restrictif pour les médias en Russie. Selon RSF, le pays occupe la 164e place sur 180 dans le classement mondial de la liberté de la presse en 2026. Les journalistes indépendants et les médias critiques envers le pouvoir sont régulièrement harcelés, emprisonnés ou contraints à l’exil. Les lois sur la « désinformation » et les « agents de l’étranger » sont fréquemment utilisées pour museler les voix dissidentes.
Dans ce paysage, des organisations comme le CPJ jouent un rôle crucial en documentant les abus et en offrant un soutien aux professionnels menacés. Leur inscription sur la liste noire illustre la volonté du Kremlin de couper les Russes de toute source d’information alternative, au mépris des standards internationaux en matière de droits humains.
Pour l’heure, la priorité de l’ONG reste de protéger les journalistes encore présents sur le terrain et de poursuivre son travail de documentation, malgré les obstacles juridiques croissants. La communauté internationale, notamment les organisations de défense des droits humains, devrait suivre de près l’évolution de cette affaire dans les semaines à venir.
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Cette mesure s’ajoute à une série de restrictions récentes visant à contrôler davantage l’information en Russie. En avril 2026, le Kremlin avait déjà restreint l’accès à internet dans les grandes villes russes, limitant l’utilisation de messageries, d’applications bancaires et de navigateurs étrangers. Ces restrictions, combinées à l’inscription du CPJ sur la liste noire, confirment une stratégie globale de verrouillage de l’espace médiatique.
À l’heure où la désinformation et la propagande d’État jouent un rôle central dans la stratégie de communication du pouvoir russe, cette décision envoie un signal clair : toute source d’information indépendante est désormais considérée comme une menace. Pour les défenseurs de la liberté de la presse, la bataille pour l’accès à une information libre en Russie s’annonce plus difficile que jamais.
Une « organisation indésirable » est une entité étrangère considérée par le Kremlin comme une menace pour la sécurité nationale de la Russie. Cette notion, définie par une loi de 2015, permet aux autorités d’interdire toute collaboration avec ces structures et de poursuivre toute personne ou organisation qui les mentionnerait ou coopérerait avec elles. Les peines encourues peuvent aller jusqu’à six ans de prison.
Les journalistes russes risquent désormais une répression accrue s’ils travaillent avec des organisations inscrites sur la liste des « indésirables », comme le CPJ. Ils pourraient être accusés de collaboration avec une entité « hostile » et faire l’objet de poursuites. Cette mesure s’ajoute à un arsenal législatif déjà très strict contre les médias indépendants.