Le spécialiste français des infrastructures électriques Legrand a publié des résultats du premier trimestre 2026 bien supérieurs aux prévisions des analystes, grâce à une demande soutenue dans les data centers, selon BFM Bourse. Le groupe limougeaud confirme ainsi sa position de leader dans un segment devenu central pour sa croissance, loin des équipements domestiques traditionnellement associés à son image.
Ce qu'il faut retenir
- Croissance organique de 9,3% au premier trimestre 2026, tirée par les data centers, dépassant le consensus de 6,5% établi par Stifel.
- La zone Amérique du Nord affiche une progression de 25,1%, avec une hausse de 29,1% du chiffre d'affaires aux États-Unis.
- Le résultat opérationnel (Ebit) ajusté atteint 525 millions d'euros, avec une marge de 20,7%, légèrement en retrait hors impact des acquisitions.
- Le bénéfice net part du groupe s'élève à 335 millions d'euros, conforme aux attentes des analystes.
- Legrand confirme ses perspectives 2026 avec une croissance globale entre 10% et 15%, incluant une croissance organique de 4% à 7%.
- Le titre bondit de 2,5% à la Bourse de Paris en milieu de matinée, se classant parmi les plus fortes hausses du CAC 40.
Un premier trimestre 2026 marqué par l'explosion de la demande dans les data centers
Legrand, groupe français coté en Bourse, a dévoilé des résultats du premier trimestre 2026 qui confirment la dynamique exceptionnelle de son activité liée aux data centers. Selon BFM Bourse, cette performance dépasse largement les attentes des analystes, avec une croissance organique de 9,3%, alors que le consensus tablaient sur une progression de 6,5%. Autant dire que le groupe a pris de vitesse les prévisions du marché.
Cette croissance est « tirée, sans surprise, par la dynamique des data centers », précise le communiqué du groupe. Une performance qui s'inscrit dans la continuité de la stratégie du groupe, désormais axée sur les infrastructures électriques critiques pour les centres de données, et non plus seulement sur les équipements domestiques comme les prises ou les interrupteurs.
Une stratégie payante : l'acquisition d'Avtron Power Solutions en octobre 2025 porte ses fruits
Pour renforcer sa position dans ce segment porteur, Legrand avait acquis en octobre 2025 la société américaine Avtron Power Solutions pour près d'un milliard d'euros. Spécialisée dans les solutions électriques pour data centers, Avtron réalise 70% de son chiffre d'affaires aux États-Unis, un marché en pleine expansion sous l'effet de l'essor de l'intelligence artificielle et des investissements massifs des géants du cloud comme Amazon Web Services, Google Cloud, Microsoft Azure ou Oracle.
Cette acquisition, bien que coûteuse, s'avère stratégique. Les dépenses des « hyperscalers » dans les infrastructures de data centers ne cessent de croître, transformant l'Amérique du Nord en épicentre de cette révolution technologique. Le premier trimestre 2026 illustre parfaitement cette tendance, avec une progression de 25,1% de l'activité de Legrand dans la zone « Amérique du Nord et centrale », et une hausse de 29,1% du chiffre d'affaires aux États-Unis.
L'Europe en retrait, un marché immobilier contrasté
Si l'Amérique du Nord confirme son rôle de moteur pour Legrand, l'Europe affiche un bilan plus contrasté. Au premier trimestre 2026, l'activité du groupe en Europe recule de 2,8% en données comparables sur un an. BFM Bourse relève que cette baisse s'explique par des performances inégales selon les pays : les croissances enregistrées en Allemagne ou en Italie ne suffisent pas à compenser les reculs observés en Espagne, en France ou au Royaume-Uni.
Stifel, l'un des analystes couvrant le dossier, note par ailleurs que Legrand n'a pas communiqué la ventilation de ses ventes entre les data centers et le secteur immobilier pour ce premier trimestre. Une opacité qui ne semble pas inquiéter les investisseurs pour l'instant, au vu de la performance globale du groupe.
