Selon BFM - Politique, le conseil fédéral des Écologistes a validé ce week-end une motion prévoyant l’exclusion des adhérents soutenant un candidat rival à celui investi par le parti pour la présidentielle de 2027. Une décision qui vise directement d’anciennes figures du mouvement comme Yannick Jadot et Sandrine Rousseau, alors que Marine Tondelier brigue l’investiture écologiste via une primaire de la gauche.

Ce qu'il faut retenir

  • Exclusion définitive pour tout adhérent se présentant contre le candidat investi par le parti, avec une réadmission possible au bout de trois ans seulement.
  • 69,6 % des voix au conseil fédéral en faveur de cette motion, qui sanctionne aussi le soutien à une candidature dissidente.
  • Yannick Jadot, proche de Raphaël Glucksmann, et Sandrine Rousseau, ouverte à un soutien à Jean-Luc Mélenchon, sont particulièrement ciblés par ce texte.
  • Le parti justifie sa décision par la nécessité de respecter ses « décisions démocratiques », tout en refusant d’être perçu comme une « caserne ».
  • Des opposants dénoncent un texte « fait pour exclure » les frondeurs et une manœuvre pour « épurer » le mouvement.

La mesure, adoptée à une large majorité, s’inscrit dans un contexte de tensions internes croissantes au sein du parti écologiste. Alors que Marine Tondelier, actuelle secrétaire nationale, porte la candidature écologiste dans le cadre d’une primaire de la gauche, certains de ses prédécesseurs refusent de s’y soumettre. Yannick Jadot, ancien candidat à la présidentielle en 2022, entretient des liens étroits avec Raphaël Glucksmann, figure de Place publique, sans exclure une éventuelle alliance pour 2027. Quant à Sandrine Rousseau, elle n’a jamais écarté l’hypothèse d’un rapprochement avec la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon.

La motion adoptée prévoit deux cas de figure pour une exclusion : le fait de se présenter contre le candidat investi par le parti, ou celui de soutenir un autre candidat. Dans les deux cas, la sanction peut aller jusqu’à une exclusion « définitive », avec un délai de trois ans avant toute réadhésion. Selon les résultats communiqués par les Écologistes, le texte a été approuvé par 69,6 % des membres du conseil fédéral. Une majorité qui reflète une volonté de discipline interne, alors que le parti traverse une période de divisions après les élections municipales de 2026, marquées par de nombreuses dissidences.

Cette décision intervient à moins d’un an de l’élection présidentielle, dans un paysage politique déjà très fragmenté à gauche. Marine Tondelier mise sur une primaire ouverte pour rassembler la gauche non mélenchoniste, mais ses détracteurs au sein du parti estiment que le mouvement doit clarifier sa position vis-à-vis de la France insoumise. Yannick Jadot a d’ailleurs rappelé dimanche sur Radio J que les Écologistes ne pourraient « échapper » à une « clarification » sur ce sujet. Il a également plaidé pour une candidature de « vote utile » à gauche au premier tour, susceptible de bénéficier du « vote républicain des centristes » au second.

« On souhaite que les décisions prises démocratiquement par le mouvement soient respectées. Un parti n’est pas une caserne, mais pas un self-service non plus. »

Déclaration de la direction des Écologistes à l’AFP

La direction du parti n’était pas à l’origine de cette motion, qui émane des débats post-élections municipales. Pourtant, elle l’a défendue avec fermeté, insistant sur la nécessité de préserver l’unité du mouvement. Yannick Jadot, qui s’est rendu au meeting de Raphaël Glucksmann le 13 juin malgré les mises en garde de la direction, a justifié sa présence en invoquant l’ouverture du débat politique. Les responsables écologistes avaient pourtant alerté sur « le problème que pose cette participation », estimant qu’elle « ouvre la porte en grand à toutes les dissidences ».

Les opposants à la ligne actuelle dénoncent une manœuvre ciblée contre les figures historiques du parti. Pour eux, cette motion vise avant tout à écarter Jadot et Rousseau, deux personnalités qui incarnent des courants divergents au sein des Écologistes. « C’est un texte fait pour exclure », a critiqué un cadre du mouvement sous couvert d’anonymat, dénonçant une tentative d’« épuration ». Une critique relayée par d’autres membres, qui y voient une dérive autoritaire au sein d’un parti pourtant engagé sur les questions de démocratie participative.

