La cour administrative d'appel de Nantes a rendu, mardi 16 juin 2026, un jugement condamnant l'État pour son manque de mesures contre la prolifération des algues vertes en baie de Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor). Selon Reporterre, la juridiction a reconnu la responsabilité de l'État dans un préjudice écologique, imputant ce phénomène à son inaction prolongée. Ces algues, dont l'expansion est directement liée à l'usage d'engrais azotés dans l'agriculture intensive, envahissent régulièrement les côtes bretonnes et libèrent un gaz toxique, le sulfure d'hydrogène, susceptible de provoquer des intoxications mortelles.

Ce qu'il faut retenir

  • La cour administrative d'appel de Nantes a condamné l'État pour prjudice écologique lié aux algues vertes en baie de Saint-Brieuc, le 16 juin 2026.
  • Ces algues, alimentées par les rejets d'engrais azotés issus de l'agriculture industrielle, libèrent un gaz toxique, le sulfure d'hydrogène.
  • Le phénomène, récurrent sur les côtes bretonnes, avait déjà fait l'objet de condamnations judiciaires similaires dans le passé.

Une condamnation qui s'inscrit dans une série de décisions judiciaires

Ce nouveau jugement s'ajoute à une série de condamnations de l'État pour son incapacité à endiguer la prolifération des algues vertes en Bretagne. Déjà en 2021, le tribunal administratif de Rennes avait sanctionné l'État pour carence fautive dans la gestion de ce dossier environnemental. Reporterre rappelle que les algues vertes, ou ulves, se développent massivement lorsque les eaux côtières sont saturées en nitrates, eux-mêmes issus des épandages d'engrais chimiques utilisés dans les exploitations agricoles bretonnes.

Les associations environnementales, dont Eau et Rivières de Bretagne, dénoncent depuis des années l'absence de politiques publiques efficaces pour réduire les rejets azotés. « Ce jugement confirme ce que nous répétons depuis des années : l'État a les moyens d'agir, mais il refuse de prendre les mesures nécessaires », a réagi une porte-parole de l'association, citée par Reporterre.

Des risques sanitaires et environnementaux bien documentés

Les algues vertes ne se contentent pas de dégrader les paysages bretons : leur décomposition sur les plages produit du sulfure d'hydrogène, un gaz incolore mais extrêmement toxique à haute dose. Plusieurs cas d'intoxication, parfois mortels, ont été recensés ces dernières années parmi les riverains et les touristes exposés. En 2023, un décès avait été attribué à une exposition prolongée à ce gaz dans le Finistère.

Les autorités sanitaires recommandent d'éviter tout contact avec les algues en décomposition, notamment lors de marées vertes. Pourtant, malgré ces alertes, les plans régionaux de lutte contre les nitrates peinent à atteindre leurs objectifs. Reporterre souligne que les seuils de rejets d'azote dans les cours d'eau restent régulièrement dépassés en Bretagne, où l'agriculture intensive domine le paysage économique.

Et maintenant ?

Cette condamnation ouvre la voie à de nouvelles poursuites contre l'État, notamment de la part d'associations locales et d'habitants des zones touchées. La cour administrative d'appel de Nantes a rappelé que l'État devait désormais prendre des mesures « proportionnées et urgentes » pour limiter l'usage des engrais azotés. Une échéance clé sera la révision, prévue pour 2027, du plan régional de lutte contre les nitrates. Reste à voir si cette décision judiciaire incitera les pouvoirs publics à renforcer leur action, alors que les agriculteurs bretons, souvent divisés sur la question, réclament des solutions alternatives viables.

Un dossier qui dépasse le cadre breton

Le phénomène des algues vertes n'est pas spécifique à la Bretagne. D'autres régions françaises, comme la Normandie ou les Pays de la Loire, sont également touchées par des marées vertes, bien que dans une moindre mesure. Cependant, la Bretagne reste le territoire le plus emblématique de ce problème, en raison de l'ampleur des surfaces agricoles concernées et de la récurrence des crises sanitaires associées.

Les scientifiques s'accordent à dire que la solution passe par une réduction drastique des rejets de nitrates, combinée à une refonte des pratiques agricoles. « Sans une rupture avec le modèle actuel, les condamnations se multiplieront, mais les plages bretonnes continueront de blanchir chaque été », a prévenu un chercheur de l'INRAE contacté par Reporterre.

En attendant, les associations appellent à une mobilisation citoyenne pour exiger des comptes. Reporterre indique qu'une manifestation est prévue le 28 juin 2026 à Saint-Brieuc, afin de dénoncer l'inaction des pouvoirs publics.

Les algues vertes, en se décomposant, libèrent du sulfure d'hydrogène, un gaz toxique qui peut provoquer des maux de tête, des nausées, voire des décès en cas d'exposition prolongée ou à forte concentration. Ce phénomène est particulièrement dangereux près des plages, où les touristes et les riverains sont exposés sans toujours en avoir conscience.