La vie aquatique des rivières et des fleuves est en péril. Selon une étude publiée par Futura Sciences le 19 mai 2026, près de 80 % des cours d’eau dans le monde voient leur concentration en oxygène dissous diminuer progressivement. Ce phénomène, qualifié de « crise silencieuse » par les scientifiques, menace directement la biodiversité et la qualité de l’eau, avec des répercussions potentielles sur les populations humaines qui en dépendent.

Les chercheurs chinois ont analysé l’évolution du taux d’oxygène dans 21 439 rivières entre 1985 et 2023. Leurs résultats, présentés comme une première à cette échelle, révèlent que 78,8 % des rivières étudiées se désoxygènent à un rythme inquiétant. L’Europe, l’Inde, les États-Unis et l’Asie du Sud-Est figurent parmi les zones les plus touchées. Autant dire que le phénomène ne connaît pas de frontières.

Ce qu’il faut retenir

  • Près de 80 % des rivières mondiales perdent leur oxygène, selon une étude couvrant 21 439 cours d’eau entre 1985 et 2023.
  • Le réchauffement climatique est le principal responsable, expliquant 62 % de la diminution de l’oxygène dissous dans l’eau.
  • Les pays situés près de l’équateur, le Gange en Inde, les États-Unis et l’Europe centrale sont les plus affectés.
  • Les vagues de chaleur et la gestion inadaptée des barrages aggravent le phénomène.
  • Les projections estiment une baisse de l’oxygène de 1 % à 4 % d’ici 2100, selon la gravité du réchauffement.
  • Certaines mesures de protection, comme en Chine ou à Porto Rico, ont permis une amélioration sur vingt ans.

L’oxygène, un enjeu vital pour les écosystèmes aquatiques

L’oxygène dissous dans l’eau est un pilier essentiel à la survie des organismes aquatiques. Sans lui, plantes et animaux ne peuvent respirer, ce qui transforme les cours d’eau en « zones mortes ». Ces espaces, où la vie disparaît, voient leur qualité d’eau se dégrader rapidement. Copernicus souligne que l’océan mondial a déjà perdu environ 2 % de son oxygène depuis 1950, et que cette tendance devrait s’accentuer avec une perte estimée entre 1 % et 7 % d’ici 2100.

Le mécanisme est connu : l’eau chaude retient moins d’oxygène que l’eau froide. Avec le réchauffement climatique, les températures des rivières augmentent, réduisant mécaniquement leur capacité à abriter la vie. À cela s’ajoute la prolifération d’algues toxiques, dont la décomposition consomme encore davantage d’oxygène. Les rejets excessifs de nutriments, notamment issus des engrais agricoles, amplifient ce processus en favorisant la croissance d’algues en surface, qui privent les couches inférieures de lumière et d’oxygène.

Les causes multiples d’une asphyxie généralisée

Si le climat joue un rôle central, il n’est pas le seul responsable. Les chercheurs pointent également la mauvaise gestion de l’eau, notamment à travers la construction de barrages et les vagues de chaleur de courte durée. Ces dernières, de plus en plus fréquentes, perturbent l’équilibre naturel des cours d’eau en accélérant la stratification thermique et en limitant les échanges d’oxygène avec l’atmosphère.

Contrairement aux idées reçues, les rivières des pôles, où le réchauffement est pourtant le plus marqué, ne sont pas les plus touchées. Les variations de débit jouent également un rôle ambigu : les périodes de crue comme d’étiage réduisent partiellement la désoxygénation, mais les conditions normales de débit restent les plus favorables à un maintien de l’oxygène. Les zones les plus critiques se situent autour de l’équateur, où les températures élevées et la densité des populations humaines accentuent la pression sur les ressources en eau.

Les projections pour les décennies à venir

Les modèles climatiques dressent un tableau sombre pour l’avenir. Dans un scénario de réchauffement modéré, les concentrations d’oxygène dissous dans les rivières mondiales pourraient diminuer d’environ 1 % d’ici 2100. Dans un scénario plus pessimiste, marqué par une hausse drastique des températures, la baisse pourrait atteindre 4 %. Ces chiffres, bien que semblant modestes, suffiraient à transformer des écosystèmes entiers en déserts aquatiques.

Les conséquences ne se limiteront pas à la faune et à la flore. Les populations riveraines, notamment dans les pays en développement, verront leur accès à une eau potable de qualité se réduire. L’agriculture, qui dépend souvent des eaux de surface pour l’irrigation, pourrait également pâtir de cette dégradation. Les pêcheurs locaux, dont les moyens de subsistance reposent sur des rivières autrefois riches en poissons, seront les premiers touchés.

Des signes d’espoir malgré tout

Malgré ce constat alarmant, une lueur subsiste. Les chercheurs ont observé que certaines rivières, protégées par des mesures environnementales strictes, montrent des signes de rétablissement. C’est le cas des 10 plus grands fleuves de Chine, où le taux d’oxygène a augmenté au cours des vingt dernières années, ainsi que des cours d’eau de Porto Rico. Ces exemples prouvent que la désoxygénation n’est pas une fatalité, à condition d’agir rapidement et de manière coordonnée.

Les solutions existent : réduction des rejets de nutriments agricoles, limitation des barrages inutiles, restauration des zones humides, ou encore lutte contre le réchauffement climatique. Mais leur mise en œuvre reste inégale à l’échelle mondiale. Les pays développés, souvent mieux armés pour financer ces politiques, doivent aussi soutenir les régions les plus vulnérables, où les ressources et les infrastructures font défaut.

Et maintenant ?

Les prochaines décennies seront déterminantes. Les scientifiques appellent à une surveillance accrue des cours d’eau, couplée à des plans d’action nationaux et internationaux. En Europe, où la situation est déjà préoccupante, la Commission européenne pourrait renforcer les exigences en matière de qualité de l’eau d’ici 2028. Pour les pays situés près de l’équateur, où la pression démographique et climatique est la plus forte, l’urgence est encore plus criante. Reste à voir si les engagements pris lors des conférences climatiques, comme la COP30 prévue fin 2026, se traduiront par des actes concrets.

Ce phénomène, bien que moins médiatisé que la fonte des glaces ou l’élévation des océans, pourrait bien devenir l’un des défis environnementaux majeurs du XXIe siècle. Car si les rivières meurent, c’est une partie de la vie sur Terre qui s’éteint avec elles.

La principale cause est le réchauffement climatique, qui réduit la capacité de l’eau à retenir l’oxygène. L’augmentation des températures favorise aussi la prolifération d’algues, dont la décomposition consomme de l’oxygène. Les rejets excessifs de nutriments, issus notamment des engrais agricoles, aggravent ce phénomène en stimulant la croissance d’algues en surface.

Les pays situés près de l’équateur, comme l’Inde avec le Gange, les États-Unis, l’Europe centrale et plusieurs nations d’Asie du Sud-Est figurent parmi les zones les plus affectées. Ces régions cumulent des températures élevées, une forte densité de population et une pression agricole intense.