Des résultats financiers solides, malgré des marges sous pression
Sur le plan financier, Legrand affiche des résultats conformes ou supérieurs aux attentes des analystes. Le résultat opérationnel (Ebit) ajusté atteint 525 millions d'euros, avec une marge de 20,7%. Cependant, Oddo BHF souligne que cette marge recule de 20 points de base (0,2 point de pourcentage) si l’on exclut l’impact positif des acquisitions récentes. « L’inflation affecte déjà la base de coûts », avait d’ailleurs expliqué Legrand dans ses déclarations.
Le bénéfice net part du groupe s'élève quant à lui à 335 millions d'euros. Il dépasse de 0,5% les attentes pour l'Ebit, tandis que le résultat net est en ligne avec le consensus. Le flux de trésorerie libre, autre indicateur clé, atteint 221 millions d’euros, soit un léger dépassement des attentes (188 millions d'euros au premier trimestre 2025).
Un dividende en hausse et une réaction positive du marché
Comme annoncé en février 2026, Legrand va verser un dividende de 2,38 euros par action au titre des résultats 2025, en progression de 8,2% par rapport à 2024. Ce coupon représente un taux de distribution de 50%, confirmant la politique généreuse du groupe envers ses actionnaires.
La réaction du marché ne s'est pas fait attendre. À la Bourse de Paris, le titre Legrand enregistre une hausse de 2,5% vers 11h35 ce jeudi 7 mai 2026, se classant comme la deuxième plus forte progression du CAC 40 derrière Kering. Une performance qui reflète la confiance des investisseurs dans la stratégie du groupe et ses perspectives de croissance.
Des perspectives 2026 confirmées, malgré un contexte géopolitique incertain
Pour l'exercice 2026, Legrand maintient ses objectifs de croissance globale entre 10% et 15%, hors effets de change. Cette prévision inclut une croissance organique de 4% à 7% et une contribution des acquisitions de 6% à 8%. La marge d'Ebit ajusté après acquisitions est attendue entre 20,5% et 21%.
Le consensus anticipe quant à lui une croissance organique de 6,7% (13,4% en intégrant l'effet des acquisitions) et une marge de 21%. Oddo BHF indique que ces estimations devraient rester inchangées, maintenant son opinion « neutre » sur le dossier avec un objectif de cours de 151 euros. Stifel, de son côté, table sur une croissance des data centers « nettement supérieure » à la fourchette de +10% à +20% prévue pour 2026, tandis que le secteur immobilier devrait afficher des résultats plus faibles.
Oddo BHF relève cependant l'absence de relèvement de la guidance sur la croissance organique pour 2026. « Le groupe attend généralement le premier semestre avant d’envisager un ajustement et le contexte actuel (conflit au Moyen-Orient et ses impacts) n’aide pas la visibilité », explique-t-il. Une prudence qui s'explique par l'incertitude persistante sur les marchés.
Le premier trimestre 2026 de Legrand confirme donc la robustesse d'un modèle économique désormais centré sur les infrastructures critiques pour l'économie numérique. Alors que les investissements des géants du cloud continuent de battre des records, le groupe français semble bien positionné pour en tirer profit, même si l'Europe et les marges restent des points de vigilance. La journée investisseurs de septembre prochain sera l'occasion de faire un bilan plus complet de cette stratégie ambitieuse.
Legrand a recentré sa stratégie sur les infrastructures électriques pour data centers, un marché en pleine expansion sous l'effet de l'essor de l'intelligence artificielle et des investissements massifs des « hyperscalers » comme Amazon, Google ou Microsoft. Ces entreprises investissent des milliards dans de nouveaux centres de données pour répondre à la demande croissante en puissance de calcul et en stockage.
Les principaux risques identifiés par les analystes incluent l'inflation, qui pèse sur les coûts, et les incertitudes géopolitiques, notamment le conflit au Moyen-Orient, qui pourrait affecter la visibilité des entreprises. Par ailleurs, la capacité du groupe à intégrer ses récentes acquisitions sans perturber sa rentabilité reste à surveiller.