Le salon international Eurosatory, dédié aux équipements de défense et de sécurité, a ouvert ses portes ce lundi 16 juin 2026 à Villepinte, près de Paris. Parmi les innovations présentées, les drones intercepteurs de drones émergent comme une solution prometteuse face à la menace croissante des engins low-cost. Selon BFM Business, ce secteur, quasi inexistant il y a cinq ans, attire désormais l’attention des industriels et des armées, alors que les besoins opérationnels se multiplient.

Ce qu'il faut retenir

  • Harmattan AI prévoit de passer de 20 à 500 salariés en 2026, tandis que Alta Ares vise 80 employés et DSV table sur 10 millions d’euros de chiffre d’affaires.
  • Les drones intercepteurs, capables d’atteindre 400 km/h et de neutraliser des menaces à moindre coût, sont testés en Ukraine et au Moyen-Orient.
  • L’appel d’offres Elisa (Équipement Léger d’Interception de Système Autonome) prévoit l’acquisition de 1 000 drones intercepteurs par les armées françaises.
  • Asterodyn, spécialiste des drones civils, s’est reconverti dans la défense en 2024 après des collaborations avec RedBull.
  • Les industriels dénoncent la lenteur des autorisations de vol et la frilosité de la Direction générale de l’armement (DGA).

Un marché en ébullition au salon Eurosatory

Le salon Eurosatory, qui se tient jusqu’à ce week-end à Villepinte, consacre une place inédite aux start-up françaises spécialisées dans les drones intercepteurs. Selon BFM Business, plusieurs entreprises, autrefois cantonnées à squatter les stands d’autres industriels, affichent désormais des espaces dédiés. « La dernière fois, on squattait le stand d’un autre industriel », se souvient un dirigeant d’Harmattan AI, qui constate aujourd’hui « beaucoup de besoins » et une affluence record autour de leurs démonstrations.

Ces jeunes pousses, pour la plupart âgées de trois ans maximum, misent sur des technologies adaptées à la neutralisation de drones à moindre coût. Deux types de solutions dominent : des engins équipés d’une charge explosive ou des drones dont la simple collision suffit à détruire la menace. Leurs performances impressionnent : certains modèles atteignent 400 km/h et opèrent à très haute altitude sur une portée de quelques kilomètres. « Tout le monde veut voir une démonstration », confirme un acteur du secteur, reflétant l’engouement soudain pour ces technologies.

Des recrutements massifs et des ambitions industrielles fortes

Face à cette demande croissante, les start-up recrutent à un rythme effréné. Harmattan AI, qui employait 20 salariés début 2025, prévoit d’atteindre 500 collaborateurs d’ici la fin de l’année. Alta Ares, soutenu par une levée de fonds et un contrat avec Airbus, table sur une augmentation de ses effectifs, passant de 30 à 80 employés. Quant à DSV, fondée en 2024 avec un seul fondateur, l’entreprise compte désormais 10 salariés et annonce une croissance rapide de ses effectifs. « Ça va monter rapidement », assure la direction, alors que le chiffre d’affaires, estimé à 300 000 euros en 2025, devrait atteindre 20 millions d’euros en 2026, porté par une commande des armées françaises.

Cette expansion s’accompagne d’une montée en puissance des capacités de production. Asterodyn, par exemple, se dit prête à produire 500 unités par mois dès que nécessaire. Alta Ares vise 100 drones par mois, tout en exprimant sa volonté d’augmenter cette cadence. « On a la capacité de suivre les évolutions du marché et de monter en puissance avec des commandes de plus en plus importantes », assure Maxime Lecchi, dirigeant d’Asterodyn.

Des défis persistants : réglementation et commandes en suspens

Malgré cet élan, les industriels pointent du doigt deux obstacles majeurs. D’abord, l’obtention des autorisations de vol en France, jugée complexe et lente. « Ce n’est pas simple, les dossiers sont longs, c’est une technologie récente et les règles sont floues », explique un acteur du secteur. « C’est beaucoup de papiers », ajoute-t-il, soulignant les lourdeurs administratives qui freinent le déploiement des solutions.

Ensuite, les commandes tardent à se concrétiser, malgré les annonces publiques. Certains industriels critiquent la frilosité de la Direction générale de l’armement (DGA), qui supervise les programmes de défense en France. Un appel d’offres, baptisé Elisa (Équipement Léger d’Interception de Système Autonome), a été lancé en avril 2026 pour équiper les armées de 1 000 drones intercepteurs. Une aubaine pour ces start-up, mais dont le partage reste à négocier.

Une réponse à la menace des drones low-cost

Le développement de ces drones intercepteurs répond à une urgence opérationnelle croissante. En mars 2026, l’armée française a dû protéger ses alliés du Golfe contre les frappes répétées de drones iraniens de type Shahed, dont le coût se situe entre quelques milliers et quelques dizaines de milliers de dollars. Face à ces menaces low-cost, les missiles traditionnels, valorisés à plusieurs centaines de milliers d’euros, se révèlent inefficaces et disproportionnés. « Il existe maintenant une volonté de rééquilibrer la balance des coûts », explique Harmattan AI. L’objectif ? Utiliser des solutions tout aussi performantes, mais bien moins onéreuses.

Si le marché de la défense reste le principal débouché, certains industriels envisagent de se tourner vers des clients civils. La loi de programmation militaire, actuellement en discussion, pourrait autoriser des entreprises privées à sécuriser des sites vulnérables face aux drones, comme les aéroports. Plusieurs aéroports européens ont déjà subi des interruptions de trafic en raison de survols de drones non identifiés. Des discussions seraient en cours avec des acteurs comme la gendarmerie ou des gestionnaires d’aéroports, bien que les noms des interlocuteurs restent confidentiels.

Et maintenant ?

Les prochains mois s’annoncent décisifs pour ces start-up. D’ici la fin 2026, les premières livraisons dans le cadre de l’appel d’offres Elisa pourraient être un test clé pour leur crédibilité. Reste à savoir si la DGA parviendra à accélérer le processus d’autorisation et si les commandes privées, notamment dans le secteur aérien, se concrétiseront. Une chose est sûre : la course à l’innovation dans ce domaine ne fait que commencer, avec à la clé un marché estimé à plusieurs milliards d’euros d’ici la prochaine décennie.

Ce secteur illustre une tendance plus large : celle d’une défense qui s’adapte à des menaces asymétriques, où la rapidité et l’efficacité priment sur les budgets pharaoniques. Reste à voir si la France parviendra à transformer cette dynamique industrielle en atout stratégique sur la scène internationale.

D’après les industriels interrogés par BFM Business, le coût d’un drone intercepteur varie entre 10 000 et 50 000 euros, selon les technologies embarquées. Ces prix restent bien inférieurs à ceux des missiles traditionnels, qui dépassent souvent les 500 000 euros.

Les modèles présentés lors du salon Eurosatory 2026 affichent une portée opérationnelle de quelques kilomètres, avec une capacité à intercepter des cibles à très haute altitude. Certains drones embarqués sur des voilures fixes, comme ceux de RIFT, peuvent voir leur portée étendue grâce à leur système de lancement.