D’après Futura Sciences, le télescope spatial Nancy Grace Roman, lancé avec succès le 31 août 2026, s’apprête à marquer un tournant dans l’exploration des exoplanètes et la compréhension de l’Univers. Développé par la Nasa, ce nouvel instrument, actuellement en route vers le point de Lagrange L2, combine plusieurs technologies de pointe pour multiplier par quinze le nombre de mondes connus au-delà de notre Système solaire. Mais son ambition va bien au-delà : pour la première fois, Roman testera en conditions réelles les outils nécessaires à la photographie d’une planète semblable à la Terre, un objectif qui pourrait révolutionner l’astrophysique.
Ce qu'il faut retenir
- 100 000 nouvelles exoplanètes attendues grâce à trois méthodes complémentaires : microlentille gravitationnelle, transits et imagerie directe.
- Le coronographe, instrument clé, vise à démontrer la faisabilité de l’imagerie directe de planètes similaires à Jupiter, avec un contraste record de 10⁻⁸ à 10⁻⁹.
- Roman pourrait détecter des planètes errantes sans étoile et analyser l’atmosphère de milliers de mondes en transit.
- Cette mission prépare l’Observatoire des mondes habitables (HWO), futur télescope spatial conçu pour photographier une Terre 2.0.
- 1 000 planètes par microlentille et 100 000 géantes gazeuses chaudes supplémentaires devraient être découvertes.
Un bond scientifique sans précédent dans la détection des exoplanètes
Le télescope Nancy Grace Roman s’appuie sur trois techniques innovantes pour recenser les exoplanètes. La première, la microlentille gravitationnelle, exploite un phénomène optique naturel : lorsque deux étoiles s’alignent avec notre point d’observation, la lumière de l’étoile la plus lointaine est amplifiée par la masse de l’étoile la plus proche, agissant comme une lentille cosmique. Si une planète orbite autour de l’étoile-lentille, elle peut modifier temporairement cette amplification, signalant sa présence. Cette méthode est particulièrement adaptée pour détecter des planètes de faible masse, comme Mars, situées dans la zone habitable ou au-delà de leur étoile. « Avec Roman, nous espérons découvrir plus de 1 000 exoplanètes par microlentille, un nombre aujourd’hui inaccessible », précise Bertrand Mennesson, directeur scientifique adjoint de la mission au Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la Nasa.
La seconde technique repose sur l’analyse des transits, ces baisses de luminosité causées par le passage d’une planète devant son étoile. Efficace pour repérer les géantes gazeuses orbitant près de leur étoile, cette méthode permettra à Roman d’ajouter quelque 100 000 nouvelles exoplanètes au catalogue actuel. Au-delà de la simple détection, l’instrument pourra étudier l’atmosphère de milliers de ces mondes en observant leurs variations de température et de luminosité au fil de leur orbite. « C’est une moisson statistique qui devrait profondément enrichir notre compréhension de la diversité planétaire », souligne Bertrand Mennesson.
Le coronographe : une démonstration technologique pour l’avenir
Au cœur de la mission Roman se trouve le coronographe, un instrument conçu pour bloquer la lumière aveuglante des étoiles et révéler la faible lueur réfléchie par les planètes en orbite. Officiellement classé comme une démonstration technologique, son succès n’est pas une condition sine qua non pour la réussite de la mission, mais il ouvre la voie à l’Observatoire des mondes habitables (HWO), le futur télescope spatial de la Nasa dont l’objectif sera de photographier, pour la première fois, une planète similaire à la Terre. « Le coronographe vise à atteindre un contraste de 10⁻⁷, l’étoile étant alors dix millions de fois plus brillante que sa planète à une séparation de 0,3 seconde d’arc », explique Bertrand Mennesson. Les ingénieurs espèrent même dépasser cette performance, avec un objectif de 10⁻⁸ à 10⁻⁹, un seuil critique pour détecter des analogues de Jupiter autour d’étoiles proches.
Ce niveau de précision permettrait d’observer directement des planètes géantes froides et anciennes, là où les instruments actuels ne détectent que des super-Jupiters jeunes et chauds. « Atteindre un contraste de 10⁻⁹, c’est s’approcher du flux visible de Jupiter autour du Soleil, une performance qui nous rapproche de l’imagerie d’une Terre jumelle », ajoute le scientifique. Pendant les dix-huit premiers mois de la mission, le coronographe effectuera une série d’observations ciblées, réparties en une dizaine de campagnes, pour valider ses capacités techniques et, si possible, produire des données scientifiques.
Une mission aux enjeux multiples : de l’énergie sombre à l’imprévisible
Si la chasse aux exoplanètes capte l’attention, Roman a aussi pour mission d’éclairer deux des plus grands mystères de l’astrophysique : l’énergie sombre et la matière noire, qui représentent ensemble 95 % du contenu de l’Univers. Grâce à son champ de vision cent fois supérieur à celui de Hubble, le télescope cartographiera des milliards de galaxies pour étudier l’expansion de l’Univers et tester les théories sur la nature de ces composantes invisibles. « Roman nous donnera une vision sans précédent de la structure à grande échelle de l’Univers, ce qui pourrait remettre en cause nos modèles cosmologiques actuels », indique Bertrand Mennesson.
Mais la promesse la plus excitante de Roman réside peut-être dans l’inattendu. L’histoire de l’astronomie regorge de découvertes qui ont bouleversé les théories établies, comme la détection initiale de géantes gazeuses proches de leur étoile, incompatible avec les modèles de formation planétaire de l’époque. « Nous savons que Roman nous réservera des surprises, mais nous ignorons encore lesquelles », confie Bertrand Mennesson. Parmi les cibles potentielles figurent les planètes errantes, ces mondes solitaires qui vagabondent dans l’espace interstellaire sans étoile hôte. « La mission vise à contraindre leur abondance, une question qui pourrait changer notre vision de la formation planétaire », précise-t-il.
Vers une nouvelle ère de l’astrophysique
Les retombées de la mission Roman dépassent largement le cadre de la détection d’exoplanètes. Les technologies validées – optique adaptative en espace, détecteurs ultra-sensibles, stabilité opto-thermo-mécanique – seront directement transposables à l’Observatoire des mondes habitables (HWO), dont le lancement est prévu pour la prochaine décennie. Ce futur télescope, conçu pour atteindre un contraste de 10⁻¹⁰, aura pour mission de photographier des planètes similaires à la Terre et d’analyser leur atmosphère à la recherche de biosignatures. « Roman est une étape cruciale, mais elle n’est que le premier pas vers une quête bien plus ambitieuse », résume Bertrand Mennesson.
En attendant, les astronomes du monde entier se préparent à exploiter les données de Roman, qui pourraient révéler des systèmes planétaires inédits, des atmosphères exotiques, ou même des phénomènes physiques encore inconnus. Comme le souligne le directeur scientifique adjoint, « l’objectif n’est pas seulement de compter les exoplanètes, mais de comprendre comment elles se forment, évoluent, et si certaines pourraient abriter la vie ». Une question, parmi d’autres, qui pourrait trouver des éléments de réponse dans les années à venir.
La microlentille gravitationnelle exploite un phénomène optique naturel où la lumière d’une étoile lointaine est amplifiée par le passage d’une étoile plus proche, révélant la présence d’une planète autour de cette dernière. La méthode des transits, elle, détecte les baisses de luminosité causées par le passage d’une planète devant son étoile. La première est idéale pour repérer des planètes de faible masse ou éloignées de leur étoile, tandis que la seconde est plus efficace pour les géantes gazeuses proches de leur soleil.