Inauguré le 20 juin 2006, le musée du Quai Branly-Jacques Chirac célèbre cette année deux décennies d’existence. Consacré aux « arts premiers » et aux cultures du monde, l’établissement parisien organise trois jours de festivités à partir de ce vendredi 20 juin, comme le rapporte France 24. Entre expositions mémorables, débats sur la restitution des biens culturels issus de la colonisation et polémiques, le musée a marqué l’histoire culturelle française en défendant une vision universelle du patrimoine.
Ce qu'il faut retenir
- 20 juin 2006 : date d’inauguration du musée du Quai Branly, voulu par Jacques Chirac.
- Dédié aux « arts premiers » et aux cultures du monde entier.
- Anniversaire célébré du 20 au 22 juin 2026 avec des événements exceptionnels.
- Restitution de biens culturels pillés pendant la colonisation : un dossier central depuis 2018.
- Expositions marquantes comme celle de 2021 sur les masques africains.
- Une institution au cœur de débats sur la décolonisation des musées.
Une création politique et culturelle ambitieuse
Le musée du Quai Branly, officiellement baptisé en hommage à l’ancien président Jacques Chirac en 2016, est né d’une volonté de démocratiser l’accès aux arts non occidentaux. Son inauguration le 20 juin 2006, en présence de nombreuses personnalités internationales, symbolisait une rupture avec les musées traditionnels, souvent centrés sur l’art occidental. Conçu par l’architecte Jean Nouvel, le bâtiment, situé au pied de la Tour Eiffel, se distingue par son architecture innovante et son jardin de 18 000 m², conçu par Gilles Clément.
Comme l’a souligné Jacques Chirac à l’époque, ce musée devait « donner à voir, à comprendre et à aimer » les cultures du monde entier. Cette vision, inspirée par l’universalisme cher au président, a guidé les orientations du musée pendant deux décennies.
Expositions mémorables et polémiques
Parmi les moments forts de ces vingt ans, plusieurs expositions ont marqué les esprits. En 2021, le musée a présenté une rétrospective dédiée aux masques africains, attirant plus de 200 000 visiteurs. Un an plus tard, l’établissement a organisé une exposition sur les arts de l’Océanie, mettant en lumière des pièces rares issues des collections nationales.
Cependant, le musée n’a pas été épargné par les polémiques. Dès son ouverture, des critiques ont émergé concernant la provenance de certaines collections, notamment celles acquises pendant la colonisation. En 2018, la restitution de 26 œuvres pillées au Bénin a relancé le débat sur la décolonisation des musées français. Une décision historique, saluée par certains, mais qui a aussi suscité des interrogations sur l’avenir des collections du Quai Branly.
La restitution des biens culturels : un tournant
La question des restitutions est devenue un enjeu central pour le musée. Depuis 2018, plusieurs pays africains ont demandé le retour de milliers d’objets spoliés pendant la colonisation. En 2022, la France a restitué 26 œuvres au Bénin, suivies en 2023 par la remise de 24 pièces à la Côte d’Ivoire. Le Quai Branly, qui abrite l’une des plus grandes collections d’arts d’Afrique subsaharienne au monde, est directement concerné par ces restitutions.
« Ces restitutions sont une avancée majeure, mais elles posent aussi des défis pour les musées, qui doivent repenser leur rôle dans un contexte postcolonial », a déclaré Emmanuel Kasarhérou, président du musée du Quai Branly, lors d’un entretien accordé à France 24. Pour autant, l’institution continue d’accueillir des œuvres issues de contextes variés, tout en travaillant à une meilleure transparence sur leur provenance.
Un musée en évolution constante
Pour marquer ses vingt ans, le musée organise une série d’événements, dont des conférences, des visites guidées exceptionnelles et des projections. Parmi les temps forts, une exposition temporaire retracera les grandes étapes de son histoire, tandis qu’un colloque international réunira des experts pour discuter des défis futurs des musées ethnographiques.
Parallèlement, l’établissement poursuit son travail de médiation culturelle, avec des programmes éducatifs dédiés aux écoles et des partenariats avec des institutions africaines. Une volonté de concilier préservation du patrimoine et ouverture au public, tout en répondant aux attentes d’une société en mutation.
Vingt ans après son ouverture, le musée du Quai Branly incarne toujours cette ambition : faire dialoguer les cultures, tout en naviguant entre héritage colonial et enjeux contemporains. Une mission qui, comme le rappelle Emmanuel Macron dans un message diffusé à l’occasion de l’anniversaire, « reste plus que jamais d’actualité ».
Le musée du Quai Branly-Jacques Chirac possède une collection de près de 3 500 œuvres exposées en permanence, et plus de 300 000 objets et documents conservés dans ses réserves. Ces chiffres incluent des pièces issues des continents africain, asiatique, océanien et américain.