Une gauche en quête d’unité face à 2027

La présidentielle de 2027 s’annonce comme un défi majeur pour les Écologistes, pris en étau entre la nécessité de se rassembler et les ambitions personnelles de leurs figures. Marine Tondelier mise sur une primaire pour incarner l’unité de la gauche non mélenchoniste, mais le parti peine à trouver une cohésion. Entre ceux qui prônent une alliance avec Place publique et ceux qui refusent toute compromission avec la France insoumise, le mouvement écologiste doit trancher rapidement.

Le contexte politique ajoute à la complexité. Raphaël Glucksmann, dont la candidature est évoquée pour 2027, incarne une gauche modérée, ouverte au centre, tandis que Jean-Luc Mélenchon reste un pilier de la gauche radicale. Les Écologistes, traditionnellement ancrés dans cette radicalité, doivent désormais arbitrer entre deux visions. Yannick Jadot, qui a longtemps incarné l’aile la plus modérée du parti, incarne cette tension. Son rapprochement avec Glucksmann est perçu par certains comme une trahison, par d’autres comme une nécessité pour peser dans le paysage politique.

Pour l’heure, la direction des Écologistes semble déterminée à maintenir une ligne ferme. « Un parti n’est pas un self-service », a rappelé un porte-parole, soulignant que les décisions collectives doivent primer sur les initiatives individuelles. Cette position tranchée pourrait cependant accélérer les départs et fragiliser encore davantage le mouvement, déjà affaibli par les résultats électoraux récents.

Quelles conséquences pour la présidentielle ?

Les conséquences de cette motion pourraient se faire sentir dès les prochains mois. D’abord sur le plan interne : les Écologistes doivent désormais gérer les réactions de leurs adhérents, certains envisageant déjà de quitter le parti. Ensuite, sur le plan électoral, où la division pourrait coûter cher. Une exclusion de Jadot ou Rousseau priverait le mouvement de deux figures médiatiques, capables de mobiliser un électorat spécifique.

Sur le plan politique, la décision pourrait aussi influencer les stratégies des autres formations de gauche. Si les Écologistes choisissent de s’isoler, ils risquent de perdre leur rôle d’arbitre entre les différents courants. À l’inverse, une alliance avec Place publique ou d’autres forces pourrait leur permettre de peser davantage, mais au prix d’un renoncement à leur identité propre.

Pour Marine Tondelier, l’enjeu est double : réussir sa primaire tout en évitant une scission définitive. Le parti doit aussi clarifier sa position vis-à-vis de la France insoumise, un sujet qui divise autant qu’il paralyse. Autant dire que les prochains mois s’annoncent décisifs, alors que la campagne pour 2027 pourrait démarrer plus tôt que prévu.

Et maintenant ?

Plusieurs scénarios sont possibles dans les semaines à venir. D’abord, l’application de la motion : le conseil disciplinaire devra trancher sur les éventuelles sanctions contre les adhérents fautifs. Ensuite, la réaction des exclus : Yannick Jadot et Sandrine Rousseau pourraient choisir de quitter le parti ou de maintenir leur opposition, créant un groupe dissident. Enfin, l’impact sur la primaire de la gauche : si les Écologistes durcissent leur position, ils pourraient s’isoler et affaiblir leurs chances de peser face à Jean-Luc Mélenchon ou à un candidat du centre.

Reste à savoir si la direction parviendra à maintenir la cohésion du mouvement ou si cette motion ne sera que le premier pas vers une scission plus large. Une chose est sûre : à moins d’un an de la présidentielle, le temps presse.

La motion adoptée par les Écologistes s’inscrit dans une logique de recentrage, mais elle pourrait aussi accélérer leur marginalisation. Entre discipline interne et réalités électorales, le parti doit désormais trouver un équilibre difficile, dans un paysage politique où chaque voix compte.

Le conseil disciplinaire du parti devra examiner les cas des adhérents fautifs, dont Yannick Jadot et Sandrine Rousseau. Une exclusion définitive pourrait être prononcée d’ici la fin de l’été, privant ces personnalités de toute possibilité de réadhésion avant 2029.